Spécial législatives libanaises 2018

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Économie

IV – Télécoms, hydrocarbures offshore : que proposent les principaux partis libanais ?

Décryptage - législatives 2018

Les quatre prochaines années s’annoncent décisives pour la mise en œuvre de plusieurs réformes économiques structurelles visant à relancer la croissance du Liban et à créer des emplois. À quelques jours du scrutin, « L’Orient-Le Jour » a pris l’initiative d’étudier les programmes économiques des principaux partis et mouvements politiques du pays et d’en dresser un comparatif secteur par secteur, dont l’électricité, la politique fiscale, les dépenses publiques et, aujourd’hui, les hydrocarbures offshore et les télécoms. Le courant du Futur, le Hezbollah, les Forces libanaises, le CPL*, le PSP, les Kataëb ainsi que le mouvement Mouwatinoun wa mouwatinate (coalition Koullouna Watani) ont répondu favorablement à notre requête. Le mouvement Amal et les Marada n’ont pas été en mesure de le faire dans les délais. Absent des deux premiers articles, Li Baladi (coalition Koullouna Watani) a finalement pu répondre à nos questions.

04/05/2018

TÉLÉCOMS
- Position sur la privatisation de la téléphonie mobile : faut-il un troisième opérateur de télécoms ?

Le Hezbollah propose d’appliquer la loi n° 431 de 2002 qui énonce la stratégie de libéralisation des télécoms, à travers notamment la création d’une troisième compagnie de télécoms pouvant être le fruit d’un partenariat privé-public (PPP). « Cela renforcera la concurrence dans le secteur et augmentera les capacités de ce dernier », estime Abdel Halim Fadlallah. 

Le courant du Futur considère qu’il faut privatiser le secteur de la téléphonie mobile en permettant à trois opérateurs de se partager le marché. « Nous pensons que ce secteur doit fonctionner comme un stimulateur de la croissance, plutôt que comme une source de revenus pour l’État. D’autant plus que la croissance économique viendra des nouvelles technologies de l’information et de l’innovation lors des 20 prochaines années », estime Raya el-Hassan. 

Le parti Kataëb souhaite, pour sa part, libéraliser le secteur de la téléphonie mobile, avec la création d’un troisième opérateur, Liban Télécoms. « L'autorité de régulation des télécoms doit être rendue opérationnelle. Pour nous, c’est le seul moyen de parvenir à une compétition saine dans le secteur, afin d’obtenir de meilleurs services à de meilleurs prix », explique Jean Tawilé. « Cela signifie aussi que l’État devra se séparer d’un de ses actifs qui lui assure aujourd’hui des revenus importants. Mais nous considérons que la mission d’un État n’est pas de générer des revenus mais d’assurer un meilleur service pour les citoyens », poursuit-il.

Li Baladi soutient également la privatisation du secteur, « mais à condition que le troisième opérateur soit Liban Télécoms, soit une société privée dont l’État détiendrait les actions majoritaires. Ogero devrait être transformé en Liban Télécoms », précise Gilbert Doumit. « Le marché doit également s’ouvrir à d’autres acteurs et pas nécessairement à trois opérateurs uniquement, afin de renforcer la concurrence », ajoute-t-il. Li Baladi souhaite également que l'autorité de régulation du secteur devienne opérationnelle. 

Les Forces libanaises pensent qu’il faut « décartéliser » le secteur et laisser un 3e ou un 4e opérateur entrer sur le marché. « La téléphonie mobile doit être un vecteur de croissance », estime Roy Badaro. 

Pour Mouwatinoun wa mouwatinate, le réseau de la téléphonie mobile doit rester dans le domaine public et des opérateurs privés de téléphonie utiliseront ce réseau public. 

Le PSP dit encourager les PPP dans le secteur des télécoms pour l’opération et la maintenance, mais estime que toutes les infrastructures doivent rester dans le domaine public. 

- Position sur la libéralisation de l’attribution des licences pour la fibre optique
Le courant du Futur estime que le déploiement de la fibre optique jusqu’aux sous-répétiteurs et armoires de rue doit être exclusivement assuré par Ogero, tandis que le déploiement de la fibre optique jusqu’à l’abonné (fiber to the home) doit être libéralisé. 

Le parti Kataëb considère que même le déploiement de la fibre optique jusqu’aux sous-répétiteurs et armoires de rue doit être partiellement libéralisé, en étant assuré par Ogero et une compagnie privée, « mais pas plus, car étant donné la lourdeur des investissements, il serait difficile de les amortir », indique Jean Tawilé. Les Kataëb soutiennent la libéralisation du déploiement de la fibre optique jusqu’à l’abonné. 

Li Baladi considère que les modalités d’attribution des licences pour la fibre optique étaient douteuses et pas assez claires. Il approuve la libéralisation du déploiement de la fibre optique jusqu’à l’abonné (fiber to the home), mais considère que le déploiement de la fibre optique jusqu’aux sous-répétiteurs et armoires de rue peut soit être exclusivement assuré par Ogero, soit ouvert à l’ensemble des acteurs du secteur privé, qui opéreront sur la base d’un découpage territorial à définir. 

Le Hezbollah insiste sur le fait que les infrastructures du pays devraient être sous le contrôle du gouvernement, mais n’exclut pas la possibilité d’inclure le secteur privé, en se référant à la loi n° 431. 

- Propositions de réformes spécifiques ?
Le courant du Futur propose une modernisation des lignes fixes et la création de nouvelles lignes, « car il y a beaucoup de demande alors que le réseau actuel dispose de capacités limitées ». « Nous visons aussi à faire baisser la facture internet », indique Raya el-Hassan.
Li Baladi insiste sur la nécessité de voter la loi sur les transactions électroniques, de renforcer la protection des données et de soutenir l’économie numérique.

*Le corédacteur du programme économique du CPL, Charbel Cordahi, est également le directeur financier de l’opérateur de téléphonie mobile Touch. Il a donc préféré ne pas répondre aux questions liées au secteur des télécoms.

HYDROCARBURES OFFSHORE
- Position sur le fonds souverain, sa date de création et ses prérogatives

Le CPL dit soutenir la position du ministre de l’Énergie, César Abi Khalil, qui considère que la création d’un fonds souverain ne devrait se faire qu’au moment où du pétrole ou du gaz seraient découverts en quantités commercialisables, en se référant à la loi-cadre n° 132 de 2010 sur l’exploitation des ressources offshore. M. Abi Khalil estime néanmoins que la proposition de loi, actuellement discutée en commission parlementaire ad hoc, doit être votée. 

Li Baladi explique à travers Laury Haytayan que le débat sur le fonds souverain est nécessaire. « La proposition de loi doit être discutée puisque la loi-cadre de 2010 dit que les revenus générés par la production d’hydrocarbures offshore doivent être transférés à ce fonds. Des consultations publiques doivent être organisées pour réfléchir aux modalités d’investissement de ces revenus sur les marchés extérieurs, et aux secteurs à soutenir », affirme-t-elle. En revanche, Li Baladi s’oppose à la création du fonds avant que le Liban ne fasse des découvertes commercialisables. 

Le Hezbollah souhaite que le fonds joue un rôle de redistribution des revenus sur plusieurs générations. « Une partie devra financer le développement humain et les actifs publics. Il faut transformer ces rentrées d’argent en investissements, en richesses. Il ne faut pas les utiliser pour financer la dette », prévient Abdel Halim Fadlallah.

Le parti Kataëb estime que le fonds devrait servir aux générations futures, au soutien à l’économie et aux secteurs productifs ainsi qu’à la formation professionnelle dans le domaine. 

Le courant du Futur demande un débat public sur l’utilisation des revenus (potentiels) générés par la production d’hydrocarbures. « Doivent-ils être investis ? Doivent-ils servir à alléger le poids de la dette ? Doivent-ils être conservés pour les générations futures ? » s’interroge Raya el-Hassan. 


- Position sur la création d’une société nationale pétrolière
Li Baladi, le CPL, le courant du Futur, les Kataëb et le Hezbollah se disent favorables à la création d’une société nationale pétrolière, mais uniquement après la réalisation de découvertes commercialisables. « Les meilleures pratiques internationales recommandent la création d’une société nationale après 15 ans de production. Nous pouvons au moins attendre le début de la production, qui est prévu dans près de dix ans », suggère Laury Haytayan de Li Baladi. Le Hezbollah pense qu’une société nationale pétrolière permettra au Liban de développer une expertise plus pointue dans le domaine et d’accéder aux informations techniques, mais aussi d’avoir des revenus supplémentaires.

- Position sur la proposition de loi de Joseph Maalouf sur la transparence dans le secteur ?
Li Baladi, les Kataëb, le courant du Futur et le CPL souhaitent voter la loi sur la transparence dans le secteur. Le Hezbollah n’a pas encore étudié la loi et n’a pas encore de position à ce sujet.

- Sur l’exportation du gaz naturel : le Liban doit-il intégrer le projet de gazoduc méditerranéen (même en présence d’Israël dans ce projet régional) ? Quelle serait l’alternative ?
Le CPL indique que les options d’exportation ne seront étudiées que lorsque des découvertes supérieures à la demande locale seront établies.

Le courant du Futur considère que le Liban doit explorer toutes les pistes, mais doit d’abord développer les infrastructures internes comme les terminaux de gazéification destinés à stocker le gaz, car plus prioritaires à moyen terme.

Li Baladi rappelle que la production ne devrait démarrer que dans dix ans. « À ce moment-là, l’un des scénarios les plus probables pour le Liban sera d’utiliser le gazoduc arabe qui reliera la Syrie à la Turquie », estime Laury Haytayan.

Le Hezbollah insiste sur le fait que toute normalisation avec Israël, y compris dans le secteur du gaz, est à exclure. « Il existe des alternatives, y compris vers l’Orient. L’exportation n’a pas forcément besoin d’être redirigée vers l’Europe », indique Abdel Halim Fadlallah.


Lire aussi

I- Réforme du secteur de l’électricité : que proposent les partis politiques libanais ?

II – Réforme de la politique fiscale : que proposent les partis politiques libanais?

III – Dépenses publiques, dette, politique monétaire : que proposent les principaux partis libanais ?


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IV – Télécoms, hydrocarbures offshore : que proposent les principaux partis libanais ?

04/05/2018

Une plateforme offhosre. photo eyeidea/Bigstock

Mohamed Azakir/Reuters

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Les quatre prochaines années s’annoncent décisives pour la mise en œuvre de plusieurs réformes économiques structurelles visant à relancer la croissance du Liban et à créer des emplois. À quelques jours du scrutin, « L’Orient-Le Jour » a pris l’initiative d’étudier les programmes économiques des principaux partis et mouvements politiques du pays et d’en dresser un comparatif secteur par secteur, dont l’électricité, la politique fiscale, les dépenses publiques et, aujourd’hui, les hydrocarbures offshore et les télécoms. Le courant du Futur, le Hezbollah, les Forces libanaises, le CPL*, le PSP, les Kataëb ainsi que le mouvement Mouwatinoun wa mouwatinate (coalition Koullouna Watani) ont répondu favorablement à notre requête. Le mouvement Amal et les Marada n’ont pas été en mesure de le faire dans les délais. Absent des deux premiers articles, Li Baladi (coalition Koullouna Watani) a finalement pu répondre à nos questions.

Kenza OUAZZANI | OLJ

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