Spécial législatives libanaises 2018

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Liban

Sami Fatfat, l’expérience précoce du terrain

Législatives 2018 - Portrait

Le jeune homme de 28 ans se présente à la succession de son père à Denniyé.

23/03/2018

L’abord facilité par une allure décontractée, pull et pantalon bleu marine, un charme de jeunesse dont il fait mine de ne pas être conscient, une certaine pureté que reflètent ses yeux verts, un sourire qu’il sait doser, et généreusement quand il est à l’écoute d’un interlocuteur critique, Sami Fatfat, 28 ans, candidat à la succession de son père, Ahmad Fatfat, à l’un des sièges sunnites de Denniyé, a la spontanéité que délaissent les hommes rompus à la politique. Et une confiance qui lui vient de son contact précoce avec le terrain.

Il a été éduqué à « comprendre la douleur des gens ». Ayant grandi à Tripoli, où il a fréquenté le Lycée français, il dit n’avoir jamais été traité comme « fils de député ». Le « show-off » le révulse. C’est à vélo qu’il se déplaçait dans le chef-lieu du Nord, ou à pied, « la guitare au dos » lorsqu’il devait se rendre à ses cours de musique. C’est un soir de 2005, au retour d’un match de football, qu’il fait par hasard son premier apprentissage de la violence politique des armes. Dans la foulée de la chute du cabinet de Omar Karamé, des « mercenaires » armés ont encerclé l’immeuble où résidait sa famille, privée à l’époque de toute garde par le régime policier libano-syrien. Suspectant un assaut, sans avoir conscience de sa portée politique, il a eu le réflexe de se faufiler rapidement dans l’immeuble et de fermer le portail. « J’ai eu peur. Et depuis, tous les jours je me dis que je vais prendre ma revanche », confie-t-il. Cette soirée tombait un 28 février. Sans l’avoir cherché, c’est à la même date qu’il a déposé, treize ans plus tard, sa candidature aux législatives.

En 2007, alors bachelier, il a fait une autre expérience de la violence. Les proches d’Ahmad Fatfat étaient harcelés « tous les deux jours » de coups de fil menaçants « en provenance notamment d’Afrique », raconte-t-il. Ces pressions l’obligent à renoncer au choix de l’Université américaine de Beyrouth et à opter pour la Sorbonne, où il se spécialise en sciences économiques et sciences politiques.

Son point d’attache est resté le Liban. C’est à l’École supérieure des affaires qu’il obtient son master. Détenteur de la nationalité belge, transmise par son père, il ne s’est rendu qu’une seule fois en Belgique. Et son expérience professionnelle dans les pays du Golfe n’aura duré que deux ans.

Ce qui l’a ancré davantage dans le tissu libanais, c’est son apprentissage politique à Sir el-Denniyé même.  Dans ce lieu de villégiature où il lui arrivait de passer ses vacances sans ses parents, il a pris le temps de connaître les habitants « maison par maison ». « C’est là que j’ai commencé mon travail » qu’il qualifie plus de « social » que de politique. Et cette initiation, il dit la devoir à l’un des agents affectés à sa garde, qu’il invitait à l’accompagner dans ses tournées auprès des habitants.


(Lire aussi : Nadine Moussa, une candidate qui souhaite apporter un souffle d’éthique au domaine public)


Sa curiosité grandissante pour la chose publique a même pris de court son père. À ce stade, il exprime un « amour » pour les gens, dont il dit inscrire chacune des doléances « là », dans sa tête.

Conscient des tares du clientélisme, il préfère miser sur des services liés au développement durable de sa région, comme la mise en place d’une infrastructure propice aux investissements commerciaux, plutôt que des services individuels. Cela a été le créneau d’Ahmad Fatfat, explique le jeune homme, qui s’était chargé, au sein du cabinet de son père, du suivi des dossiers de Sir el-Denniyé auprès des ministères de l’Intérieur, des Travaux publics et des Télécommunications. L’un de ces projets, toujours en cours, est d’installer un réseau de téléphonie fixe dans le village. Un autre projet vise à mettre en place un registre d’état-civil centralisé, de sorte à éviter aux chrétiens de la région de Denniyé le trajet vers Zghorta.

Très sensible au « pacte » historique islamo-chrétien, il déplore « le jeu des surenchères communautaires, pour marquer des points politiques au prix du vivre-ensemble ». Et il reconnaît quelque part que le courant du Futur est « enchaîné » à son tour à ce discours. « On ne nous a pas laissé d’autre choix », surtout que la rue sunnite se sent « opprimée », dit-il. C’est elle qui est « persécutée » dans la région, au nom de la lutte contre le fondamentalisme, qui pourtant « ne la représente pas ». Au Liban, Tripoli est « dépeinte dans les médias » comme un repaire de terroristes. Beaucoup sont « fichés » arbitrairement, parmi lesquels des proches de Sami Fatfat, dont celui-ci sait l’innocence.

Aujourd’hui, il ne perd pas de vue le « projet de l’État et de la souveraineté », qui est toujours de mise à ses yeux. « Le compromis, loin d’être une capitulation, signifie plus de sacrifices en vue d’obtenir, in fine, ce que nous voulons », dit-il, en précisant être sur ce plan plus malléable que son père.

S’agissant du Hezbollah, « d’un point de vue idéologique, il est clair qu’il est impossible pour nous d’interagir avec lui. Nous avons essayé de le faire, cela n’a pas marché ». Il n’empêche que la stabilité instaurée par le compromis est un investissement à long terme, en faveur de toutes les communautés. « Nous allons vers quelque chose de meilleur », dit-il, « et le public de Saad Hariri l’a compris ».




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