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Liban

Alliances électorales : A priori, faible impact de la visite de Hariri à Riyad

Législatives 2018
07/03/2018

La visite du Premier ministre Saad Hariri en Arabie saoudite ne serait pas vouée à affecter les alliances électorales. C’est ce qu’ont confirmé hier des députés du bloc du Futur. Certes, les démarches qu’il a entreprises depuis son retour à Beyrouth auraient pu induire en erreur.
D’abord, son passage au domicile du chef du bloc du Futur, l’ancien Premier ministre Fouad Siniora, pour tenter de le convaincre de se porter candidat. Mais pour avoir déjà mené des efforts dans ce sens, Saad Harri connaissait à l’avance la réponse de M. Siniora, d’ailleurs confirmée deux semaines avant le rendez-vous de la rue Bliss. La visite aurait elle aussi été programmée à l’avance, du moins avec le ministre Ghattas Khoury et le député Farid Makari, que M. Hariri aurait spontanément décidé d’accompagner, selon des informations transmises par une source proche de M. Siniora.

L’annonce par ce dernier de son retrait de la bataille électorale et implicitement de la vie politique serait en soi le signe que les règles du compromis de la présidentielle ne sont pas près de changer. Les motifs du retrait de Fouad Siniora iraient aussi dans ce sens. Il a voulu autant éviter de souscrire au compromis que de s’engager dans une confrontation ouverte et périlleuse avec le Hezbollah, selon cette source. Preuve qu’un remaniement du compromis n’est pas une option.
En outre, M. Siniora a veillé à réaffirmer son entière adhésion au courant du Futur. Il y aurait en cela, d’abord, sa loyauté au legs de Rafic Hariri, raison de son abstention de faire cavalier seul, même lorsque l’Arabie saoudite envisageait, comme elle le fait depuis un certain temps, de trouver un substitut à Saad Hariri. Il y aurait aussi un souci de « maintenir, même au prix de concessions, un minimum d’unité au sein de la communauté sunnite », selon la source précitée. Cette communauté est considérée malgré tout plus avantagée au Liban qu’ailleurs dans la région, comme en Syrie, en Irak et en Palestine. « Affaiblir Saad Hariri encore plus » serait s’aventurer vers une situation encore plus dramatique pour la communauté, et sans doute aussi le pays, selon cette source.


(Lire aussi : La visite de Hariri à Riyad : une page tournée et des résultats pour le moins satisfaisants)


Cette logique se retrouve en partie dans la récente décision saoudienne de reconnaître à Saad Hariri qu’il est irremplaçable. Cette décision prend en compte la relative autonomisation politico-économique que lui a accordée le compromis de la présidentielle par rapport à l’Arabie en lui garantissant la présidence du Conseil. Mais Saad Hariri aurait aussi été servi par le faux pas saoudien de forcer sa démission depuis Riyad. Ceci a contribué à consolider le compromis, à l’inverse de ce qui était escompté.

Mais Saad Hariri n’est irremplaçable que par défaut. D’abord, faute de substitut : l’ancien ministre Achraf Rifi ne serait plus perçu par les Saoudiens comme le rival potentiel de M. Hariri, encore moins son égal, comme l’atteste notamment l’abstention de l’émissaire saoudien, qui a récemment visité le Liban, de le rencontrer. Ce serait à la fois un service rendu à M. Hariri et le résultat d’un choix propre à Riyad, selon une source du courant du Futur.
Les deux réunions « difficiles » (selon la source précitée) de Saad Hariri avec le prince héritier Mohammad ben Salmane lui auront certes permis de défendre la logique du compromis (recentrage de Michel Aoun, isolement progressif du Hezbollah par les composantes internes…). Mais l’Arabie n’aurait pas changé d’un iota son souhait de voir le courant du Futur mettre un terme au modus vivendi actuel avec le Hezbollah, sans quoi ses promesses restent très aléatoires, selon une source proche du royaume. C’est toute la logique saoudienne du « donnant-donnant » qui s’exprime : sans action concrète contre l’emprise iranienne, l’appui saoudien restera très limité. D’ailleurs, rien n’est confirmé sur les contributions possibles de l’Arabie à la conférence CEDRE, prévue le 6 avril à Paris.


(Lire aussi : Riyad invite Hariri à ne pas lâcher les pôles souverainistes)


Du reste, elle serait trop « méfiante » à l’égard de tous les acteurs libanais, pour croire en quelque dynamique interne d’isolement du Hezbollah, selon une source informée de la politique saoudienne. Et cette méfiance se traduirait par une réticence à soutenir des candidatures, même opposées au Hezbollah, renchérit un proche de l’Arabie. La visite de Walid Joumblatt au Grand Sérail avant-hier, scellant une alliance entre le courant du Futur et le Parti socialiste progressiste, serait aussi à lire dans le cadre strict des enjeux électoraux, selon une source du Futur.
Pour ce qui est des alliances potentielles avec les Forces libanaises, elles restent jusqu’à nouvel ordre tributaires du cas par cas.

Il serait donc ambitieux de voir dans la visite de Saad Hariri à Riyad la promesse d’un retour aux vieilles alliances pour rééquilibrer les rapports de force interne avec le Hezbollah. Ces vieilles alliances ont été vidées de leur symbolique – et partant, n’ont plus lieu de refaire surface. Et ce rééquilibrage est impossible tant que le pari persiste, notamment chez le courant du Futur, sur un recentrage de Michel Aoun.


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LE HARIRI D,APRES LA DEMISSION N,EST PLUS LE HARIRI DE LA DEMISSION ACCLAMEE NATIONALEMENT EN CE TEMPS... JE CRAINS QU,IL NE SOIT PLUS FORT COMME AVANT ET QU,IL NE REGRETTE AMEREMENT L,ANNULATION DE SA DEMISSION ET SON ORBITE PRESENTE ERRONNEE !

Le Faucon Pèlerin

Le retrait de la bataille électorale de Fouad Sanioura est une perte pour la modération politique et patriotique au Liban.

Alliances électorales : A priori, faible impact de la visite de Hariri à Riyad

07/03/2018

Fouad Siniora et Saad Hariri, le 4 mars, rue Bliss, entourés de Farid Makari et Ghattas Khoury. Photo Dalati et Nohra

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Sandra NOUJEIM | OLJ

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