Législatives Libanaises 2018

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L’État libanais appelé à faire preuve de fermeté dans l’affaire Ali el-Amine

Législatives 2018 - Libertés

Les auteurs de l’attaque ont été arrêtés hier pendant une heure puis relâchés, selon le journaliste agressé.

24/04/2018

Distribuer des tracts critiquant les prestations du député Ibrahim Kanaan, candidat dans la circonscription du Metn, a valu à un militant Kataëb, Élias Haddad, de se retrouver sous les verrous vendredi, 24 heures après qu’il eut commis son acte. Agresser violemment le journaliste Ali el-Amine, candidat dans la circonscription du Liban-Sud III (Bint-Jbeil-Nabatiyé, Marjeyoun-Hasbaya), sur une liste d’opposition au tandem chiite Hezbollah-Amal, a valu à M. Amine d’être hospitalisé dimanche, sans que pour autant, près de 48 heures plus tard, les auteurs de l’attaque ne soient inquiétés outre mesure par les autorités concernées.

Comment, à deux jours de différence, l’efficacité des forces sécuritaires chargées d’enquêter sur deux dossiers similaires, peut-elle autant varier, d’autant que le second est bien plus grave, puisqu’il porte atteinte à l’intégrité physique, alors qu’une critique de prestations au moyen de tracts ne constitue pas une atteinte à la personne visée ?
Pour rappel, lorsqu’il accrochait dimanche matin son portrait à quelques pas de son domicile, à Chakra (Bint-Jbeil), Ali el-Amine est apostrophé par un motard qui lui ordonne de le décrocher. Devant son refus d’obtempérer, il est roué de coups et insulté par l’homme (qui, selon le journaliste, lui a dit faire partie du Hezbollah) à qui ont prêté main forte une trentaine d’individus au moins, surgis soudainement.


(Lire aussi : Le joueur d’échecs, l'édito de Michel Touma)


Contacté par L’Orient-Le Jour, un observateur affirme que le ministère de l’Intérieur n’est pas l’autorité compétente pour accompagner l’affaire, qui se trouve désormais entre les mains de la justice et des Forces de sécurité intérieure. Ce qui, fait-il remarquer, n’a pas empêché le ministre de l’Intérieur Nouhad Machnouk de déplorer dimanche l’agression « contre un homme pacifique qui n’utilise que sa plume pour arme ». Dans un entretien avec la chaîne al-Jadeed, M. Machnouk a ainsi évoqué « un esprit d’élimination », écartant l’idée que « l’incident pourrait être individuel ».
Joint par L’OLJ, le ministre de la Justice, Salim Jreissati, déclare pour sa part que le dossier n’est pas non plus de son ressort, « puisqu’une plainte a déjà été déposée ». Il précise toutefois qu’il s’est enquis des derniers développements. « Selon mes informations, l’affaire est instruite auprès du parquet de Nabatiyé, et la police judiciaire procède actuellement à l’identification des agresseurs », indique-t-il, avant d’ajouter : « Une fois connus et appréhendés, ils seront déférés par le procureur général devant le juge d’instruction. »

À la question de savoir pourquoi le processus prend du temps alors que dans l’affaire de la distribution des tracts contre M. Kanaan, l’activiste Kataëb a été rapidement interpellé et arrêté, le ministre de la Justice répond que la plainte de M. Amine est portée contre un parti (le Hezbollah), tandis que celle du député du Metn visait une personne déterminée. Selon lui, il est donc naturel que les investigations soient plus longues pour définir les responsables.


(Lire aussi : Au Liban, peut-on être chiite et mener campagne contre le Hezbollah?)


« Manque de sérieux »
Joint en soirée par L’OLJ, Ali el-Amine révèle toutefois avoir porté plainte contre plusieurs personnes, signalant que la police judiciaire en charge de son dossier venait de le contacter pour l’informer de leur interpellation. « On m’a demandé de me rendre au poste de police de Tebnine pour une confrontation avec mes agresseurs, mais j’ai répondu que mon état de santé ne me le permet pas », indique l’homme, sorti à peine de l’hôpital et muni d’un rapport d’invalidité temporaire. « Il n’en a pas fallu davantage pour les relâcher », déplore-t-il, estimant que « le dossier est traité avec un manque de sérieux, même s’ils ont été élargis sous caution d’élection de domicile ». « Ils n’ont été appréhendés que durant une heure ou deux, alors qu’ils devraient être maintenus en état d’arrestation tant que les premières investigations ne sont pas achevées. » M. Amine regrette dans ce cadre que son agression soit traitée comme un incident individuel, alors qu’« elle comporte une large dimension politique et sécuritaire ». Si une sanction adéquate été appliquée, elle pourrait selon lui être « une leçon pour ceux qui entravent la liberté des élections ». Mais il met aussitôt en doute cette possibilité, estimant que ceux qui sont en charge de l’enquête sont des sympathisants du Hezbollah.

Reste cependant à espérer que les responsables ne se contentent pas de dénoncer ces pratiques de chantage et agissent de manière concrète pour mettre un terme aux exactions visant à museler les voix et pour protéger, loin des pressions politiques et partisanes, ceux qui pensent différemment du parti chiite. Et ce dans un souci de garantir la liberté d’expression et de baisser les tensions préélectorales avant que celles-ci n’atteignent un seuil dangereux.

« Acte barbare »
Les réactions ont continué à pleuvoir hier, condamnant l’agression du candidat. Le ministre de l’Éducation Marwan Hamadé a ainsi dénoncé, lors d’une réunion à Kfarkatra, « des violations marquant les campagnes électorales », stigmatisant « les agressions physiques et verbales contre des candidats libres ».
Le parti Kataëb a critiqué pour sa part la politique des « deux poids, deux mesures » de l’État. « Dans une région déterminée, l’État met en alerte les appareils judiciaires et sécuritaires pour exercer des pressions et procéder à des arrestations, alors que dans d’autres régions, il s’abstient de poursuivre les agresseurs, portant ainsi atteinte à la liberté d’expression et la confisquant », indique le communiqué publié après la réunion hebdomadaire du parti.
Le Rassemblement de Saydet el-Jabal a publié également un communiqué dans lequel il a estimé que « l’agression contre le journaliste Ali el-Amine s’inscrit sur le compte du chaos existant en l’absence de reddition de comptes et d’un État de droit ».

L’association Journalistes contre la violence a, de son côté, fustigé l’attaque, soulignant dans un communiqué que celle-ci « montre avec clarté la politique du fait accompli pratiquée par le Hezbollah dans ses zones d’influence, consistant à intimider par les armes et la violation de la Constitution et des lois ». « L’attaque contre notre collègue Ali el-Amine a été préméditée en vue d’intimider tout candidat de confession chiite qui ne ferait pas partie du tandem chiite et de dissuader les électeurs de voter pour un tel candidat », explique le texte, avant d’ajouter : « L’incident a mis l’État à l’épreuve. De deux choses l’une : soit le pouvoir est capable de s’imposer sur tout le territoire et d’arrêter les agresseurs, soit il doit renoncer à organiser les législatives. »
Le centre SKeyes a interpellé aussi le pouvoir lui demandant d’« assurer la protection de tous et (de) déférer les coupables devant la justice ».

L’Organisation de l’action communiste (OACL) a fait valoir de son côté que l’agression s’inscrit dans le cadre des campagnes d’oppression et d’accusations de traîtrise des forces démocratiques.
Fadi Salamé (Forces libanaises), colistier de Ali el-Amine, a quant à lui exhorté le président de la République Michel Aoun à « intervenir de manière ferme et tranchante », faisant valoir qu’« on ne peut être indulgent à l’égard d’une question qui menace la sécurité des gens ».

Côté chiite, la stigmatisation de l’agression n’a pas été moindre. Riad el-Assaad, candidat dans la circonscription de Tyr-Zahrani sur une liste d’opposition au tandem chiite, a dénoncé « la culture de la haine et le refus de l’autre », appelant à « une confrontation démocratique plutôt qu’à la transformation des villes en arènes ». Harès Sleiman, membre du Renouveau démocratique, a pour sa part qualifié de « sauvage » l’attaque contre M. Amine, et sur le même ton, Ahmad el-Assaad, candidat sur une autre liste d’opposition dans la circonscription du Liban-Sud III, a parlé d’« acte barbare ».
On apprend que M. Amine doit tenir une conférence de presse aujourd’hui, à 12h30, au siège de son bureau électoral, sur la route Nabatiyé-Marjeyoun, dans laquelle il exposera les circonstances de l’incident.


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j'espere que l'etat sera rapide dans les sanctions contre les instigateur de cette mascarade digne des Cro-Magnon !! si elle ne le fait pas alors Hariri se sera mis le doigt dans l'œil en voulant d'après ces dire eloigner le CPL du hezb

Lebinlon

parti de voyous essayant vainement de se draper des oripeaux d'une dignité en loque. Vote Sanction !!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE CHEF DE L,ETAT N,A ENCORE PAS CONDAMNÉ... QU,ATTENDEZ-VOUS DES AUTRES ? LA HONTE !

Bustros Mitri

Il faut arreter d' attendre les enquetes. The writing is on the wall...

Yves Prevost

Il y aurait un article du code pénal qui interdise de critiquer Ibrahim Kenaan? u nom de quelle loi bizarre, le militant Kataeb a-t-il été arrêté?

Marionet

Attendons donc que l'enquête aboutisse. Dommage que ma réaction d'hier ait été censurée. Plus d'ouverture d'esprit ne peut que fidéliser les abonnés !

Irene Said

Nous attendons tous avec impatience de voir si le Chef de notre Etat Libanais saura assumer ses responsabilités dans cette affaire scandaleuse !
Irène Saïd

Wlek Sanferlou

J'adore l'humour libanais "L’État appelé à faire preuve de fermeté dans l’affaire Ali el-Amine"
J'etoufais de dire que je n'ai même pas lu l'article...

L’État libanais appelé à faire preuve de fermeté dans l’affaire Ali el-Amine

24/04/2018

Ali el-Amine après son agression, dimanche après-midi, dans son village natal de Chakra (Bint-Jbeil).

Législatives 2018 - Libertés

Les auteurs de l’attaque ont été arrêtés hier pendant une heure puis relâchés, selon le journaliste agressé.

Claude ASSAF | OLJ

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Lebinlon

parti de voyous essayant vainement de se draper des oripeaux d'une dignité en loque. Vote Sanction !!

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Yves Prevost

Il y aurait un article du code pénal qui interdise de critiquer Ibrahim Kenaan? u nom de quelle loi bizarre, le militant Kataeb a-t-il été arrêté?

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Irène Saïd

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J'adore l'humour libanais "L’État appelé à faire preuve de fermeté dans l’affaire Ali el-Amine"
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