Spécial législatives libanaises 2018

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Liban

Beyrouth II : bataille entre pôles du pouvoir et profusion de listes

Législatives 2018 - Circonscriptions

Une liste du Futur fait face à celle du tandem chiite. Quelles sont les chances de percées pour les sept autres indépendantes ?

01/05/2018

Neuf listes plus ou moins complètes… Voici l’incroyable bilan de la circonscription de Beyrouth II, qui comprend Ras Beyrouth, Aïn Mreïssé, Minet el-Hosn, Zokak Blat, Mazraa, Mousseitbé, le secteur du Port et Bachoura. Dans cette circonscription qui compte 347 270 électeurs, quelque 83 candidats s’affrontent pour occuper 11 sièges, dont six sunnites, deux chiites, un grec-orthodoxe, un druze et un protestant.

Aux dernières législatives de 2009, alors que Beyrouth était découpée différemment, le grand gagnant dans ce qui était Beyrouth III, c’est-à-dire avec le Port et Bachoura en moins, était le courant du Futur. Dans ce qui était Beyrouth II (Port, Medawar et Bachoura), une entente préalable avec Amal et le Tachnag avait permis d’éviter une bataille.

En d’autres termes, dans l’actuel découpage de Beyrouth II, le courant du Futur détient la majorité des sièges, outre le député Amal, Hani Kobeissi, le député du Parti socialiste progressiste (PSP) Ghazi Aridi, et le député de la Jamaa islamiya Imad el-Hout. Dans le panorama électoral du scrutin de 2018, la liste du Futur, présidée par le Premier ministre Saad Hariri lui-même, a toujours le PSP pour allié, alors qu’Amal forme une liste avec le Hezbollah et le Courant patriotique libre (CPL) et que la Jamaa islamiya se présente sur une autre liste (à travers son député actuel, Imad el-Hout), celle formée par le journaliste Salah Salam et des indépendants.

Les enjeux sont donc multiples dans cette circonscription, et plusieurs questions demeurent à quelques jours du scrutin : vu la loi actuelle suivant le mode de scrutin proportionnel, combien de sièges le courant du Futur va-t-il pouvoir conserver ? Peut-on dire que la grande bataille se jouera entre sa liste et celle du tandem chiite ? Qu’en est-il des indépendants dans les nombreuses autres listes ? Est-il vrai que leur grand nombre pourrait plus ou moins neutraliser leurs chances de percée ou les surprises ne sont-elles pas à exclure ?


(Lire aussi : A Beyrouth I, des échanges acerbes entre candidats adverses)


L’abstention, un grand électeur ?
Selon un analyste proche de la Maison du centre, il faut prendre en compte un élément essentiel, le fait que Saad Hariri a nettement renforcé sa position et sa popularité en 2018 par rapport à l’année dernière, d’autant plus qu’il est largement pressenti pour être nommé Premier ministre une nouvelle fois après les élections. Le fait que l’ancien Premier ministre Tammam Salam se présente sur cette même liste conforte la position de M. Hariri, selon cette source. Elle estime que la bataille principale se déroulera donc entre cette liste et celle de la coalition Hezbollah-Amal-CPL. Cette dernière, qui comporte aussi un candidat sunnite des « Ahbache » (mouvement prosyrien), Adnane Traboulsi, pourrait imposer deux candidats chiites et un sunnite. Si l’on considère qu’une autre tête de liste sunnite, Fouad Makhzoumi, a de sérieuses chances de percer, cela signifie qu’une bataille importante pourrait se jouer sur le dernier siège sunnite.

Toujours selon cette source, la société civile n’a pu dégager une grande liste comme c’était le cas dans les élections municipales de Beyrouth en 2016, pour s’imposer contre les listes du pouvoir. Toutefois, il faut penser que cette profusion de listes ne profite pas nécessairement à Saad Hariri : en effet, outre la liste de « la voix des gens », qui compte entre autres le fils de l’ancien député Najah Wakim, les autres formations sont plus ou moins issues du public du 14 Mars, donc pourraient grignoter le terrain de la liste du Futur. Mais le plus grand danger, souligne-t-elle, est celui de l’abstention, la capitale n’étant pas connue dans l’absolu pour son taux de participation important aux élections. Or, pour la liste du Futur, plus le coefficient électoral est haut, plus cela augmente ses chances de neutraliser les concurrents.


(Lire aussi : Législatives libanaises : Des élections pour quoi faire ?)


Une « vraie » diversité
Est-il vrai qu’il faut écarter toute possibilité de percée de la part des indépendants ? Plus d’une source interrogée pense que ce grand nombre de listes est un signe de vitalité, mais aussi de contestation, dont Saad Hariri ferait en priorité les frais. Selon un candidat dans l’une des listes, « il n’est pas vrai qu’il existe une liste à laquelle s’opposent huit autres, pour nous il y a deux listes du pouvoir, et sept autres qui sont hors du pouvoir ». Selon cette source, il est vrai que la dispersion de voix est un risque réel, mais cette diversité est un droit et il fallait donner un vrai choix aux électeurs. Selon ce candidat, il n’est pas exclu qu’il y ait une percée de la liste du tandem chiite par un candidat d’une autre liste, étant donné que même les candidats Amal et Hezbollah ne peuvent garantir la victoire rien qu’avec des voix chiites. « Il est nécessaire de briser les monopoles à l’intérieur des communautés, exercés par de nombreux courants politiques actuellement », poursuit-elle.

Parmi ces listes, l’une, baptisée « L’Opposition beyrouthine », est appuyée par l’ancien ministre Achraf Rifi, l’un des farouches opposants de M. Hariri à Tripoli. Alors que dans les milieux haririens, on considère que l’influence de M. Rifi reste limitée dans Beyrouth, une source proche de cette liste pense le contraire. Pour elle, tout comme personne n’avait prévu la victoire d’une liste proche d’Achraf Rifi aux municipales de Tripoli, les surprises ne sont pas exclues à Beyrouth aussi. Elle ajoute que cette liste est la seule à constituer une véritable opposition au Hezbollah et pourrait cueillir les votes des déçus de la ligne politique du Premier ministre. Selon elle, il y aura une véritable bataille sur au moins deux sièges de cette circonscription.

Il convient enfin de mentionner l’outsider de la bataille, la liste « Koullouna Beyrouth », qui comprend plusieurs anciens membres de la liste « Beyrouth madinati » qui s’était présentée aux municipales de 2016. Bien que ce regroupement n’ait pas souhaité s’impliquer dans les élections législatives, il faut rappeler qu’il avait raflé non moins de 40 % des voix à Beyrouth, mais plutôt localisés à Beyrouth I qu’à Beyrouth II.

Les listes à Beyrouth II


- Les Beyrouthins indépendants : Fadi Zarazir (protestant), Andera Zouheiri (druze), Léon Sioufi (grec-orthodoxe), Khaled Hankir, Abdel Rahman Ghalayini, Walid Chatila, Khaled Moumtaz, Abdel Karim Itani (sunnites), Jihad Hammoud et Wissam Akouche (chiites)

- Le Futur pour Beyrouth : Bassem el-Chab (protestant), Fayçal Sayegh (druze), Nazih Najem (grec-orthodoxe), Tammam Salam, Roula Tabch, Rabih Hassouna, Zaher Eido, Saad Hariri, Nouhad Machnouk (sunnites), Ghazi Youssef et Ali Chaër (chiites)

- L’opposition beyrouthine
 : Zeina Mansour (druze), Béchara Khairallah (grec-orthodoxe), Amer Iskandarani, Ziad Itani, Akram Sinno, Yassine Kadado, Safia Dada (sunnites), Lina Hamdan (chiite)

- Beyrouth la patrie : Dalal Rahbani (protestante), Saïd Halabi (druze), Georges Choucair (grec-orthodoxe), Salah Salam, Imad Hout, Saadeddine Wazzan, Moustapha Banbouk, Mohammad Badr, Bachar Kouatly (sunnites), Ibrahim Chamseddine et Salwa Khalil (chiites)

- La voix des gens : Nabil Sebaali (protestant), Hani Fayad (druze), Omar Wakim (grec-orthodoxe), Firas Mneimné, Youssef Tabch, Hanane Osmane, Faten Zein, Ibrahim Dalal, Roula Houri (sunnites), Nehmat Badreddine (chiite)

- La dignité de Beyrouth : Raja Zouheiri (druze), Mikhaël Mikhaël (grec-orthodoxe), Mohammad Kadi, Mohammad Chatila, Jihad Matar, Hanane Chaar, Khaled Hammoud, Khouloud Wattar (sunnites), Ali Sbeity (chiite)

- Koullouna Beyrouth : Nouhad Yazbeck (protestant), Zeina Majdalani (grecque-orthodoxe), Fatmé Mechref, Nadine Itani, Marwan Tibi, Hassan Sinno, Ibrahim Mneimné (sunnites), Naji Kodeih (chiite)

- Le Liban en vaut la peine : Nadim Osta (protestant), Zeina Mounzer (druze), Khalil Broummana (grec-orthodoxe), Mahmoud Kreidiyé, Rana Chmaytelli, Fouad Makhzoumi, Issam Barghout, Maarouf Itani, Saadeddine Khaled (sunnites), Youssef Beydoun (chiite)
- L’unité de Beyrouth : Edgar Traboulsi (protestant), Omar Ghandour, Adnane Traboulsi, Mohammad Baassiri (sunnites), Amine Cherri et Mohammad Khawaja (chiites).


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Beyrouth II : bataille entre pôles du pouvoir et profusion de listes

01/05/2018

Les candidats de la liste emmenée par Saad Hariri à Beyrouth II.

Législatives 2018 - Circonscriptions

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Suzanne BAAKLINI | OLJ

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