Spécial législatives libanaises 2018

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Liban

Bassil à « L’OLJ » : Il est beaucoup trop tôt pour parler de présidentielle

Législatives 2018 - Interview
27/04/2018

Dans le cadre de la vaste couverture qu’il assure au processus électoral en cours, L’Orient-Le Jour a pris l’engagement de présenter à ses lecteurs une longue série de portraits et d’interviews express afin de leur permettre de se forger une opinion sur la personnalité et les orientations des différents candidats aux législatives.
Dans cette même optique, nous entamons aujourd’hui, et pendant une semaine, la publication d’interviews avec les chefs de parti et les chefs de file des principaux courants qui se disputent l’échiquier politique local. Ces interviews portent sur une approche macro-politique du processus électoral afin d’en dégager les véritables enjeux stratégiques.
L’ossature de ces interviews sera la même pour les différents chefs de parti, en ce sens que les questions seront identiques, à quelques exceptions près. Les chefs de parti seront ainsi interrogés sur leur évaluation de la loi électorale, les fondements des alliances électorales qu’ils ont conclues, leur perception de l’enjeu stratégique et macro-politique de la bataille électorale, et les priorités que leur bloc parlementaire pourrait définir après le scrutin. Nous entamons aujourd’hui cette série avec le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil.

*    *    *

Malgré un emploi du temps extrêmement chargé, à quelques jours des élections, le président du CPL a donc reçu L’Orient-Le Jour pour parler des enjeux de la bataille électorale. Il est lui-même candidat dans la circonscription du Liban-Nord III.
Interrogé sur sa perception des plaintes formulées par certains électeurs concernant la loi électorale à quelques jours du scrutin, M. Bassil estime que « tout changement provoque une résistance dans un premier temps ». « Les électeurs sont appelés à participer à un système qui n’est pas compliqué, mais nouveau, ajoute-t-il. Nous avons opéré un transfert d’un mauvais système de vote à un système qui oblige l’électeur à un choix politique portant sur un parti, et puis sur une personne par le biais du vote préférentiel. Ainsi, la loi leur préserve ce lien personnel avec leur élu tout en les amenant vers l’option du projet et du parti. »
Le ministre souligne que même lorsque l’électeur est confronté à des listes assez hétéroclites, il n’en choisit pas moins le parti qui l’intéresse en priorité. « Les alliances, dans ce cadre, revêtent une moindre importance, affirme-t-il. Pour ma part, je pense que cette loi est un grand pas en avant dans notre système électoral. Il faut du temps pour que les gens s’y préparent, électeurs et candidats, et aussi pour qu’on y apporte les changements ultérieurs nécessaires. »


(Lire aussi : Samy Gemayel : Il faut assurer la présence de voix libres et incorruptibles dans le nouveau Parlement)


Réaliser un équilibre politique
Interrogé sur les enjeux stratégiques des élections, notamment dans la circonscription du Liban-Nord III où il se porte candidat (Batroun, Koura, Zghorta-Bécharré), et où l’influence des scores sur le choix du prochain président de la République pourrait être déterminante, M. Bassil répond qu’il n’en est rien, selon lui. « Il est beaucoup trop tôt pour parler de la prochaine présidentielle, affirme-t-il. L’actuel mandat (du président) dure encore quatre ans et demi, ce qui signifie qu’on organisera d’autres élections législatives avant la prochaine présidentielle. Je crois que ce sujet a été largement évoqué parce que chacun (de ces leaders) considère que cette circonscription est son point fort. Historiquement, les FL et les Marada sont très bien implantés dans cette région, et ils s’y voient grands gagnants. Pour ma part, je donne à cette bataille une tout autre signification : alors qu’on nous disait perdants à la base, nous formons aujourd’hui trois listes équilibrées et le CPL réalisera un équilibre politique dans cette région. »
« Pour ce qui est de l’enjeu national, ajoute-t-il, nous cherchons à faire élire le plus grand bloc possible afin de poursuivre notre projet politique durant ce mandat, ce qui est normal. Et dans cette circonscription, aucun autre parti ne peut prétendre à la même ambition, leur bataille avec nous se résume souvent à nous critiquer et à œuvrer à réduire notre bloc. »
Mais n’est-ce pas la caractéristique de cette élection : un échange polémique entre tous sans véritable enjeu politique ?
« Je ne le pense pas, répond-il. En annonçant notre programme, nous avons énuméré nos réalisations des dix dernières années afin d’imposer la prééminence de l’action sur les vaines paroles. Si la situation du pays n’est pas satisfaisante, c’est le résultat d’années de négligence et de choix politiques des uns et des autres. »


(Lire aussi : Teymour Joumblatt, l’homme qui veut en finir avec la politique des clans)

« Le Liban ne peut être placé dans un seul moule »
Dans le cadre des déclarations sur les enjeux de la bataille, il y a celle prononcée lors d’un récent meeting par le député Nawaf Moussaoui (Hezbollah), qui a estimé que « les prochaines élections décideront de l’identité du Liban ». Qu’en pense-t-il ? « Nous sommes tous d’accord sur l’identité du Liban, avec certaines nuances, répond M. Bassil. Si (M. Moussaoui) signifie par ces propos que ces élections mettront le Liban dans tel ou tel axe ou alliance étrangère, je pense que le Liban, de par sa diversité, ne peut être placé dans un seul moule. La nature même du pays et toutes les expériences passées montrent que nous aurons toujours notre liberté et notre politique indépendante, qui ménage nos intérêts en toutes circonstances. » Et d’ajouter : « Il est vrai que nous voulons la Résistance et nous voulons construire un État. Et ce n’est pas antinomique car la résistance peut être un facteur de force de plus pour l’État. Notre mission est de mettre ces deux paramètres sur une même trajectoire. »



Des « ententes profondes »
Pour revenir aux alliances nouées par le CPL en prévision de ces élections, elles se caractérisent par une extraordinaire diversité, tant et si bien qu’elles donnent l’impression d’aller dans tous les sens. L’électeur ne risque-t-il pas de se sentir perdu et cela ne peut-il pas porter préjudice au parti ? « Je pense au contraire que c’est une force, affirme M. Bassil. C’est ainsi que nous concevons notre rôle. Le CPL a décidé de nouer des ententes profondes, pas des alliances superficielles, là où nous trouvons une partie prête à le faire. » Avec des parties aussi divergentes ? « Les quatre grandes alliances que nous avons nouées revêtent chacune une signification particulière, souligne-t-il. Il y a l’alliance avec la Résistance, qui se limite à un rôle précis : celui de défendre le Liban, sans aller au-delà. Depuis 2006, notre position reste inchangée, et l’autre partie sait quelles sont les limitations géographiques et politiques de notre appui à son action. » Et pourtant, cette partie continue d’être impliquée hors du Liban… « Pour ma part, j’appuie l’aspect (précédemment cité) de la Résistance », répond-il.
Il poursuit : « Avec le (Premier ministre Saad) Hariri, nous avons réussi à mettre en place une participation consensuelle qui se traduit tous les jours dans la relation avec le président de la République. Et cela a donné des résultats comme le vote du budget, les appels d’offres pour le forage de pétrole… Avec les FL, nous nous sommes entendus à cicatriser une blessure et à partager une vision stratégique. Malgré les divergences et nos griefs, nous maintenons le calme, et les tensions ne dépassent pas un certain stade. Avec (le ministre) Talal Arslane, nous avons parlé de partenariat dans la Montagne que nous n’avons pu réaliser avec (le leader druze) Walid Joumblatt. »
Mais quel sens donner, entre autres, à une alliance avec la Jamaa islamiya à Saïda, l’une de celles pour lesquelles le CPL a été très critiqué ? À ce propos, le ministre se demande pourquoi la Jamaa, un parti légal au Liban, n’était pas critiquable quand le 14 Mars avait noué une alliance avec lui aux élections passées. « Cette loi impose une double bataille : pour la liste et au sein même de la liste, explique-t-il. Moi je ne dis pas à nos électeurs de voter pour la Jamaa islamiya ou pour d’autres, mais pour nos propres candidats. »



« Consolider la décision libanaise »
La bataille que Gebran Bassil pense devoir être la priorité du prochain Parlement est « la reconstruction de l’État », seule garante de « préserver la stabilité du pays » en lui faisant éviter « la banqueroute » et le remettant sur les rails de « l’essor économique ». Et il pense que son courant « est capable de telles réalisations durant ces quatre prochaines années ».
Les priorités de son bloc ? L’électricité, « pas nécessairement par le biais de l’importation des navires-centrales », de nouveaux contrats pour encourager l’exportation des produits libanais, et un règlement progressif de la question des réfugiés par « des mesures d’encouragement à leur retour progressif et en toute dignité dans les quartiers sûrs ». « Tout ce que nous avons essayé de faire depuis un an, c’est consolider la décision libanaise, et c’est ce qui doit être appliqué au dossier des réfugiés », conclut-il.


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Mikael Hiram Abdelnoor

Gibran Bassil a fait un travail enorme pour les libanais travaillant hors du pays. Il a la meme
dimension que feu Fouad Boutros.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SENEN SNENOU !

gaby sioufi

Nul ne peut dire que GB est con.
Il est tt le contraire
Il n'est pas du tout comme la majorite de la crasse politique
Pour le reste ?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

GAFFEUR... VA !

Bassil à « L’OLJ » : Il est beaucoup trop tôt pour parler de présidentielle

27/04/2018

« Le Liban, de par sa diversité, ne peut être placé dans un seul moule », estime Gebran Bassil. Photo tirée de la page Facebook du ministre

Législatives 2018 - Interview

Suzanne BAAKLINI | OLJ

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Mikael Hiram Abdelnoor

Gibran Bassil a fait un travail enorme pour les libanais travaillant hors du pays. Il a la meme
dimension que feu Fouad Boutros.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SENEN SNENOU !

gaby sioufi

Nul ne peut dire que GB est con.
Il est tt le contraire
Il n'est pas du tout comme la majorite de la crasse politique
Pour le reste ?

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