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Bakr Hojeiri, de l’Union soviétique au Courant du Futur…

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« C’est la première fois que nous sentons à Ersal que nos voix ont de la valeur », affirme le candidat à l’un des sièges sunnites de Baalbeck-Hermel.

02/04/2018

Bakr Hojeiri intrigue par son parcours hétéroclite. Et pour cause, ce candidat du Courant du Futur à l’un des deux sièges sunnites de Baalbeck-Hermel a intégré l’armée dans sa jeunesse pendant quelques mois avant de combattre du côté de la gauche pro-palestinienne lors de la guerre civile, puis de s’envoler vers Moscou pour y étudier les sciences politiques. Aujourd’hui, ce natif du village de Ersal prône la coexistence et le vivre-ensemble.

« Quand j’étais jeune, je rêvais d’intégrer l’armée, comme beaucoup de jeunes dans la Békaa, se souvient M. Hojeiri, aujourd’hui la soixantaine, quatre enfants. À l’époque, il fallait être accompagné d’un candidat chrétien pour se présenter. J’ai été reçu premier au concours. Puis, après quelques mois, j’ai obtenu une permission pour rentrer chez moi. Au retour, on m’a annoncé que j’avais été exclu de l’armée pour des raisons "politiques". Cela m’a beaucoup choqué », ajoute-t-il. Une expérience qui a sans doute été déterminante pour son engagement dans la guerre civile libanaise, dans les rangs de la gauche, avant de déchanter rapidement à la vue des atrocités de la guerre.

« J’ai quitté Ersal avant la guerre, en 1973. À l’époque, Beyrouth était une très belle ville. J’y suis resté deux ans. Puis la guerre a commencé en 1975 et j’ai fait partie de ceux qui y ont participé jusqu’à l’invasion israélienne en 1982. J’étais en poste à Ras el-Nabeh. Je me suis considéré comme combattant dans le cadre du Mouvement national contre un groupe considéré comme isolationniste », indique-t-il.

« Puis, je me suis éloigné petit à petit des batailles pour secourir les gens, à la manière de la Croix-Rouge. Peut-être que certaines personnes s’en souviennent encore, j’ai aidé beaucoup de blessés au niveau du Pont Fouad 1er, secteur Barbir », ajoute-t-il.

C’est alors que Bakr Hojeiri s’envole pour Moscou, pour faire des études de sciences politiques. « Nos études se basaient sur la justice, le socialisme et sa mise en œuvre en Union soviétique », raconte-t-il.

Aujourd’hui, le parcours soviétique est loin derrière. M. Hojeiri, qui a été membre du Conseil municipal de Ersal pendant plusieurs années, a rejoint les rangs du Courant du Futur en 2011, après avoir été personnellement contacté par le chef de la formation, Saad Hariri, qui lui avait demandé de créer un bureau pour le courant à Ersal. Il affirme également être très proche du secrétaire général du Futur, Nader Hariri.

Parallèlement à son engagement politique, Bakr Hojeiri gère, à l’instar de beaucoup d’habitants de Ersal, une carrière d’extraction de pierres.

 

(Lire aussi : Hussein Husseini à « L’OLJ » : Tout est illégitime, sauf le peuple)


« Notre société doit être unie »
Depuis qu’il a laissé tomber les armes, il prône le vivre-ensemble, lui qui a choisi d’habiter près de l’ancienne ligne de démarcation à Hadeth, mais du côté chrétien, comme pour faire un pied-de-nez à la guerre. Mais son plus jeune fils a été agressé plusieurs fois près de son domicile, « à cause de son appartenance confessionnelle ».

« J’ai peut-être causé du tort à mon fils à cause du lieu où j’ai choisi d’habiter, lance-t-il. Malheureusement, il semble qu’il nous faudra encore beaucoup de temps pour oublier la guerre. Il y a encore des gens qui ne veulent pas accepter l’autre. Notre société doit être unie, quelle que soit notre appartenance confessionnelle, mais une prise de conscience, que nous n’avons pas encore, est nécessaire ».

Questionné sur sa position par rapport aux armes du Hezbollah, Bakr Hojeiri rappelle qu’il a lui-même résisté contre l’invasion israélienne du Liban en 1982, dans les rangs du Mouvement national. « Je soutiens tout armement résistant dirigé contre les Israéliens. Mais pour le reste, je ne suis pas pour que les armes du Hezbollah soient utilisées en Syrie », explique-t-il.

« Je ne pense pas que ma vision des armes du Hezbollah soit contraire à celle du Courant du Futur. À aucun moment ils ont dit qu’ils étaient pour l’emploi des armes du parti chiite à l’intérieur du Liban ou en Syrie. Le Futur est pour que les armes du Hezbollah servent uniquement à défendre le pays contre Israël et je pense que c’était déjà un slogan de Rafic Hariri », souligne-t-il.

 

Développer Baalbeck-Hermel
La candidature de Bakr Hojeiri ne passe pas inaperçue, puisqu’il est l’un des premiers habitants de Ersal à se présenter sur une liste électorale formée « d’indépendants », même si sa candidature est appuyée par le Courant du Futur (et compte un candidat Forces libanaises). « Auparavant, les candidats issus de Ersal se présentaient sur les listes du Hezbollah, souligne-t-il. C’est la première fois que nous sentons à Ersal que nos voix ont de la valeur, tout cela grâce à la loi électorale proportionnelle ».

« Il y a dix députés issus de notre région au Parlement, mais le développement à Baalbeck-Hermel est proche de zéro, fait-il remarquer. Notre programme électoral émane de nos souffrances. Il nous faut d’abord des routes convenables pour rejoindre Beyrouth à partir de la Békaa et vice-versa. Nous avons également besoin d’avoir des campus universitaires dans notre région, sans avoir à nous déplacer à Beyrouth et payer des loyers, au vu de la situation économique difficile ».

Bakr Hojeiri demande par ailleurs que le tourisme soit ravivé dans la région et déplore par ailleurs le fait que les terrains frontaliers de la Syrie n’aient « pas de valeur aux yeux de l’État libanais ». « Les terrains n’ont plus de valeur lorsqu’on dépasse Zahlé et qu’on se dirige plus au Nord. On n’arrive même pas à avoir de crédits en hypothéquant nos terres car cette région ne vaut presque rien aux yeux du ministère des Finances ou des banques », déplore-t-il.




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Bakr Hojeiri, de l’Union soviétique au Courant du Futur…

02/04/2018

Bakr Hojeiri, candidat du Courant du Futur à l’un des deux sièges sunnites de Baalbeck-Hermel.

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« C’est la première fois que nous sentons à Ersal que nos voix ont de la valeur », affirme le candidat à l’un des sièges sunnites de Baalbeck-Hermel.

Zeina ANTONIOS | OLJ

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