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Liban

Liban-Sud III : Face au tandem chiite, une liste « suppléante » CPL-Futur

Législatives 2018
29/03/2018

La circonscription du Sud III, qui comprend les trois cazas de Bint Jbeil, Nabatiyé et Marjeyoun-Hasbaya, reste le terrain d’un appui inébranlable au Hezbollah. Celui-ci demeure, même aux yeux de ses rivaux électoraux actuels, et à de très rares exceptions près, le dépositaire de la résistance contre Israël.
La liste du Hezbollah et du mouvement Amal, qui inclut le Parti syrien national social (PSNS), est entièrement formée de candidats à leur propre succession, et cela pour les sept sièges chiites (trois à Bint Jbeil, trois à Nabatiyé et deux à Marjeyoun-Hasbaya), et les trois sièges druze, grec-orthodoxe et sunnite de Marjeyoun-Hasbaya. Il convient de signaler qu’en 2009, les trois cazas constituaient trois circonscriptions distinctes en vertu de la loi de 1960. En calquant le choix de ses candidats sur les législatives de 2009, le Hezbollah fait comprendre à sa base que cette échéance ne laisse aucune place aux doléances à caractère socio-économique, pourtant tolérées en temps normal.


(Lire aussi : Pour la première fois au Liban, une liste 100 % féminine)


Deux listes opposées frontalement au Hezbollah
Certes, cinq listes rivalisent avec celle du Hezbollah, mais elles incarnent une opposition à vitesses variables.
Seules deux listes, du reste incomplètes, s’opposent au parti sous l’angle de sa légitimité. L’une est présidée par le journaliste Ali el-Amine, labellisé « chiite de l’ambassade » par le secrétaire général du Hezbollah et incluant les Forces libanaises (FL). Le candidat FL au siège grec-orthodoxe, Fadi Salamé, est un homme d’affaires respecté par de nombreux habitants, y compris dans les milieux de gauche non hostiles au Hezbollah.
La seconde liste qui s’oppose ouvertement au duopole chiite a été mise sur pied tardivement – et plutôt hâtivement – par Ahmad Kamel el-Assaad, qui y a inclus sa propre épouse, Abir Ramadan, et des candidats de son courant politique, l’Option libanaise. M. Assaad a préféré faire cavalier seul, bien que sollicité par les chiites démocrates de la première liste pour faire front commun contre le Hezbollah.
Les trois listes restantes affirment faire opposition à la corruption, mais sans désigner nommément les forces de facto : outre une liste regroupant le collectif Sabaa, deux listes à coloration partisane sont également en lice : la première parrainée par le courant du Futur, le Courant patriotique libre (CPL) et le Parti démocratique libanais de Talal Arslane, et la seconde par le Parti communiste libanais (PCL). Deux listes qui auraient pu en former une seule.


(Lire aussi : Le Metn, champ de bataille entre loyalistes et opposants)


« Hezbollah-bis »
En effet, Moustapha Badreddine, Abbas Charafeddine et Nadim Osseirane, qui gravitent dans l’orbite du Hezbollah, avaient entamé des négociations avec le PCL, avant de se rallier au Futur. Leur liste est considérée par des démocrates chiites comme « la liste suppléante au Hezbollah ».
D’ailleurs, les candidats chiites sur cette liste, très souvent présents dans des activités du parti chiite, ne ratent pas une occasion pour lui rappeler leur allégeance. « Si je suis sur une liste de l’opposition, cela ne veut pas dire que je m’oppose au Hezbollah », affirme par exemple Moustapha Badreddine. « Nous ne sommes pas contre Amal et le Hezbollah, mais contre la corruption », renchérit Nadim Osseirane. « C’est comme s’ils désignaient le crime sans vouloir nommer le criminel », constate un démocrate chiite à L’Orient-Le Jour.
Le coordinateur de « cette liste du Hezbollah-bis », pour reprendre les termes d’un autre démocrate chiite, est le candidat au siège sunnite Imad el-Khatib, qui se présente comme un indépendant soutenu par le courant du Futur. Il est partenaire d’affaires de Nader Hariri (chef du bureau politique du Premier ministre Saad Hariri) et entrepreneur de projets d’infrastructures parrainés par le chef du législatif Nabih Berry dans la région.
Dans un premier temps, M. Khatib aurait sondé les principaux candidats en vue d’alliances potentielles, en coordonnant directement ses démarches avec le courant du Futur. Dans la foulée, il aurait tenté d’intégrer la liste Amal-Hezbollah, jusqu’à amorcer un dialogue avec les opposants radicaux, parmi les chiites démocrates, dont la virulence du discours s’est toutefois vite avérée trop lourde à assumer.
Il a fini par s’orienter vers la liste en gestation du PCL et de ses alliés potentiels choisis parmi les chiites qui ne gênent pas le Hezbollah (en écartant d’entrée la candidature de sunnites issus de la mouvance nassérienne, comme le président du comité des habitants du Arkoub, Mohammad Hamdane, perçu par ceux-ci comme rival potentiel du candidat d’Amal, Kassem Hachem). Une alliance avec le PCL s’est avérée impossible, ce parti refusant de s’allier avec des partis au pouvoir, à moins que ceux-ci acceptent de soutenir des candidats indépendants non partisans (cette tactique électorale du PCL, qui lui fait perdre des alliances dans plusieurs circonscriptions, est interprétée par certains observateurs soit comme une erreur de calcul, soit comme le résultat d’un accord tacite avec les partis influents, notamment le Hezbollah, pour provoquer une démultiplication, et donc un affaiblissement des listes rivales).


(Lire aussi : La bataille peut désormais commencer, le décryptage de Scarlett Haddad


L’aide de Baabda
Le courant du Futur a fini par sceller une alliance avec le CPL (qui n’était pas tranchée dès le départ), écartant du jeu le PCL, dont le candidat Abbas Srour a fini par créer sa propre liste. De sources concordantes, le ministre Gebran Bassil (dont le candidat au siège grec-orthodoxe est l’ancien directeur de la Caisse des déplacés Chadi Massaad) serait directement intervenu dans les négociations menées avec des candidats chiites. Il aurait eu un entretien avec Moustapha Badreddine, au cours duquel il aurait contacté le président de la République, Michel Aoun, et branché la communication téléphonique en conférence. L’entretien aurait été suivi par une visite du candidat en question à Baabda.
D’une certaine manière, Gebran Bassil aurait tenté de faire une percée sur le terrain du Sud, ce qui n’est pas sans provoquer des réserves d’électeurs chiites qui auraient pu par exemple donner leur vote à M. Badreddine, mais qui découvrent que « son colistier est Gebran Bassil », rapporte un habitant du Sud.
Cette « ingérence » de M. Bassil a « peut-être » égratigné Nabih Berry sur la forme, mais elle n’a fait que se greffer sur des entités noyautées par le tandem chiite. Le courant du Futur, lui, a opté pour un candidat lié à Nabih Berry, tout en intervenant pour forcer le retrait de candidatures sunnites rivales, comme il l’a fait avec le candidat Akram Farhat, qui s’est retiré in extremis de la liste de Ali el-Amine.


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Les listes en présence


« Espoir et fidélité » : Hezbollah-Amal-PSNS
Ali Bazzi (chiite, Amal) ; Ali Fayad (chiite, Hezbollah) ; Ali Hassan Khalil (chiite, Amal) ; Anouar el-Khalil (druze, Amal) ; Assaad Hardane (grec-orthodoxe, Parti syrien national social) ; Ayoub Hmayed (chiite, Amal) ; Hani Kobeissi (chiite, Amal); Hassan Fadlallah (chiite, Hezbollah) ; Kassem Hachem (sunnite, Amal) ; Mohammad Raad (chiite, Hezbollah) ; Yassine Jaber (chiite, Amal).

« Le Sud le mérite » : Futur, CPL, Parti démocratique et indépendants
Abbas Charafeddine (chiite) ; Chadi Massaad (grec-orthodoxe, mouvance CPL) ; Hicham Jaber (chiite) ; Hussein Chaër (chiite) ; Imad el-Khatib (sunnite, mouvance courant du Futur) ; Mourhaf Ramadan (chiite, mouvance CPL) ; Mohammad Kaddouh (chiite) ; Moustapha Badreddine (chiite) ; Nadim Osseirane (chiite) ; Wissam Charouf (druze, Parti démocratique libanais).

« Une seule voix pour le changement » : PCL
Abbas Srour (chiite) ; Ahmad Mrad (chiite, PCL); Ali Hajj Ali (chiite, PCL); Ghassan Hadifé (druze) ; Hala Abou Kassem (grecque-orthodoxe, PCL) ; Hussein Beydoun (chiite, mouvance PSNS) ; Saïd Issa (sunnite).

« Ras-le-bol des paroles » : indépendants et FL
Ahmad Ismaïl (chiite) ; Ali el-Amine (chiite) ; Fadi Salamé (grec-orthodoxe, Forces libanaises) ; Imad Komeyha (chiite) ; Rami Ollaik (chiite).

« Nous pouvons changer » : l’Option libanaise
Abdallah Salman (chiite) ; Abir Ramadan (chiite); Adnane el-Khatib (sunnite) ; Ahmad el-Assaad (chiite); Kanj Alameddine (druze) ; Mohammad Faraj (chiite) ; Mounah Saab (grec-orthodoxe) ; Rabah Abi Haïdar (chiite).

« Tous patriotes » : indépendants et société civile
Akram Kayss (druze ) ; Fadi Abou Jamra (grec-orthodoxe) ; Jamil Ballout (chiite, Sabaa) ; Rima Hmayed (chiite, Sabaa) ; Salah Noureddine (chiite).


Lire aussi
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Le Faucon Pèlerin

Pour la énième fois, je répéterai inlassablement que le Liban n'est point un pays guerrier, ainsi je ne vois pas pourquoi certaines formations veulent l'obliger à se joindre aux va-t-guerre, parmi elles le Hezbollah et le PSNS, mouvance étrangère, qui veulent détruire Israél. A cause de ces gesticulations belliqueuses perpétuelles qui sont absolument étrangères à la vocation du Liban de ne pas faire des guerres à qui que soit, Israél menace de détruire le Liban sur les têtes de tous ses habitants de Nakoura à Arida.

Irene Said

Mis à part le fait de figurer sur des listes...ces candidats ont-ils aussi des programmes, des projets ???
Irène Saïd

Liban-Sud III : Face au tandem chiite, une liste « suppléante » CPL-Futur

29/03/2018

Ali el-Amine et Imad Komayha, de la liste des démocrates chiites opposée au Hezbollah. Photo Facebook

Législatives 2018

Sandra NOUJEIM | OLJ

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Le Faucon Pèlerin

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Irene Said

Mis à part le fait de figurer sur des listes...ces candidats ont-ils aussi des programmes, des projets ???
Irène Saïd

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