Spécial législatives libanaises 2018

Liban

Beyrouth I : deux listes fortes et de nombreuses inconnues

Décryptage
20/04/2018

De toutes les batailles électorales du 6 mai 2018, celle de la circonscription dite de Beyrouth I conserve une tonalité particulière. C’est d’abord la première fois depuis des années que le découpage électoral rassemble tous les quartiers chrétiens dans une même circonscription, alors que les quartiers dont les habitants sont majoritairement musulmans se retrouvent aussi dans une même circonscription, dite Beyrouth II. Ce découpage avait d’ailleurs été critiqué par certaines parties qui y voyaient le retour au clivage de la guerre civile, en divisant Beyrouth en deux parties, Beyrouth-Est et

Beyrouth-Ouest, la première à majorité chrétienne et la seconde à majorité musulmane. Mais l’idée – pour laquelle ont milité le CPL et son chef – était de permettre aux députés chrétiens d’être élus par une majorité de voix chrétiennes. Ce qui n’était possible qu’en rassemblant les quartiers dont les habitants sont en majorité chrétiens dans une même circonscription.

À la différence du scrutin de 2009, Beyrouth I regroupe donc, en plus d’Achrafieh, Saïfi et Rmeil, le quartier de Médawar qui pourrait à lui seul contenir 10 000 voix, selon les estimations actuelles. En ajoutant donc les suffrages attendus des trois quartiers chrétiens à ceux de Médawar, on arrive à un total d’électeurs d’environ 50 000 voix, en se basant sur les résultats de 2009. Ce qui donne, avec les huit sièges de la circonscription, le coefficient d’éligibilité le plus bas du Liban, avec un chiffre allant de 6 500 à 7 000 voix. Cela rend la bataille encore plus serrée entre les deux listes principales, d’un côté celle du CPL et alliés (le Tachnag, le courant du Futur et le Hentchag), et de l’autre, celle des FL-Kataëb et alliés (Michel Pharaon et le PDG de la SGBL Antoun Sehnaoui, qui a un candidat sur cette liste). L’on compte aussi la liste dite de la société civile qui pourrait obtenir un siège, celle incomplète formée par le député Serge TerSarkissian et Michèle Tuéni, et une cinquième formée de quatre candidats.


(Lire aussi : Nadim Gemayel : « Bachir m’a légué une cause et des principes »)


En 2009, le CPL avait obtenu dans les trois quartiers chrétiens 17 000 voix, alors que l’alliance du 14 Mars avait obtenu 20 000 voix. Ce qui lui avait permis de rafler tous les sièges, puisque le mode de scrutin était majoritaire. Si l’on transpose ces chiffres en 2018, on peut constater que le CPL a perdu une de ses anciennes figures locales, Ziad Abs, qui a rejoint la liste de la société civile (dont il constitue avec Paula Yacoubian et Gilbert Doumit un des piliers) et qui dispose d’un paquet de 1 000 voix (selon les estimations des centres de statistiques). Mais il a gagné en contrepartie 3 000 voix sunnites du courant du Futur et 1 000 voix arméniennes du Hentchag.
Il faut préciser que les 10 000 voix présumées de Medawar se répartissent de la manière suivante : 5 000 voix arméniennes, 3 000 voix sunnites et 2 000 voix chrétiennes non arméniennes. Si l’on se base sur les résultats du scrutin de 2009, les estimations donneraient donc 55 % des suffrages exprimés à la liste CPL-Tachnag-Hentchag-Futur et 45 % à la liste FL-Kataëb et alliés. Mais cette estimation n’est pas précise car elle ne tient pas compte de l’impact de l’arrivée des listes de la société civile dans la course électorale. Même si toutes les statistiques leur donnaient au mieux un (ou deux) sièges, elles ne devraient pas obtenir plus de 15 000 voix au total. Ce qui fait que la bataille véritable devrait opposer les deux listes dites fortes qui en principe devraient se partager entre 6 et 8 sièges.


(Lire aussi : Le vote préférentiel... aux femmes)


Dans la liste CPL-Tachnag-Hentchag-Futur, les voix préférentielles sont bien partagées. Le CPL devrait donner les siennes au vice-président du parti, l’ancien ministre Nicolas Sehnaoui, le Tachnag donnera les siennes à ses propres candidats dont deux ont la quasi-certitude d’être élus, le Hentchag a son candidat, qui bénéficiera aussi d’une partie des voix sunnites du courant du Futur. Quant à Massoud Achkar, Nicolas Chammas et Antoine Pano, ils ont leurs propres voix.
Même chose dans la liste Kataëb-FL-Michel Pharaon-Antoun Sehnaoui. Les Kataëb devraient donner leurs voix à Nadim Gemayel. Les FL, qui ont deux candidats, devraient soit diviser leurs voix entre eux, soit faire le choix du vote utile et les concentrer sur Imad Wakim pour assurer son élection. De son côté, le ministre Michel Pharaon a ses propres voix, en raison de son appartenance à une importante famille politique et des nombreux services rendus des années durant aux habitants de la région, alors qu’Antoun Sehnaoui devrait donner les siennes à son candidat Jean Talouzian.
Mais c’est justement cette division obligée des voix préférentielles qui rend l’issue du scrutin incertaine et surtout qui pousse les colistiers à devenir des rivaux, lorsqu’ils ont la même base électorale. Chacun d’eux mène donc sa propre campagne, qui est le plus souvent basée soit sur le spectre de la guerre civile, soit sur les critiques de la classe politique actuelle. Peu de candidats présentent de véritables programmes avec des projets concrets.

Dans ce contexte, Nicolas Sehnaoui cherche à se distinguer. Il affirme présenter des projets concrets dont certains existent déjà mais reposent depuis des années dans les tiroirs des ministères libanais. Il compte d’ailleurs exposer ses projets dans une brochure spéciale. Mais selon lui, jusqu’à présent, et en raison du découpage électoral et du système majoritaire, les députés n’ont rien pu faire.

Cette fois, comme ils seront les élus de ces quartiers, ils seront obligés d’en prendre soin et de concevoir des projets qui répondent aux attentes de leurs habitants, sachant que cette circonscription ne peut pas s’étendre géographiquement, car elle est limitée d’un côté par le fleuve de Beyrouth et de l’autre par Beyrouth II, alors que la mer est en face. C’est pourquoi il faudrait exploiter au maximum les espaces inutilisés avec de nouvelles idées... Les électeurs seront-ils sensibles à cette approche, sachant que depuis des années, les promesses se multiplient mais ne se concrétisent jamais ?


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ARTICLE TRES OBJECTIF DE LA TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD ! QUANS AUX SERVICES QUE LES ALIBABISTES ELUS... SI ELUS... IL NE FAUT PAS SE FAIRE TROP D,ILLUSION... LES POCHES ETANT LE BUT !!!

Bery tus

Oui c’est ça madame seul le CPL et N sehnaoui ont un programme ... lol

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Scarlett HADDAD | OLJ

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