Spécial législatives libanaises 2018

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Liban

Charbel Nahas : Restaurer la légitimité de l’État comme État laïc

Interview express - Législatives 2018
27/04/2018

Candidat au siège grec-catholique du Metn, Charbel Nahas n’est pas un novice sur la scène politique. Ministre des Télécoms de 2009 à 2011, puis du Travail de 2011 à 2012, il claque la porte du gouvernement en 2012 sur fond de crise avec son parrain politique, le CPL, mais aussi avec le reste des membres du gouvernement, en raison de différences inconciliables, notamment autour des dossiers à caractère socio-économique. Ayant gagné la réputation du ministre trublion, M. Nahas revient sur la scène publique en s’impliquant dans le mouvement de contestation né de la crise des déchets en juillet-août 2015. Il lance alors le mouvement Mouwatinoun wa mouwatinat et présente des candidats aux municipales. Aujourd’hui, il réitère l’expérience en parrainant, sous la houlette du même mouvement, une dizaine de candidats qui ont rejoint, à ses côtés, la coalition nationale Koullouna watani.

Quel est votre positionnement au sujet des grands dossiers politiques qui sont au centre du débat national dans le pays (armes du Hezbollah, ligne de conduite du Hezbollah, position au sujet du régime syrien, attitude à l’égard des conflits régionaux, décentralisation,...) ?
Un État efficace a la responsabilité de préserver les intérêts de sa société et de sa population, et de traiter avec l’étranger, quel qu’il soit, de façon réaliste et courageuse, sans ambiguïté et sans hypocrisie. La force du Liban tient à sa force propre et à celle de l’État, prêt à intervenir face aux dangers qui menacent sa population, quels qu’ils soient.
L’opposition à Israël, en tant qu’entité raciste et agressive, tient au choix de la protection de l’État libanais et de ses valeurs. Elle suppose d’agir de façon cohérente et sérieuse. Il n’est ainsi pas possible de prétendre vouloir concentrer les armes dans les mains de l’armée pour confronter l’ennemi, sans procéder au renforcement de cette armée, sous prétexte que « la communauté internationale » ne le veut pas. Il n’est pas acceptable de laisser les capacités effectives de défense aux mains du Hezbollah tout en le dénigrant. La situation actuelle n’est pas normale. Le double langage ne constitue pas une politique responsable. Il n’y a d’ailleurs pas de communauté internationale, mais des États qui ont des intérêts sécuritaires, économiques et politiques. Nous ne devons en aucun cas nous diviser entre alliés de l’Arabie saoudite et de l’Iran, entre partisans ou opposants au régime syrien, comme si nous étions les spectateurs d’un match de football, alors qu’en réalité nous nous mettons à la place du ballon qui reçoit tous les coups.
La question de la décentralisation est posée de manière ambiguë. La déconcentration des services administratifs s’impose comme une nécessité pratique. Mais une réelle décentralisation suppose la réalisation d’une condition essentielle : l’adéquation entre la population desservie par l’autorité locale et celle qui supporte le coût des services qu’elle offre. À défaut, la décentralisation conduit directement à une guerre entre les autorités élues localement pour le partage des dotations de l’État central. Or, c’est pratiquement ce qui se passe actuellement entre les chefs de partis confessionnels. Et cela d’autant plus que la notion de résidence est dénaturée, puisque aucun recensement n’a été réalisé depuis 1932 et que les Libanais « résident » virtuellement là où résidaient leurs grands-parents. Sans un état laïc et un recensement périodique, le thème de la décentralisation n’est qu’un leurre et qu’un argument de plus dans la guerre des clans confessionnels.


(Lire aussi : Élie Gharios : Priorité à la souveraineté et au droit à la santé)


Avec quel camp ou bloc parlementaire comptez-vous coopérer au Parlement ? Envisagez-vous une coopération avec un bloc ou un camp au cas par cas, en fonction des développements ou des dossiers examinés ?
Nous ne ferons évidemment pas partie d’un quelconque bloc parlementaire confessionnel. Nous serons néanmoins heureux que nos propositions soient partagées par le plus grand nombre pour les faire aboutir. Nous sommes certains d’ailleurs que nos actions qui seront centrées sur les préoccupations de la vie quotidienne des libanais et leurs intérêts sociaux et personnels auront vite fait de modifier l’agenda politique et de déstructurer les regroupements claniques, prédateurs et conflictuels des partis communautaires ou de transformer ces partis dans leur fonctionnement interne pour qu’en leur sein émergent de vrais débats sur les véritables choix de politique publique qui sont aujourd’hui totalement absents.


(Lire aussi : Michel Mecattaf : Il est de notre devoir de préparer une nouvelle classe politique)


En dehors du champ politique, quel est le domaine que vous envisagez de privilégier dans votre action parlementaire ?
Notre objectif central est de restaurer la légitimité de l’État comme État laïc. Toutes les actions qui confirment les droits réels des citoyens et des citoyennes en termes de droits sociaux et de libertés occuperont de ce fait une place centrale. De même pour les actions qui protègent les deniers et les propriétés publics, et qui mettent fin à l’impunité de ceux qui les ont dilapidés ou spoliés. La légitimité de l’État n’est rien d’autre que le sentiment des citoyens qu’ils y disposent de droits indiscutables et non négociables ou monnayables. C’est aussi, en retour, la condition de son efficacité. Le pouvoir en place est un pouvoir de fait, hérité des chefs de guerre et des milliardaires aux fortunes douteuses ; il est illégitime et inefficace. Trente ans de ce régime suffisent. Le reconduire serait un crime.


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