Spécial législatives libanaises 2018

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Liban

Fadi Khoury : Résister contre l’ablation de la mémoire pour mieux s’inscrire dans le futur

Législatives 2018 - Portrait

Le candidat se présente à l’un des deux sièges maronites de Aley.

16/04/2018

De son patio ensoleillé donnant sur un grand jardin encore en friche, Fadi Khoury, l’un des candidats maronites de la liste Madaniya (société civile) au Chouf-Aley, revient sur ce moment de rupture où son village, Mansouriyet Bhamdoun (caza de Aley), à l’instar de nombreux villages mixtes de la région, a rompu avec l’harmonie et la convivialité avec l’avènement de la guerre civile. Cet épisode de cassure où tout a basculé et où le « paradis » de son enfance, comme il dit, a été souillé par les inimitiés intercommunautaires, a laissé en lui des marques indélébiles.

À chaque fois qu’il retournait au Liban de ses voyages où il accompagnait son père diplomate, c’était pour aller se réfugier dans cette oasis où a été érigée la maison familiale, rasée par la suite durant la guerre. 

Ses plus beaux souvenirs sont imprégnés dans chacune des pierres de l’édifice qu’il a fait reconstruire pierre par pierre, à la manière d’un puzzle, ressuscitant le modèle d’origine. C’était, dit-il, sa manière de lutter contre le phénomène de « l’ablation de la mémoire » pour mieux comprendre comment et pourquoi le temps s’est arrêté. 

Face à l’urbanisation galopante dont son village a été pris d’assaut, sa maison traditionnelle trône comme un défi lancé à l’amnésie. Il raconte comment les habitants du village viennent régulièrement lui rendre visite dans cette oasis pour échanger des souvenirs d’avant-guerre et se remémorer les instants de symbiose communautaire. La politique de la porte ouverte s’est révélée être une « véritable thérapie » pour le village. 


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Sa passion pour la chose publique, son attachement à la terre de ses ancêtres, il faut aller les chercher dans l’histoire fondatrice du Liban inscrite dans les entrailles de la montagne des émirs. L’influence de son père Fouad, diplomate, dont « la sagesse, le discernement et la pondération » lui ont servi d’école, a été tout aussi déterminante. 

C’est une phrase en particulier que son père répétait à l’envi qui l’aura hanté des années durant : « La guerre n’est pas une fatalité », disait Fouad, convaincu qu’elle aurait pu être évitée. Ce constat était une énigme indéchiffrable à l’époque pour l’enfant qu’il était. Des années plus tard, il a fini par déceler tout ce qu’il signifie. Après avoir écumé des dizaines d’ouvrages sur la guerre du Liban, sondé les archives et les récits de l’épisode douloureux de la guerre, Fadi Khoury a fini par saisir les propos de son père. « J’ai enfin compris que la volonté d’agir pour inverser le cours de l’histoire conflictuelle pouvait et devait primer sur le déterminisme dont se sont longtemps prévalu les princes de la guerre. »

Pour ce jeune candidat, il n’y a de fatalité que dans la géographie. Mais même à ce niveau, « on peut intervenir pour en atténuer l’impact », dit-il dans une allusion aux deux voisins problématiques du Liban, Israël et la Syrie. D’où, selon lui, la nécessité de faire une nette distinction « entre fatalité et responsabilité ».

Déterminé à ne plus laisser faire et à convertir le réflexe de la capitulation systématique en un réflexe de résistance contre ce qu’il appelle « la prétention à l’exclusivité » des partis politiques traditionnels, il démonte l’idée que l’establishment politique soit « le seul artisan possible de la stabilité ». Après un engagement citoyen de plusieurs années, Fadi Khoury s’est décidé, avec sept colistiers, à mener son combat dans l’arène politique. 

« Depuis quarante ans, nous sommes embourbés dans une cascade de réactions sans aucune réflexion en amont aux issues possibles », dit-il. « Si les princes de la guerre ont continué de régner, c’est tout simplement parce qu’ils ont réussi à manipuler à merveille l’équation de la faim, de la peur et de la démographie », déplore le candidat. « Durant la guerre civile, les milices avaient la mainmise sur le territoire qu’ils se sont partagés entre eux en clivant la société autour de démarcations confessionnelles. Aujourd’hui ils sont de retour aux commandes pour réinstituer la même logique en reprenant l’État en otage », estime-t-il.


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C’est ce paysage affligeant que lui et ses colistiers (Rami Hamadé, druze ; Marc Daou, druze ; Chucri Haddad, grec-catholique; Maya Terro, sunnite ; Marwan Metni, maronite ; Éliane Azzi, maronite ; Élias Ghorayeb, maronite) entendent modifier, avec un mot d’ordre, l’application de la Constitution à la lettre et de multiples projets novateurs. Les candidats tablent notamment sur la réhabilitation du secteur agroalimentaire en introduisant de nouveaux produits. Également au menu de leur programme, la relance du tourisme à vocation internationale et non seulement arabe, en encourageant les investissements dans l’industrie hôtelière, notamment à Aley-Bhamdoun-Sofar. Enfin, il s’agit de lancer et d’ancrer l’industrie informatique, ou l’industrie du savoir, qui est l’économie du futur par excellence et une source intarissable de création d’emplois, explique le candidat. 

Après l’obtention d’un diplôme en génie de l’AUB, Fady Khoury décroche une maîtrise en polytechnique de Milan et décide ensuite de se lancer dans une carrière en informatique liée au génie. Il a été l’un des premiers précurseurs du système de l’Autocad au Liban. C’est à lui d’ailleurs que sera confiée la tâche de mettre en place le système du gouvernement électronique (e-government) par le biais d’une société italienne.


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Fadi Khoury, candidat maronite au Chouf-Aley.

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Jeanine JALKH | OLJ

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