Spécial législatives libanaises 2018

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Liban

Beyrouth II, une bataille aux multiples enjeux

Législatives 2018 - Circonscriptions

Sept listes au moins s’affronteront lors de la bataille électorale du 6 mai dans cette région.

26/03/2018

À Beyrouth II, la bataille s’annonce rude dans cette circonscription dont les députés sortants ont tous été élus en 2009 dans la liste du courant du Futur, forte des alliances nouées cette année-là avec le Parti socialiste progressiste pour le siège druze et le mouvement Amal pour l’un des sièges chiites, notamment. En prévision du scrutin de mai prochain, l’alliance entre le courant du Futur et le PSP est toujours d’actualité, mais pour ce qui est des sièges chiites, la formation doit désormais affronter une liste incomplète parrainée par le tandem Hezbollah-Amal, allié au Parti syrien national social, aux « Ahbache » (sunnites prosyriens) et au Courant patriotique libre, qui présente un candidat protestant.

La circonscription rassemble Ras Beyrouth, Aïn Mreïssé, Mina el-Hosn, Zokak el-Blatt, Mazraa, Mousseitbé, le secteur du Port et Bachoura. Elle compte plus de 60 % d’électeurs sunnites (sur près de 350 000 inscrits) et quelque 70 000 voix chiites, et comporte 11 sièges : six sunnites, deux chiites, un druze, un grec-orthodoxe et un protestant.

Entre les listes du Futur et de Hezbollah-Amal, l’affrontement sera total. Quand, le 12 mars, le Premier ministre et patron du Futur, Saad Hariri, avait annoncé les candidats du courant, l’absence d’un second candidat chiite sur la liste de Beyrouth II, à part l’actuel député Ghazi Youssef, avait attiré l’attention, laissant présager un possible accord avec Amal, ainsi que l’avaient constaté des observateurs. Or dans l’annonce de la liste proprement dite le 23 mars, il s’avère qu’un second candidat chiite, Ali Chaër, a été retenu. Les fers se croiseront donc avec la liste du tandem chiite, d’autant plus que le discours de Saad Hariri au cours de l’annonce de la liste a exacerbé la « confrontation entre deux lignes, deux approches et deux volontés : l’une qui veut protéger l’identité politique, nationale, arabe et beyrouthine, et l’autre qui veut mettre la main sur la décision et l’identité de Beyrouth ».

Le fait que la totalité des députés sortants de Beyrouth II aient été élus en 2009 sur la liste de Hariri laisse pointer donc un premier enjeu majeur, surtout avec le passage à une loi proportionnelle : combien l’actuel Premier ministre va-t-il pouvoir conserver de sièges dans cette circonscription ? Quels candidats de cette liste (à part M. Hariri lui-même), sunnites notamment, gagneront leur ticket au Parlement au hasard de la répartition des votes préférentiels ?

Autre enjeu : concernant la liste du tandem chiite, qui compte deux candidats de cette communauté, Amine Cherri et Mohammad Khawaja, l’un du Hezbollah et l’autre d’Amal, faut-il s’attendre à une lutte intestine au niveau des votes préférentiels ? Interrogé par L’OLJ, M. Cherri dément qu’une lutte interne soit envisageable, étant donné que le Hezbollah « a adopté un mécanisme de répartition des voix avec les alliés sur les listes ».

(Lire aussi : Méritez nos voix, au lieu de les acheter !)


Une dispersion des voix ?
Toutefois, que ce soit pour une liste comme pour l’autre, les pronostics sont quasi impossibles à faire, d’autant plus qu’il existe beaucoup d’électrons libres parmi les électeurs de la capitale, notent des sources bien informées. Sans compter que d’autres listes tentent de se frayer une place dans cette circonscription compliquée, avec des figures indépendantes souvent bien connues : Fouad Makhzoumi qui a formé une liste avec des indépendants ; Omar Wakim, fils de l’ancien député Najah Wakim, allié à des figures comme Moustapha Hamdan (ancien chef de la garde présidentielle) ou Nehmat Badreddine, du mouvement « Nous réclamons des comptes » ; le journaliste Salah Salam, rédacteur en chef du journal al-Liwa’ ; ou encore une liste de la société civile formée par Ibrahim Mneimné, qui avait été tête de liste de « Beyrouth Madinati » aux élections municipales (ce n’est pourtant pas ce mouvement qui a créé cette liste). Sans compter une septième liste enregistrée hier, appuyée par l’ancien ministre Achraf Rifi (farouche opposant à Hariri après avoir été un allié), présidée par le journaliste Ziad Itani.

Au moins sept listes se disputeront donc les onze sièges de Beyrouth II, mais quelle chance de percer pour les listes qui affrontent les mastodontes du pouvoir, et qui sont plusieurs ? Naji Kodeih, expert environnemental candidat sur la liste de la société civile, reconnaît que la bataille est difficile, mais assure que, avec des moyens limités et aucun soutien politique de quelque sorte, sa liste table sur « le vrai changement qu’elle propose, pas des slogans creux », même pour se démarquer des autres opposants. Fustigeant la loi déséquilibrée et l’argent politique, Naji Kodeih estime que la multiplication des listes pourrait être un stratagème de la classe politique pour s’assurer la répartition des sièges.

Qu’il s’agisse d’un stratagème ou non, la multiplication des listes entraîne inévitablement une dispersion des voix qui fera, selon des observateurs, varier le seuil d’éligibilité. En définitive, les voix qui vont aux listes perdantes étant déduites de l’équation finale, les listes gagnantes sont d’autant plus favorisées par un coefficient électoral plus bas…


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La bataille semble dure en effet dans cette capitale qui va connaitre certainement un changement capital .

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26/03/2018

M. Hariri au cours d’un déjeuner donné en son honneur dans la capitale : combien de sièges le courant du Futur conservera-t-il à Beyrouth II ? Photo Dalati et Nohra

Législatives 2018 - Circonscriptions

Sept listes au moins s’affronteront lors de la bataille électorale du 6 mai dans cette région.

Suzanne BAAKLINI | OLJ

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