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Liban

Hezbollah-Amal : Quand les électeurs chiites ne se suffisent plus de beaux discours

Législatives 2018
21/02/2018

L’annonce avant-hier par le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, des candidats de son parti aux législatives, suivie de celle faite à quelques heures d’intervalle par le leader d’Amal, Nabih Berry, portent dans leur forme l’essentiel de leur message électoral conjoint : le vote qui sera donné à une liste chapeautée par le tandem chiite ne sera pas un vote en faveur de tel candidat ou tel autre sur cette liste, mais un vote en faveur de Nasrallah et de Berry.

En principe donc, les noms des candidats continuent d’importer peu, puisque l’enjeu d’appuyer la « Résistance » reste à même de pouvoir mobiliser l’électorat – quitte, comme le souligne de nombreux opposants au tandem chiite, à ce qu’on y ajoute des actes d’intimidation.

Cela ne veut pas dire toutefois que l’allégeance chiite aux deux partis est toujours la même, ni que l’état d’esprit de la base du Hezbollah adhère avec la même ferveur à la rhétorique de la résistance.

Que Hassan Nasrallah et Nabih Berry aient eu à annoncer en personne les noms de leurs candidats est le signe que leur base commence à montrer des signes d’insubordination. Le discours qui défend le caractère sacro-saint des armes est de moins en moins mobilisateur, si ce n’est par manque de crédibilité, du moins par insuffisance.

Si l’on exclut ceux qui, parmi les sympathisants du Hezbollah, ont déjà entamé discrètement une remise en question de sa légitimité après son intervention en Syrie, la majorité des électeurs chiites tendrait encore à la défendre. Mais ces électeurs sont en même temps éprouvés sur le plan socio-économique, et donc « conscients que ce n’est pas l’idéologie de la résistance qui leur donnera à manger », comme le rapporte un chiite indépendant du Liban-Sud, qui a requis l’anonymat.


(Lire aussi : Zghorta-Bécharré-Koura-Batroun : Un avant-goût de présidentielle ?)


Cette grogne qui se manifeste d’habitude lors des municipales atteint pour la première fois l’échéance des législatives. Alors que de nombreux électeurs chiites dénonçaient lors des municipales de 2016 « la corruption » des candidats reconduits avec le soutien du Hezbollah, dans les mêmes milieux on se plaint aujourd’hui du « manque d’intérêt » de la part des députés du parti pour les doléances socio-économiques.

« Le bloc parlementaire du Hezbollah a été honnête en se faisant appeler bloc de Fidélité à la Résistance. Parce que c’est à cela que se limite son travail », fait remarquer d’un ton incisif le chiite indépendant.  En somme, le Hezbollah ne pourra plus compter comme il le faisait auparavant sur la force cohésive de ses slogans idéologiques au sein de son électorat.

Mais plutôt que de tenter d’anticiper les mutations au sein de sa base, le parti chiite semble en faire fi à ce stade, en prenant une nouvelle fois de haut son électorat.  Certes, au Liban-Sud, limitrophe d’Israël, le discours de la résistance continue à ne susciter publiquement aucune réserve, du moins en période de législatives. Mais dans d’autres fiefs du Hezbollah, comme Baalbeck-Hermel, plus éloigné d’Israël et plus démuni socio-économiquement, les voix dissonantes se font audibles et vont jusqu’à douter de l’intégrité de députés sortants qui se portent candidats. 

Des banderoles ont par exemple été aperçues hier sur l’autoroute Zahlé-Baalbeck, signées par des sympathisants du parti, qui contestent la candidature du député sortant et ministre de l’Industrie, Hussein Hajj Hassan. Deux messages, signés par « les habitants honorables de Temnine el-Fawqa », sont adressés au secrétaire général du Hezbollah : « Vous savez que nous vous suivrons partout, mais nous n’avons jamais élu, ni ne le ferons, celui qui a contribué à défigurer notre région, Hussein Hajj Hassan » ; « Nous avons élevé la voix, sans trouver de récepteur, nous n’élirons pas celui qui a contribué à renouveler les permis des carrières de notre village, Hussein Hajj Hassan ».


(Lire aussi : Les candidatures d’Amal et du Hezbollah aux législatives : beaucoup de partisans, peu de changements)


Les avis divergent parmi des opposants au Hezbollah à Baalbeck. Certains tendent à banaliser ce genre de contestations, qui n’affecteraient en rien l’autorité du parti, d’autres y voient une réaction à un choix de candidats qui ne prend pas forcément en compte les rapports interclaniques. À titre d’exemple, selon des habitants de la région, le frère du candidat Iyad Hamadé (responsable du Hermel au sein du Hezbollah, qui remplace le député sortant Nawar Saheli), aurait été tué par un membre du clan Hajj Hassan, sans qu’une réconciliation n’ait eu lieu entre les deux familles. Les mettre sur la même liste signifie qu’il faudra contraindre des tribus en conflit à cohabiter politiquement (même si la différence peut se faire au niveau du vote préférentiel).

En outre, si le député sortant Hussein Moussaoui, dont le nom est lié à des affaires de drogue, a été écarté du jeu, c’est Ibrahim Moussaoui, responsable médias au sein du parti, qui a été choisi pour le remplacer plutôt que le fils de Abbas Moussaoui, cofondateur et ancien secrétaire général du Hezbollah.

Même s’il est encore tôt pour évaluer l’impact de ces choix auprès des électeurs, des chiites libéraux, candidats potentiels face au Hezbollah, disent parier sur ces « faux pas » pour percer. Et c’est sur des percées à Baalbeck uniquement que parient leurs émules au Liban-Sud.

Même à Baabda, une campagne a été lancée par le journaliste Ibrahim Zeineddine autour du slogan : « Ne les élisez pas sans les connaître ». Le député Ali Ammar en serait l’une des cibles, mais la campagne ne se veut pas contre le Hezbollah, seulement contre certains de ses candidats.



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gaby sioufi

TANT QU'IL Y A DE LA VIE Y A DE L'ESPOIR :
INCHALLAH que les libanais chiites se fassent leur nid petit a petit,
qu'ils ouvrent les yeux aux verites cachees et aux mensonges de hezb principalement !

TousAuPoteau

Tient, les sbires sont en retard ce matin

George Khoury

tant mieux si certains se reveillent et realisent l'ampleur nefaste de tout les parti au pouvoir, qui ne pensent qu'a leur agenda personnel plutot que celui du pays. Malheureusement les choses prennent du temps et il faudra attendre encore avant de voir eclore un vrai ras-le-bol avec un parti comme le hezbolla

Hezbollah-Amal : Quand les électeurs chiites ne se suffisent plus de beaux discours

21/02/2018

L’une des banderoles hostiles au ministre Hajj Hassan, sur l’autoroute Zahlé-Baalbeck. Photo DR

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Sandra NOUJEIM | OLJ

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Tient, les sbires sont en retard ce matin

George Khoury

tant mieux si certains se reveillent et realisent l'ampleur nefaste de tout les parti au pouvoir, qui ne pensent qu'a leur agenda personnel plutot que celui du pays. Malheureusement les choses prennent du temps et il faudra attendre encore avant de voir eclore un vrai ras-le-bol avec un parti comme le hezbolla

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