Spécial législatives libanaises 2018

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Liban

Joseph Zayeck : Un jour, le Liban aura besoin de nous...

Portrait - législatives 2018
27/04/2018

Il vient d’une famille comme il y en a tant dans les milieux chrétiens. Engagé dans la guerre contre les Palestiniens en 1975-1976, un frère martyr, un autre handicapé en raison de ses blessures au combat, une mère qui n’en finit pas de sécher ses larmes, et lui, Joseph Zayeck, qui veut malgré tout sortir du passé et se tourner vers l’avenir, justement à cause des sacrifices de sa famille et pour ses deux fils, dont l’un a des difficultés.

Pour ceux qui le connaissent, Joseph Zayeck est un boute-en-train, un spécialiste de blagues que les salons s’arrachent pour être sûrs de passer de bons moments. Mais derrière le rire si prompt, il y a chez lui une grande souffrance. La vie n’a en effet pas été tendre avec lui, mais, selon le principe qui dit que ce qui ne te tue pas te rend plus fort, il a choisi de faire le pari d’un avenir meilleur pour ses enfants et pour son pays. C’est dans cet esprit qu’il a présenté sa candidature à l’un des cinq sièges maronites du Kesrouan, sur la liste formée par l’ancien ministre Jean-Louis Cardahi, avec le candidat du Hezbollah au siège chiite de Jbeil, Hussein Zeayter. Pour Joseph Zayeck, il ne s’agit nullement d’un acte de défi, mais au contraire d’un acte de foi. D’abord, il est convaincu que le Hezbollah est une composante importante du paysage politique et populaire du Liban, ensuite ce parti a joué un grand rôle dans la libération du Liban et dans la résistance contre l’ennemi israélien, tout comme en tant que membre des Kataëb, il avait lui-même résisté contre le projet de transformer le Liban en patrie de rechange pour les Palestiniens en 1975 et 1976. Enfin, M. Zayeck estime que, comme les chiites font partie de Jbeil et du Kesrouan, et que le Hezbollah reste la formation la plus populaire chez eux, s’il y a un problème entre les villages ou au sein d’un même village, le dialogue et le contact permanent sont le meilleur moyen de régler les conflits éventuels au lieu d’ostraciser cette formation. Il s’étonne d’ailleurs de la campagne menée aujourd’hui contre ce parti, alors qu’il fait partie du gouvernement et du Parlement. Pour lui, le Liban et les Libanais ont tout à gagner dans un dialogue entre toutes les factions au lieu de rester chacun barricadé derrière ses peurs et ses réflexes communautaires. L’homme qui dit cela sait de quoi il parle, ayant été lui aussi longtemps enfermé dans un climat politique précis, avant de faire lui-même l’objet d’ostracisme, lorsque le commandement des Forces libanaises est passé entre les mains de Samir Geagea.


(Lire aussi : Georges Okaïs, au secours du système judiciaire libanais)


De cette période noire, Joseph Zayeck n’aime pas trop parler. Il a été contraint, comme tant d’autres combattants des FL, à l’exil, mais il a réussi à transformer cette période en une chance nouvelle, faisant des études spécialisées qui lui ont permis de changer totalement l’orientation de sa vie.

L’adolescent, qui s’est enrôlé dans le parti Kataëb en 1973 à l’âge de 15 ans et qui a combattu par la suite sous la bannière du parti puis sous celle des Forces libanaises à la tête de ce qu’on appelait « les unités de commandos de Beyrouth », a donc réussi à se recycler dans la vie civile et à construire une famille et un avenir, loin du fracas des armes. Il s’est donc retiré de la bataille, mais celle-ci ne l’a pas lâché puisque, le 19 janvier 1990, son frère Élie, un des responsables des FL, a été assassiné à Achrafieh. Joseph est donc revenu au pays pour soutenir sa mère et son frère, maintes fois blessé dans les batailles et qui en garde des séquelles dans son corps.
De retour au Liban, il a été bien sûr sollicité par les anciens des FL et par des groupes politiques, mais il a préféré tourner la page et se lancer dans la vie active, tout en se considérant toujours engagé pour la patrie. « Je me souviens que quand j’étais adolescent, dit-il, ma mère avait demandé à mon père pourquoi il nous envoyait, moi et mes deux frères, nous entraîner aux armes avec le parti Kataëb. Mon père avait répondu : un jour, le Liban aura besoin d’eux. Cette phrase est restée dans ma mémoire et elle continue à dicter ma conduite. Pour moi, le Liban aura un jour besoin de nous tous. Je crois d’ailleurs que je n’ai jamais eu à choisir. Je suis né résistant et je mourrai résistant, même si la résistance peut changer de forme. »


(Lire aussi : Salah Haraké : l’indépendance, à tout prix...)


Aujourd’hui, il considère que sa nouvelle mission est de renforcer l’entente nationale dans sa circonscription de Kesrouan-Jbeil. Il est fier d’ailleurs de préciser que ni la violence de la guerre ni les persécutions et les pressions qui ont accompagné le changement de direction au sein des FL n’ont réussi à le détruire. Il s’est tourné vers l’avenir, loin de tout esprit de vengeance, dans sa bourgade natale qu’il chérit, Ghazir, au cœur du Kesrouan. Ce qu’il voudrait aujourd’hui, c’est changer la politique traditionnelle, basée sur un système qui consiste en une sorte de féodalisme familial et confessionnel, qui favorise la corruption. « Je voudrais que mes enfants vivent mieux que nous n’avons vécu et je considère que ce serait injuste et même indigne de leur laisser un système aussi pourri, qui empêche toute modernisation, tout développement durable et fait des citoyens des assistés, contraints à mendier leurs droits. » Joseph Zayeck sait qu’il s’est fixé un objectif difficile à atteindre, mais il affirme être habitué aux défis, lui qui, pendant ses années de combattant, était chargé des missions dont personne d’autre ne voulait. « J’estime que c’est mon devoir d’agir. Que je réussisse ou non, on verra, mais ce dont je suis sûr, c’est qu’il s’agit d’un long processus. »


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gaby sioufi

Fallait s'y attendre. Sur la liste du eali fakih= un mr qui vaut de l'or

Joseph Zayeck : Un jour, le Liban aura besoin de nous...

27/04/2018

Joseph Zayeck, candidat à l’un des cinq sièges maronites du Kesrouan, a déposé les armes mais gardé l’esprit de la résistance.

Portrait - législatives 2018

Scarlett HADDAD | OLJ

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