Spécial législatives libanaises 2018

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Liban

Pour Jean Talouzian, « la politique n’est pas affaire de prestige, mais de travail »

Législatives 2018 - Portrait

Ce général à la retraite mêle intransigeance et humilité, et pense « pouvoir attirer des voix de toutes les communautés et de tous les quartiers ».

24/04/2018

Candidat sur la liste « Beyrouth n° 1 » dans la circonscription de Beyrouth I, qui rassemble les Forces libanaises, le parti Kataëb et des indépendants comme Michel Pharaon, Jean Talouzian est présenté comme étant soutenu par l’homme d’affaires Antoun Sehnaoui. Ce postulant au siège arménien-catholique de la circonscription, général à la retraite, même s’il n’est pas très connu du grand public, n’est pourtant pas un nouveau venu à la politique, qui l’accompagne depuis sa prime jeunesse.

C’est dans un contexte assez violent que Jean Talouzian découvre l’univers de la politique. Ayant grandi dans une famille plutôt modeste et peu préoccupée par le climat général, ses proches et lui, habitants du quartier de Aïn el-Remmaneh, sont surpris quand la guerre éclate en 1975… Ce qui n’empêche pas Jean Talouzian, à l’époque âgé de 17 ans à peine, de prendre les armes avec ses deux frères pour « défendre le Liban », suivant ses propres mots, aux côtés de ce qui était connu alors comme le « Tanzim ». « Mes parents n’étaient pas au courant de notre volonté de combattre, mais nous avons été surpris de constater qu’au final, ils n’ont pas tenté de nous en empêcher », dit-il.

C’est vers 1980 que Jean Talouzian est admis à l’École militaire. Sa carrière se poursuivra durant dix ans dans des circonstances extrêmement difficiles, où l’officier sera blessé à plus d’une reprise : une première fois au visage durant un entraînement aux États-Unis, et une seconde fois au bras lors d’une bataille à Kfarmatta en 1983. Mais c’est aussi durant ces années difficiles, où le danger guettait à chaque minute, que s’est affirmé le caractère intransigeant et solide, peu enclin aux concessions, de Jean Talouzian. À plusieurs reprises, le jeune officier refuse de céder des positions même quand la prudence aurait dû l’emporter. Sur cette période qui se terminera par le contrôle des forces syriennes sur l’ensemble du territoire le 13 octobre 1990, il foisonne d’anecdotes directement tirées du terrain. Mais s’agissant de lui, c’est l’humilité qui l’emporte. « Beaucoup aiment se targuer d’actes héroïques, alors que pour moi, les militaires ne faisaient que leur devoir, affirme-t-il. Les véritables héros sont morts, et leurs actes héroïques ont été malheureusement enterrés avec eux. »


(Lire aussi : Lina Moukheiber, sur les pas du « Vieux Lion de la Montagne »)



Ce qu’il en est du salaire des députés…
Cette humilité et cet attachement aux actions plutôt qu’aux apparences accompagnent Jean
Talouzian dans sa campagne électorale. Il a plus d’une fois, au dam de certains conseillers, demandé au public de ne pas applaudir aux paroles mais plutôt aux actes quand il y en aura ! Ce père de trois enfants, deux filles et un garçon toujours écolier, a pris sa retraite en 2015, alors qu’il était général et directeur du service de sécurité de l’aéroport.
Pour Jean Talouzian, son entrée en politique n’est que l’aboutissement d’une seule trajectoire, celle qui a dicté son engagement auprès du « Tanzim » au début de la guerre et qui est son combat pour l’idée qu’il se fait du Liban. « Pour ceux qui le prennent au sérieux, l’engagement politique n’est pas affaire de prestige, mais d’un travail difficile et exigeant », dit-il. Sur ses rapports avec les Sehnaoui, le général à la retraite fait valoir son amitié de longue date avec Nabil Sehnaoui (père d’Antoun), doublée d’un respect mutuel.


(Lire aussi : Ragy el-Saad : Si les choses suivent leur cours actuel, nous allons tout perdre)


Qu’en est-il de la bataille à Beyrouth I, grand réservoir de voix arméniennes mais marquées par la présence du parti dominant de cette communauté, le Tachnag, avec sa machine électorale redoutable ? « Je peux vous dire que ma relation avec ce parti s’est quelque peu dégradée depuis ma candidature, regrette-t-il. Et je peux vous assurer que si je suis élu le 6 mai, je tendrai la main à tout le monde, alors que si je perds, j’irai féliciter les gagnants ». Mais sur quelles voix compte-t-il pour être élu ? « Alors que les candidats Tachnag profiteront de milliers de voix arméniennes, je pense pouvoir attirer des voix de toutes les communautés et de tous les quartiers », affirme-t-il.
Dans un passage à la télé, le secrétaire général du Tachnag, Hagop Pakradounian, a fait mention
d’« argent dépensé à profusion à Beyrouth I ». Que répond-il aux accusations de dépenses électorales outrancières ? « Je n’ai pas de fortune personnelle, mais je sais bien que les campagnes électorales coûtent beaucoup d’argent, dit-il. Quant aux Sehnaoui, ils financent des activités sociales depuis neuf ans au moins, cela ne date pas d’hier et ne s’interrompra pas de sitôt. Rien de contraire à la loi, en somme. »

Interrogé sur ses priorités au cas où il serait élu, Jean Talouzian déclare vouloir se consacrer au développement de sa circonscription qui, malgré une réputation flatteuse, souffre de nombre de pénuries : crise de logement, trafic, préservation des bâtiments patrimoniaux, amélioration des écoles et des hôpitaux publics… sans oublier sa propre communauté arménienne, à Beyrouth et ailleurs. Il n’hésitera pas, assure-t-il, à proposer des projets potentiellement polémiques comme la suppression des salaires de retraite des députés – qui s’étalent sur plusieurs générations – ou encore l’amendement du règlement du tribunal militaire, afin de le rendre plus flexible, notamment pour les civils.


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Bonne chance mon Général.
Les intérêts du Liban et des libanais dabord.

Pour Jean Talouzian, « la politique n’est pas affaire de prestige, mais de travail »

24/04/2018

Le général à la retraite Jean Talouzian, candidat à Beyrouth I, entouré de sa femme et de son fils.

Législatives 2018 - Portrait

Ce général à la retraite mêle intransigeance et humilité, et pense « pouvoir attirer des voix de toutes les communautés et de tous les quartiers ».

Suzanne BAAKLINI | OLJ

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