Spécial législatives libanaises 2018

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Liban

Législatives 2018 : Tout ce qu’il faut savoir en ce jour de vote

Liban
05/05/2018

Pour la première fois depuis neuf ans, les Libanais auront dimanche la chance d’élire un nouveau Parlement pour un mandat de quatre ans, en principe.  Outre le fait que le scrutin constitue la toute première consultation populaire depuis 9 ans, les législatives revêtent une importance certaine, ne serait-ce que parce qu’elles se tiendront conformément à une nouvelle loi électorale (44/2017). Ce texte prévoit la proportionnelle avec un vote préférentiel au niveau du caza. La législation a également initié un nouveau découpage électoral du territoire libanais en 15 circonscriptions de taille inégale. Ainsi, 3 663 518 votants inscrits sont appelés à élire leurs nouveaux parlementaires parmi quelque 586 candidats qui ont pris part à la compétition dans le cadre de listes (dictées par la proportionnelle) au niveau de ces circonscriptions. 


Beyrouth
Parmi les nouveautés introduites par le code électoral, le partage de Beyrouth en deux circonscriptions, au lieu de trois. La première (Beyrouth I) comprend Achrafieh, Rmeil, Saïfi et Medawar. Il va sans dire que l’électorat de cette région est majoritairement chrétien, même si, avec l’annexion de Medawar, les sunnites deviennent un électeur décisif, d’où l’importance des alliances électorales tissées par le courant du Futur. Celui-ci, et dans le prolongement du compromis qui a donné le coup d’envoi au sexennat de Michel Aoun, s’est allié au Courant patriotique libre (CPL) et au parti Tachnag. La liste ainsi formée fera face à une autre née d’une alliance entre les Forces libanaises, les Kataëb, le ministre d’État à la Planification, Michel Pharaon, et l’homme d’affaires Antoun Sehnaoui. De même, plusieurs indépendants et composantes de la société civile sont parvenus à se rassembler et former leurs propres listes électorales. Il s’agit du label Koullouna Watani, de la journaliste Michèle Tuéni et de plusieurs autres personnalités. Ces cinq listes regroupant 33 candidats se disputeront 8 sièges répartis comme suit : 3 arméniens-orthodoxes, un arménien-catholique, un maronite, un grec-catholique, un grec-orthodoxe et un minoritaire. 

À Beyrouth II, la compétition est tout aussi fiévreuse. D’autant que neuf listes croiseront le fer pour onze sièges répartis de la façon suivante : 6 sunnites, deux chiites, un grec-orthodoxe, un druze, un protestant. Dans cette circonscription, 83 candidats ont décidé de prendre part à la course, dans le cadre de laquelle le parti du Premier ministre fait face, dans l’un de ses fiefs les plus importants, à nombre de ses opposants, dont notamment l’ancien ministre de la Justice Achraf Rifi. C’est aussi dans cette région que les haririens affronteront le Hezbollah (allié au CPL) et un bon nombre d’indépendants. Ces derniers, comme tous les autres protagonistes, gardent leurs regards braqués sur les 346 406 électeurs inscrits dans cette circonscription. 


(Lire aussi : La grande bouffe, L'éditorial de Issa GORAIEB)


Mont-Liban
Des batailles relativement « chaudes » sont également attendues dans les quatre circonscriptions du Mont-Liban. Cela s’applique, surtout, à la compétition attendue dans la circonscription Kesrouan-Jbeil (172 584 électeurs). Et pour cause : cette bataille opposera les formations chrétiennes au Hezbollah, mais aussi à la société civile qui tente de profiter de la proportionnelle prévue par la nouvelle loi électorale. 38 candidats se disputeront 8 sièges (2 maronites et un chiite pour Jbeil, et cinq maronites pour le Kesrouan). Quant aux listes, leur effectif s’élève à cinq, dont trois parrainées par le CPL, les FL (alliées au Parti national libéral) et les Kataëb respectivement. De même le Hezbollah est parvenu à former une liste, tentant ainsi de briguer (principalement) le siège chiite de Jbeil. À ce paysage, il convient d’ajouter une liste formée par des composantes de la société civile sous le label Koullouna Watani. 

Toujours au Mont-Liban, le Metn (175 224 électeurs) sera sans doute le théâtre d’une bataille féroce qui aura lieu entre loyalistes et opposants, dans la mesure où il s’agit d’un important fief Kataëb, mais aussi des aounistes, des FL et du Tachnag. C’est donc à partir de son positionnement d’opposant au pouvoir en place que le parti de Samy Gemayel a formé une liste incluant des personnalités indépendantes. Elle devra affronter une autre que parraine la formation de Samir Geagea, ainsi qu’une troisième de la société civile (Koullouna Watani) et une dernière que le député Michel Murr est parvenu à composer à la dernière minute, contrairement aux attentes d’aucuns. Mais il y a, surtout, la liste du CPL, du Tachnag et du Parti syrien national social, plus grand adversaire historique, aussi bien des Kataëb que des FL. Toutes ces listes se disputeront les 8 sièges suivants : 4 maronites, deux grecs-orthodoxes, un grec-catholique et un arménien-orthodoxe. 

S’il vole de ses propre ailes au Metn, le parti Kataëb n’a pas manqué de tendre sa main au PNL pour prendre part à la bataille attendue à Baabda (161 970 électeurs inscrits). La liste des deux formations devra faire face à une autre regroupant les FL, le courant du Futur et le Parti socialiste progressiste. À leur tour, les aounistes ont décidé de se présenter côte à côte avec le tandem chiite, en dépit de leur récente querelle. Tout comme elle fera face aux listes susmentionnées, l’alliance CPL-Amal-Hezbollah devra croiser le fer avec une liste de la société civile (Koullouna Watani). Objectif ? Rafler les 6 sièges répartis comme suit : trois maronites, deux chiites et un druze. 

Or Baabda n’est pas la seule circonscription qui opposera le CPL au PSP. Le même cas de figure se présente dans la circonscription Mont-Liban IV. Celle-ci regroupe les cazas du Chouf et de Aley (321 523 électeurs et 13 sièges à pourvoir : cinq maronites, quatre druzes, deux sunnites, un grec-catholique et un grec-orthodoxe). Dans son plus important fief, le PSP s’est allié aux FL et au courant du Futur pour affronter la liste née du rapprochement entre le parti de Gebran Bassil et celui de Talal Arslane. Un paysage auquel on ajoute la liste parrainée par les Kataëb et le PNL, ainsi qu’une autre regroupant des personnalités indépendantes, celle de la coalition Koullouna Watani et une dernière baptisée Madaniya. 


(Lire aussi : Législatives 2018 : à chacun ses enjeux..., le décryptage de Scarlett HADDAD)



Liban-Sud
Contrairement à plusieurs scrutins antérieurs, les législatives de dimanche promettent d’être particulièrement importantes pour le Liban-Sud partagé en trois circonscriptions, la première étant celle de Saïda-Jezzine. Dans cette région, 120 020 électeurs devront choisir cinq des 17 candidats pour pourvoir aux sièges suivants : deux maronites, deux sunnites et un grec-catholique. Les listes en présence dans cette circonscription ne sont que quatre. Elles sont parrainées par le mouvement Amal, le courant du Futur, le CPL et le tandem FL-Kataëb. 

Quant à la bataille au Liban-Sud II (Tyr, Zahrani, 296 209 électeurs), elle enregistre le plus petit nombre de listes en présence. Seules deux listes se disputeront les 7 sièges (un grec-catholique et six chiites). L’une est appuyée par le tandem Amal-Hezbollah, et l’autre par l’opposant chiite Riad el-Assaad. 

Il reste que la bataille la plus chaude du Liban-Sud aura lieu dans la troisième circonscription de ce mohafazat (Marjeyoun, Hasbaya, Bint Jbeil, Nabatiyé). Six listes se disputent les onze sièges à pourvoir : 8 chiites, un druze, un sunnite, un grec-orthodoxe. Il s’agit d’une liste appuyée par le tandem chiite (avec le PSNS), d’une autre regroupant les opposants au Hezbollah soutenus par les FL. À cela, s’ajoutent les listes de l’Option libanaise d’Ahmad el-Assaad et du Parti communiste libanais, de l’alliance CPL-Futur-Parti démocratique, de la coalition Koullouna Watani, et une dernière formée de personnalités indépendantes. Tout dépendra des choix des 451 828 inscrits. 

Le Liban-Nord
À leur tour, les affrontements à caractère électoral du Liban-Nord seront cruciaux, notamment au Akkar, longtemps considéré comme un fief du courant du Futur. Pour pourvoir aux 7 sièges concernés (trois sunnites, deux grecs-orthodoxes, un maronite et un alaouite), les 280 095 électeurs devront choisir parmi 37 candidats que regroupent six listes en présence. L’une de ces listes est soutenue par les FL et le Futur, alors que le CPL a formé sa propre liste (avec la collaboration de la Jamaa islamiya), tout comme Achraf Rifi, mais aussi des femmes (qui enregistrent une première sur ce plan), ainsi que des anciens généraux. Quant au PSNS, il fait partie d’une liste qu’il a formée avec les Marada. 

Pour ce qui est du Liban-Nord II (Tripoli, Minié, Denniyé), 75 candidats tentent de remporter les 11 sièges concernés (8 sunnites, un maronite, un alaouite, un grec-orthodoxe). Du fait de leur présence massive dans la ville de Tripoli, plusieurs pôles sunnites ont préféré former chacun sa liste, auxquelles il faut incorporer celle de Koullouna Watani, une autre placée sous le signe de la société civile, et une troisième formée de personnalités indépendantes. Les huit listes en lice parient surtout sur les 345 275 éleceurs de leur circonscription. 

Il va sans dire que les regards seront surtout braqués sur la circonscription du Liban-Nord à dominante chrétienne. Elle regroupe Zghorta, Bécharré, Koura et Batroun. Les principales formations chrétiennes s’y disputeront 10 sièges répartis comme suit : 2 maronites à Batroun, 3 maronites à Zghorta, 2 maronites à Bécharré et 3 grecs-orthodoxes à Koura. Il s’agira donc d’une des plus importantes batailles du scrutin, à laquelle devront prendre part 237 079 électeurs. Ils devront choisir 10 des 38 candidats qui font partie de quatre listes. Celles-ci ne sont autres que les résultats des alliances tissées entre le Futur et le CPL (avec Michel Moawad), les Kataëb et les FL (avec la Gauche démocratique). Il y a aussi une liste appuyée par les Marada et le PSNS (alliés à Boutros Harb) et une quatrième de Koullouna Watani. 

La Békaa
Enfin, la Békaa a été partagée en trois circonscriptions où l’on s’attend à des batailles féroces. La première, à Zahlé (171 688 électeurs), sera le théâtre afin d’élire sept députés (deux grecs-catholiques, un maronite, un sunnite, un chiite, un grec-orthodoxe et un arménien-orthodoxe). Cinq listes et 37 candidats prennent part à la compétition. Face à l’alliance CPL-Futur, une liste parrainée par les FL et les Kataëb se lance dans la bataille. Elle devra affronter les listes du Bloc populaire, du député Nicolas Fattouche (appuyé par le Hezbollah et le PSNS), ainsi que la liste Koullouna Watani. 

Les électeurs de la Békaa-Ouest-Rachaya, au nombre de 139 465 personnes, devront, eux, choisir leurs futurs représentants à l’hémicycle parmi 16 candidats inclus dans trois listes. Il s’agit de celle soutenue par le courant aouniste et des personnalités proches de Damas, d’une autre née de l’alliance entre haririens et joumblattistes, et d’une liste placée sous le signe de la société civile, à laquelle les Kataëb devraient apporter leur soutien. Dans cette circonscription, la compétition s’articule autour de deux sièges sunnites, un maronite, un chiite, un druze et un grec-orthodoxe. 

Pour ce qui est de Baalbeck-Hermel (312 769 inscrits), de nombreuses formations politiques se sont lancées dans la bataille face au Hezbollah. 47 candidats tentent ainsi de briguer les 10 sièges en question (6 sunnites, deux chiites, un maronite, un grec-catholique). Les candidats en lice se partagent cinq listes, dont une parrainée par le Hezbollah, une autre par le tandem FL-Futur. À leur tour, le CPL et le Baas appuient une des listes, à l’heure où les Kataëb font partie d’une liste qui regroupe des indépendants, face à une autre qu’a failli intégrer l’ancien président de la Chambre Hussein Husseini, avant son retrait de la course.



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Le Président Aoun doit se rappeler que les députés eux-aussi doivent exercer leur droit sacré selon leurs convictions, pour élire le Président de la République, ce qui n'etait pas du tout le cas de votre élection à la présidence en 2016.

Bery tus

hahaha merci c'est de bonne guerre lol mais accorde moi le benefice du doute au moins et permet moi de mettre la faute sur le correcteur

Stes David

Je trouve ceci un très bon article, car c'est un "résumé" et une image du paysage politique au Liban ... Le Liban c'est un pays très petit, mais aussi avec beaucoup de diversité (comme on raconte et explique dans cet article).

LA TABLE RONDE

A la suite de ces élections qui donneront aux libanais le choix entre la continuation d'une politique multi SÉCULAIRE, JE RÉPÈTE SÉCULAIRE d'une ingérence occidentale néfaste aux intérêts de notre région , ou la RUPTURE de cette soumission pour donner à notre région une autre forme de gouverner le pays EN TOUTE INDÉPENDANCE DE CES POLITIQUES D'USURPATION SYSTÉMATIQUE DE NOS RESSOUECES ET DE NOS TERRES , j'en profiterai pour dire aux donneurs de leçons de français, de savoir l'écrire avant de prétendre savoir le lire et l'expliquer.

Merci de publier pour plus d'impartialité dans la façon de traiter les intervenants que nous sommes .

LA TABLE RONDE

Merci à l'olj pour SA promesse du suivi toute la semaine prochaine des résultats, mais pour l'amour du ciel DONNEZ à Scarlett une place appréciable à SON ANALYSE qui n'a pas son 2 .

( expression ivoirienne ) .

Antoine Sabbagha

Batailles chaudes à suivre en feuilletons dans L'Orient-Le Jour à partir du lundi .

L'Orient-Le Jour

Bonjour,
Tout au long de la semaine prochaine, L'Orient-Le Jour analysera les résultats des législatives.
Bien cordialement,

Marionet

J'espère que l'OLJ nous gratifiera d'une édition spéciale à paraitre lundi matin pour analyser les résultats dans chaque circo ?

Législatives 2018 : Tout ce qu’il faut savoir en ce jour de vote

05/05/2018

Les législatives 2018, premier scrutin proportionnel au Liban. AFP / Joseph EID

Les bureaux de vote sont prêts à accueillir les électeurs demain sur l’ensemble du territoire national.

Liban

Yara ABI AKL | OLJ

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Bery tus

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Stes David

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A la suite de ces élections qui donneront aux libanais le choix entre la continuation d'une politique multi SÉCULAIRE, JE RÉPÈTE SÉCULAIRE d'une ingérence occidentale néfaste aux intérêts de notre région , ou la RUPTURE de cette soumission pour donner à notre région une autre forme de gouverner le pays EN TOUTE INDÉPENDANCE DE CES POLITIQUES D'USURPATION SYSTÉMATIQUE DE NOS RESSOUECES ET DE NOS TERRES , j'en profiterai pour dire aux donneurs de leçons de français, de savoir l'écrire avant de prétendre savoir le lire et l'expliquer.

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Antoine Sabbagha

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