Législatives Libanaises 2018

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Liban

Michel Moawad : C’est en me réconciliant avec le CPL que je ressemble à mon père

Législatives 2018 - Trois questions à
16/04/2018

Quel est votre positionnement au sujet des grands dossiers politiques qui sont au centre du débat national dans le pays (armes du Hezbollah; ligne de conduite du Hezbollah ; position au sujet du régime syrien ; attitude à l’égard des conflits régionaux ; décentralisation ; crise des réfugiés syriens…) ?
Notre positionnement vis-à-vis de tous ces dossiers n’est pas nouveau. En tant que Mouvement de l’indépendance et moi-même, nous avons toujours été fermes sur ces dossiers. Il est évident qu’il ne peut y avoir deux États, deux armées, deux politiques étrangères et deux stratégies de défense dans le pays. Notre combat a toujours été et reste celui de l’édification d’un État autour d’une Constitution, d’une armée et des institutions. Il est clair que nous ne pouvons accepter qu’une autre partie détienne des armes au Liban, le Hezbollah ou n’importe quelle autre formation.

Par ailleurs, nous considérons que les intérêts stratégiques, politiques et même économiques du pays doivent nous conduire à ce que le Liban respecte les résolutions de l’ONU et son appartenance au monde arabe. Cela ne veut pas dire que nous devons nous immiscer dans le jeu des grands axes. La position de l’État libanais doit être une neutralité positive. Cependant, nous ne pouvons pas être neutres vis-à-vis d’Israël.
Par rapport à la décentralisation, il faut noter que le rôle de l’État et son poids dans l’économie libanaise sont devenus extrêmement préoccupants. L’accroissement du poids de l’État a été accompagné d’une mauvaise gestion de la chose publique et d’une explosion de la corruption généralisée. La solution serait d’instaurer un partenariat avec le secteur privé et d’appliquer la décentralisation et le renforcement des régions par rapport au centre.
En ce qui concerne la crise des réfugiés, je pense que le régime syrien a intérêt à dialoguer avec le gouvernement libanais sur ce sujet non pas pour aboutir à une solution, mais plutôt pour normaliser les rapports entre les deux pays. Or, en collaborant avec le régime d’Assad sur ce dossier, nous serons en train de conférer une légitimité à un régime qui a perdu toute légitimité.


(Lire aussi : Lina Hamdane veut dire non à l’hégémonie du duopole chiite)


Avec quel camp ou bloc parlementaire comptez-vous coopérer au Parlement ? Envisagez-vous une coopération avec un bloc ou un camp au cas par cas, en fonction des développements ou des dossiers examinés ?
La réalité de la vie politique au Liban veut que le clivage entre deux camps, ceux du 14 et du 8 Mars, n’existe plus. Nous avons passé d’une politique de clivage entre ces deux camps à une politique de dossier par dossier, et cela sur la base de trois grands thèmes : la souveraineté de l’État, le partenariat national et la gestion de l’État, les réformes et les dossiers socio-économiques. Les alliances autour de ces trois points ne sont pas forcément les mêmes et elles sont parfois contradictoires. C’est pour cela qu’il y a eu, dans ces élections, des alliances contre nature ou bien contradictoires.

Dans ces trois dossiers, je suis certainement souverainiste et je suis avec l’accord de Meerab et avec le renforcement de la présidence de la République, d’autant que l’affaiblissement de la présidence n’amènera ni souveraineté ni réformes. Je suis clairement réformiste et progressiste au niveau des questions socio-économiques.
Si je suis élu, je profiterai du fait que j’entretiens des relations normales ou bonnes avec la plupart des composantes et je vais essayer de pousser les trois agendas que je viens de nommer.

En dehors du champ politique, quel est le domaine que vous envisagez de privilégier dans votre action parlementaire ?
J’envisage de privilégier la réforme économique autour de deux axes : la décentralisation et le renforcement de l’initiative privée et de la logique de l’économie de marché. J’œuvrerai donc pour un État régulateur contre un État gestionnaire. Je proposerai une série de lois autour de ces axes, et j’adopterai une approche progressiste du dossier social en tout ce qui concerne les droits de la femme et de l’enfant.

Il est important que ces agendas transcendent les blocs. Le dossier socio-économique ne doit pas être une question de blocs politiques. Lénine, qui, par ailleurs, était un idéologue, avait dit qu’il faut faire de la politique ferme sur les principes et conciliante avec la réalité.


(Lire aussi : Fadi Khoury : Résister contre l’ablation de la mémoire pour mieux s’inscrire dans le futur)



La question du lecteur : Serez-vous membre du bloc parlementaire de votre allié le CPL et, si oui, comment traiterez-vous les questions souverainistes lors des réunions périodiques ? Et est-ce que vous considérez que vous avez réussi à préserver l’héritage politique et national de votre père, le président assassiné René Moawad, notamment après votre alliance avec le courant aouniste ?
Avec le CPL, j’ai conclu un accord basé sur trois grands axes politiques : notre désaccord sur l’affaire du Hezbollah, mon soutien stratégique – qui n’est pas neuf d’ailleurs – sur l’élection de Michel Aoun président et l’accord de Meerab, et le fait que je ne voterai jamais pour ce qui ne me convainc pas.

Par rapport au bloc parlementaire, j’ai refusé par principe de prendre une décision à ce niveau avant les élections, et ceci du fait du poids du Mouvement de l’indépendance dans la région. Je prendrai cette décision au lendemain des législatives.
Au dernier volet de la question, je répondrai par un grand oui. Un des grands projets de René Moawad avait été la réconciliation nationale qui n’exclut personne, même ceux qui veulent s’exclure eux-mêmes de cette réconciliation. D’ailleurs, je me suis réconcilié avec le général Aoun en 2013, en dehors de n’importe quel agenda politique. Il est grand temps de cesser de fonder nos politiques sur les haines du passé, mais sur notre vision de l’avenir. Nombreux sont ceux qui m’ont dit : « C’est en faisant cette réconciliation avec le CPL que tu ressembles à ton père. »



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Michel Moawad : C’est en me réconciliant avec le CPL que je ressemble à mon père

16/04/2018

Michel Moawad, candidat à l’un des sièges maronites de Zghorta. Crédit Chadi Souaid

Législatives 2018 - Trois questions à

Ornella ANTAR | OLJ

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