Spécial législatives libanaises 2018

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Liban

Fin de la campagne pour les législatives libanaises : un état des lieux

Législatives 2018 - Panorama
04/05/2018

Plus de 3,5 millions d’électeurs inscrits sont appelés après-demain dimanche à élire 128 députés pour un nouveau mandat de quatre ans. Près de 600 candidats se présentent à ces élections dans quinze circonscriptions moyennes ou grandes, sur la base d’un nouveau système électoral fondé sur la proportionnelle et le vote préférentiel dans le cadre du caza.
Historiquement, le taux de participation aux élections, tant législatives que municipales, dépasse rarement les 50 % des inscrits sur l’ensemble du pays. Dans certaines régions, comme à Beyrouth, l’abstention frise souvent les 80 % de l’électorat. Or à ce stade, on ne sait pas si la nouvelle loi, dont l’une des qualités est de valoriser le vote des minorités confessionnelles et/ou politiques dans les régions à dominante monochrome, va susciter plus d’engouement chez les électeurs.


Sur ce plan, le taux de participation enregistré au scrutin organisé la semaine dernière pour les Libanais de l’étranger est plutôt décourageant. Certes, il est de 59 %, une proportion rarement atteinte lors d’élections se déroulant au Liban. Mais nous parlons ici d’une petite minorité d’expatriés (près de 82 000 seulement) qui ont pris la peine de remplir un certain nombre de formalités en vue de s’inscrire pour ces législatives. On pouvait donc supposer qu’en faisant cette démarche, ils exprimaient déjà un intérêt pour participer au vote. Mais, en cours de route, plus de 40 % d’entre eux ont manifestement changé d’avis. Cela serait-il dû à un manque de lisibilité des enjeux de ce scrutin, dans la mesure où les clivages politiques se sont tassés quelque peu et que l’on a pu voir éclore ici et là des alliances pour le moins surprenantes ? La question mérite d’être posée.
En 2009, la participation avait été de 54,8 %, de loin le taux le plus élevé depuis Taëf et la fin de la guerre civile. Mais il s’agissait peut-être des législatives les plus polarisées politiquement de l’histoire du Liban. Sauf qu’on était encore, à l’époque, sous le joug de la majoritaire plurinominale, un mode de scrutin qui poussait un grand nombre d’électeurs à bouder les urnes, dans la mesure où ils estimaient que leurs suffrages ne pouvaient rien changer aux résultats attendus. Par exemple, un électeur maronite de Deir el-Ahmar (circonscription de Baalbeck-Hermel), de tendance Forces libanaises, qui pouvait considérer en 2009 que son vote n’avait guère d’impact dans une circonscription acquise de toutes les façons au tandem chiite, peut aujourd’hui, au contraire, espérer faire accéder au Parlement le candidat de sa mouvance. C’est à peu près l’unique qualité reconnue de la nouvelle loi.




Les scores attendus
Pour ce qui est des enjeux politiques, ils sont, en effet, moins prononcés qu’il y a neuf ans, mais cela ne veut absolument pas dire qu’ils ont disparu. Dans les milieux diplomatiques, on se prépare à scruter méticuleusement le score qu’obtiendra le tandem chiite Amal-Hezbollah, auquel il faut ajouter les petits partis et les indépendants prosyriens (Baas, PSNS, Abdel Rahim Mrad, Nicolas Fattouche, etc.), un ensemble duquel on exclut non seulement le CPL, mais aussi les Marada. Dans la Chambre sortante, cet ensemble ne dépasse pas 31 ou 32 sièges. Si, dans la prochaine assemblée, cette mouvance obtenait au-delà de 43 sièges (plus que le tiers du Parlement), on estime dans ces milieux qu’il y aurait alors un vrai problème.


À l’inverse, plus de 43 sièges pour le nouveau partenariat Futur-CPL seraient bien accueillis. Le courant bleu va certes perdre quelques positions du fait du nouveau système électoral. Il devrait passer d’un bloc actuel de 32 députés à quelque 25 à 27, ce qui lui permettrait de garder son statut de premier groupe politique à la Chambre et donc de conserver, à ce titre, le leadership sunnite. Il reste qu’il va falloir suivre de près la bataille à plusieurs têtes qui se déroule dans la circonscription de Tripoli-Minié-Denniyé (11 sièges dont 8 sunnites), où Saad Hariri joue son va-tout face à ses challengers tant à sa droite qu’à sa gauche. Sept sièges sur onze (autant qu’en 2009) suffiront à le consacrer pour quatre ans encore roi du Nord et des sunnites. À six, on est toujours dans les places d’honneur ; à cinq ou moins, on irait de l’échec à la déroute.


Pour le CPL, on s’attend globalement, et s’il n’y a pas de surprises, à un score plus ou moins inchangé, soit une vingtaine de sièges au total (sans le Tachnag), dans la mesure où les positions que le courant orange est en passe de concéder dans ses places fortes pourront être compensées ailleurs. Il faut cependant noter que dans le cas du CPL, il y a beaucoup d’impondérables du fait du choix de cette formation, d’une part, d’élargir le spectre de ses alliances, et d’autre part de s’associer à des indépendants suffisamment nantis et influents pour être en mesure, dans certains cas, de tirer la couverture à eux.


(Lire aussi : Législatives libanaises : vous votez dimanche ? voici ce que vous devez savoir)



La discipline FL
Les Forces libanaises, quant à elles, paraissent en mesure d’améliorer leur part. Les pronostics les moins optimistes leur accordent d’ores et déjà une dizaine de sièges (alors qu’elles en ont huit dans le Parlement sortant). Il faut dire qu’avec la discipline de vote qui caractérise ce parti et une politique qui consiste à se concentrer sur le minimum de candidats dans les diverses circonscriptions, dans le but évident de maximiser les effets du vote préférentiel, la formation de Samir Geagea semble être en mesure de tirer son épingle du jeu.


Cela n’est pas le cas des Kataëb qui, grosso modo, paraissent à ce stade ne pas pouvoir maintenir leur bloc de cinq députés. Mais des surprises ne sont pas à écarter, notamment dans le Metn, où Samy Gemayel n’a pas encore dit son dernier mot.


Pour ce qui est du tandem chiite, on sait à peu près que quelques rares sièges chrétiens ou sunnites vont désormais pouvoir échapper à son emprise dans ses propres fiefs. En revanche, l’alternance ne semble pas encore à portée de main dès lors qu’il s’agit des sièges chiites. Dans certains milieux, on mise sur un échec de l’ancien patron de la Sûreté générale Jamil Sayyed sur la liste du Hezbollah à Baalbeck-Hermel. Arithmétiquement, rien n’est impossible, mais le verrouillage communautaire qu’exercent de diverses manières les formations de Hassan Nasrallah et de Nabih Berry dans leurs fiefs n’est pas de nature, loin s’en faut, à favoriser le pluralisme. À cela, il faut ajouter que les adversaires du tandem se présentent cette fois-ci encore en rangs dispersés, ce qui les place d’emblée en situation défavorable dans des circonscriptions où le coefficient électoral, qui est le seuil d’éligibilité, sera des plus élevés.


Enfin, et du fait même de ce seuil d’éligibilité « prohibitif », les listes de la société civile, dont le label « Koullouna Watani », qui a réussi à s’imposer dans le paysage électoral dans la plupart des circonscriptions, risquent cependant de faire les frais de ce scrutin, non sans avoir tout de même contribué au dynamisme de la campagne électorale qui s’achève ce soir à minuit. Une seule brèche paraît envisageable toutefois, à Beyrouth I, à la faveur justement d’un coefficient électoral nettement plus bas que dans les autres régions. Mais rien n’est joué encore dans cette circonscription où toutes les configurations restent possibles et où certaines batailles virent au rouge vif.



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Chorzow Factory

Saad Hariri "roi du Nord et des sunnites" -- bonne allusion au "King in the North"

Antoine Sabbagha

Lundi on sera de nouveau dans le monde de la routine du quotidien , un pays qui souffrira toujours de ses chefs de tribus qui reviendront encore une fois en force .

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Après les Libanais de la diaspora, vendredi et dimanche derniers, et avant le reste des électeurs au Liban, le 6 mai, c’était au tour des fonctionnaires, comme ces femmes hier à Marjeyoun, de voter pour les législatives. Aziz Taher/Reuters

Législatives 2018 - Panorama

Élie FAYAD | OLJ

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