Spécial législatives libanaises 2018

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Les Libanais à l'étranger votent : "Pour un Liban indépendant de l'emprise sectaire, ouvert au changement"

Législatives 2018 - témoignages

A Londres, Paris, Marseille... Pour la première fois, les Libanais de la diaspora votent depuis leur pays de résidence. Ils racontent.

OLJ
29/04/2018

Pour la première fois depuis l'indépendance du Liban, les Libanais de la diaspora participent aux élections législatives. Aujourd'hui, plus de 70.000 Libanais dans 33 pays étrangers sont appelés aux urnes, dans leur pays de résidence.

Vendredi, ce sont les quelque 12.600 Libanais inscrits dans les pays arabes qui ont voté. Sur le territoire libanais, le scrutin se tiendra le 6 mai. Les dernières législatives ont eu lieu en 2009 et, depuis, les parlementaires ont prorogé leur propre mandat à trois reprises.

Pourquoi votent-ils ou s'abstiennent-ils ; qu'attendent-ils de ce scrutin ; comment les opérations de vote se déroulent-elles ? L'Orient-Le Jour a récolté les témoignages de Libanais vivant dans les pays où se déroule le scrutin aujourd'hui.


Basile Choueiri, 43 ans, directeur de développement dans une multinationale Londres. Il est rattaché à la circonscription de Beyrouth I :

"C'est un jour historique pour chaque Libanais qui tient au Liban et a été contraint de partir. On a pu (même après 9 ans d'attente) voter et faire parvenir nos opinions. Vivre en dehors du Liban nous permet d'analyser la situation objectivement en mettant l'intérêt du pays en avant et non nos préjugés, nos formatages traditionnels et nos tendances de départ. Et nos voix, pour la plupart, reflètent un Liban indépendant de l'emprise sectaire, ouvert au changement et au développement et ceci est important pour le renouveau de ce pays fabuleux. Les conditions de vote étaient bonnes, l'organisation bien gérée avec des observateurs de tous bords. L'ambassadeur était présent pour accueillir et discuter avec les gens, offrant même le petit déjeuner et des boissons".


Sophie Husseini, 29 ans, travaille dans les relations publiques à Londres. Elle est rattachée à la circonscription du Mont Liban III (Baabda) :

"C’est un moment important parce qu’après avoir vécu, grandi et étudié au Liban, les conditions ont fait qu’à l’âge de 29 ans, je n’ai encore jamais voté. Pour la première fois de ma vie, je peux voter depuis Londres grâce au vote des Libanais de l’étranger, ce qui signifie que pour une fois, j’y porte un intérêt et peut-être même l’espoir de changements prochains. L’attente était longue (une heure et demi de queue) et malgré l’accueil chaleureux des responsables du bureau qui offraient des boissons et cafés, il y avait un manque de rigueur flagrant chez certains employés qui montraient ouvertement leurs affinités et aidaient certaines personnes à dépasser la file d'attente. Une queue civilisée en dehors du bureau de vote, mais qui débouchait à l’intérieur sur un chaos terrible. Et quand je me suis plainte du manque de civisme d’une femme, la fonctionnaire m’a répondu qu’'il n’y avait pas de queue ici !'"




Une Libanaise s'apprête à voter au consulat du Liban, à Paris. AFP / ALAIN JOCARD



Sami Deriane, 31 ans, est chef de projets en informatique. Il est installé au Canada depuis plus de vingt ans et il est rattaché à la circonscription du Mont-Liban I (Jbeil-Kesrouan) :

"Il est, selon moi, très important de voter pour l'avenir de notre pays. Cela permet d'apporter du changement. Les seigneurs de la guerre n'ont plus leur place dans la politique libanaise et j'espère que les jeunes pourront un jour instaurer une vraie démocratie au pays du Cèdre. 
Les conditions de vote à Laval étaient étonnamment bonnes, malgré l'organisation "à la libanaise" du scrutin et les longues files d'attente... j'ai attendu plus de deux heures avant de pouvoir déposer mon bulletin. Plusieurs observateurs étaient présents pour surveiller l'opération de vote, largement couverte par la presse libanaise et canadienne".



Céline Freiha, 26 ans, est coordinatrice marketing à Paris. Rattachée à la circonscription du Mont-Liban III (Baabda), elle a voté à Paris :

"Je vote pour la première fois aux législatives. Je suis très contente d'avoir eu l'occasion de choisir des représentants qui partagent mes convictions et d'espérer un changement et de beaux jours pour mon pays. Faire voter les émigrés est une très bonne avancée pour la démocratie libanaise. Après tout c'est mon droit, j'ai vécu toute ma vie au Liban et ce choix impactera ma vie future et celle de ma famille restée au Liban.
J'ai voté vers 8h30, il n'y avait pas beaucoup de monde au bureau de vote. L'ambiance dans le bureau était patriotique avec un petit déjeuner libanais et des chansons à la gloire du pays. Tout ceci a réveillé beaucoup d'émotions dans le cœur de l'émigrée que je suis."


Stéphanie, âgée d’une trentaine d’années, a voté à l’ambassade du Liban à Londres. Elle est rattachée à la circonscription de Beyrouth I :

"J’ai voulu voter parce que j’ai remarqué qu’il y avait beaucoup de nouvelles figures intéressantes dans ma circonscription, j’ai voulu contribuer à la formation du paysage politique Libanais. Pour ce qui est du déroulé du vote, cela nous a pris une heure en tout. Il y avait une longue file d’attente, mais tout était organisé. Ce qui a pris beaucoup de temps, ce sont les explications qu’on donne aux électeurs dans les bureaux de vote à l’ambassade. J’ai croisé trois à quatre personnes qui croyaient s’être enregistrées et qui ne trouvaient pas leur nom, mais une grande majorité a pu voter sans problème".




Une Libanaise en train de voter au consulat du Liban, à Paris. AFP / ALAIN JOCARD



Bettina Raad, 24 ans, étudiante en école d'ingénieur. Rattachée à la circonscription du Liban-Sud I (Saïda-Jezzine), elle a voté à Boulogne, en banlieue parisienne :
"C'est la première fois que je vote. Je suis originaire de Lebaa, un village près de Jezzine. C’était important pour  moi de participer à ce scrutin, car je pense que chaque voix fera la différence pour pouvoir apporter du changement dans ce pays, et il en a besoin! Aujourd'hui, au bureau de vote à Boulogne, il y avait beaucoup de monde, on sent qu'il y a un vrai enjeu politique. Au niveau de l’organisation, c’était correct mais très lent. J'ai mis 1h30 à voter".


Guillaume, 35 ans, est ingénieur. Rattaché à la circonscription du Mont-Liban I (Jbeil-Kesrouan), il a voté au consulat du Liban à Marseille :
"Lorsque j'ai passé la porte extérieure du consulat à 10h30, il y avait 11 personnes devant moi. Mais je n'ai voté qu'à 11h45. Les électeurs entraient un par un dans une salle de 30 m2 qui comptaient déjà 10 personnes discutant devant un petit déjeuner copieux dont le budget doit être supérieur aux moyens du consulat mis en place pour cette première historique des Libanais pouvant voter à l'étranger", ironise-t-il. Il se moque également du "pauvre pupitre monté à la maison avec un carton de basse qualité jouant le rôle d'isoloir". "Pour finir, nous avons trempé chacun notre pouce dans une encre violette indélébile pour afficher publiquement que nous avions accompli notre devoir. Merci pour cette incursion dans cet endroit appartenant au tiers-monde perdu au milieu d'une grande ville civilisée", conclut-il.


(Reportage : Les Libanais de Côte d'Ivoire votent avec l'espoir d'un changement au Liban)


Emmanuel Ramia, 28 ans, consultant financier à Paris. Il est rattaché à la circonscription du Liban-Nord III, dans le caza de Zgharta :
"Je vote pour la première fois depuis l'étranger et pour la première fois tout court. C'est un beau sentiment. Cela nous permet de sentir qu'on appartient à une nation démocratique. En terme d'organisation, le consulat du Liban (où j'ai voté) n'a pas vraiment été à la hauteur : en arrivant, à une heure de pointe il faut le reconnaître, personne n'était présent pour nous indiquer dans quelle file attendre (il y avait différentes files selon les circonscriptions). Il m’a donc fallu 1h30 pour pouvoir voter. Le ton est monté plusieurs fois entre le personnel du consulat et les électeurs. Hormis cela, j'ai trouvé que le format utilisé pour le vote était simple, pratique et intuitif : 4 listes clairement mises en exergue avec deux cases à cocher. L'une pour la liste, l'autre pour le vote préférentiel.
C'est tout de même un bon début pour la vie politique de la diaspora libanaise, bien que le nombre d'inscrits auraient pu et dû être plus élevé".

Léa, 27 ans, est consultante en finances à Paris. Rattachée à la circonscription du Mont-Liban I (Jbeil-Kesrouan), elle a voté à Paris :

"C'est la première fois que je vote pour des élections libanaises. Je suis très contente. C'est mon droit et mon devoir, j'encourage l'initiative. Concernant le déroulé du scrutin, pour le Kesrouan c’était très rapide, j'ai voté en 10 minutes.  Mais pour la circonscriptions du Metn, il y avait deux heure d'attente. Ils ont pris toute les mesures pour éviter la triche. Les portables sont confisqués avant le vote, pour éviter qu'on prenne des photos. Pour une première fois, je trouve que l'organisation était bonne et le personnel agréable. La diaspora était très contente de pouvoir voter".



L'ancienne journaliste d'origine libanaise, Nahida Nakad, qui a couvert la guerre civile libanaise pour les médias français, a posté sur son compte Twitter une photo montrant, selon elle, "une femme scout en tchador aidant les électeurs à retrouver leur nom sur des listes triées par religion". "Trop, c'est trop", ajoute Mme Nakad.

Interrogée par l'OLJ, la journaliste commente cette photo : "Cette jeune femme, au demeurant très gentille, porte un vêtement iranien qui dépasse le cadre de la liberté d'exercer une religion qui est évidemment respectable. Mais cela s'apparente à un signe de communautarisme". Mme Nakad regrette également que l'appartenance communautaire des électeurs soit inscrite sur les listes électorales. "Lorsque je me suis présentée au consulat du Liban à Paris, on m'a demandé de donner ma communauté pour faciliter la recherche de mon nom sur les listes électorales. Il est temps que la société libanaise évolue et tire les leçons du piège du communautarisme qui enferme", déclare-t-elle, appelant la nouvelle génération à faire évoluer cette situation.


Pour ce scrutin, 82.970 électeurs de la diaspora se sont inscrits pour élire les représentants au Parlement sur base de la circonscription dont ils sont originaires. Les dernières législatives ont eu lieu en 2009 et, depuis, les parlementaires ont prorogé leur propre mandat à trois reprises. Ces élections se déroulent pour la première fois selon le mode de scrutin proportionnel.


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Zorkot Mohamed

J'ai voté à Abidjan. L'ambiance est plutôt bonne. Le scrutin est bien organisé. Malgré la grosse chaleur les gens se sont déplacés. Il m'a fallu 1 heure pour voter mais je l'ai fait et je suis heureux. Il y a quand même du monde je miserai sur au moins 70 % de participation.
Seul bémol des gens pourtant inscrits n'ont pas pu voter, comme mon oncle et sa femme. Leurs noms n'étaient pas inscrits sur les listes.

Wlek Sanferlou

Toute longue marche débute par un premier pas aurait suggérer Mao Tsetung.
Espérons que ce soit un premier pas dans une de ces multiples longues marches auxquelles le Liban est condamné mais qui finiront, espérons le, bien.

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Une électrice libanaise montrant son pouce après avoir voté près du Panthéon, à Paris, le 29 avril 2018. Photo Céline Freiha

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J'ai voté à Abidjan. L'ambiance est plutôt bonne. Le scrutin est bien organisé. Malgré la grosse chaleur les gens se sont déplacés. Il m'a fallu 1 heure pour voter mais je l'ai fait et je suis heureux. Il y a quand même du monde je miserai sur au moins 70 % de participation.
Seul bémol des gens pourtant inscrits n'ont pas pu voter, comme mon oncle et sa femme. Leurs noms n'étaient pas inscrits sur les listes.

Wlek Sanferlou

Toute longue marche débute par un premier pas aurait suggérer Mao Tsetung.
Espérons que ce soit un premier pas dans une de ces multiples longues marches auxquelles le Liban est condamné mais qui finiront, espérons le, bien.

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