Spécial législatives libanaises 2018

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Liban

Women in Front : Une liste sans femmes, c’est honteux !

Législatives 2018

En l’absence d’une loi imposant des quotas féminins au Parlement, l’association lance une campagne baptisée « Women do politics » et se mobilise sur plusieurs fronts pour les candidates aux législatives.

09/02/2018

Les femmes libanaises font de la politique. Car leur participation à la vie publique est un devoir. Elles entendent bien le faire savoir en cette veille d’élections parlementaires. Fortes du soutien de Women in Front, une association qui milite pour une meilleure participation des femmes dans la vie politique, elles sont une centaine, au moins, à envisager de se présenter aux législatives. Une bonne quarantaine d’entre elles ont déjà posté leurs profils sur la plate-forme Facebook « Women do politics », du nom de la campagne développée pour la circonstance. Ce n’est qu’en inversant la donne qu’elles réussiront à abolir les lois discriminatoires que subissent les Libanaises. Quatre femmes sur 128 députés au Parlement, c’est bien trop peu. Et malgré l’absence de quotas féminins, qui leur auraient permis d’accéder à coup sûr à l’hémicycle et en masse, elles ont déjà réussi à créer une tendance : « Montrer qu’une liste sans femmes, c’est honteux », vidéos à l’appui. Car il ne faut pas oublier que la gent féminine représente 52 % environ de l’électorat libanais.




Expertises, connaissances politiques et formations
Women in Front brandit fièrement cette première victoire, symbolique certes, mais qui immanquablement crée une dynamique. L’ONG est régulièrement contactée par nombre de partis politiques désireux de placer des femmes sur leurs listes et d’obtenir des noms de candidates. Les choses bougent. Il faut dire que les trois cofondatrices du mouvement, Joëlle Abou Farhat Rizkallah, Nada Saleh Anid et Paola Irani Majdalani, s’activent ensemble à un rythme soutenu et sur plusieurs fronts. Pour rendre d’abord visibles les candidates dans les médias, afin qu’elles se prononcent sur des sujets chauds. Un projet financièrement soutenu par l’ambassade du Royaume-Uni, comme le précise à L’Orient-Le Jour Mme Rizkallah. « Le public doit réaliser que les femmes sont capables de faire de la politique, qu’il existe des expertes dans tous les domaines et notamment en matière de pétrole ou de gaz, de droits de l’homme, de bonne gouvernance et de gouvernement électronique », insiste la militante.
Pour les soutenir ensuite tout au long de leurs campagnes électorales et les conseiller sur les plans technique, politique et au niveau de la communication. À cet effet, un second projet baptisé COWP (Counselling Office for Women in Politics) est financé par l’ambassade des Pays-Bas. « Pratiquement, ce projet se traduit par des rencontres régulières avec des experts qui mettent à la disposition des candidates toutes les informations techniques nécessaires, explique la militante. Connaissances politiques, communication, rôle et performances du parlementaire, budget de l’État… Tout leur est assuré au cours de formations régulières et pointues. » Les femmes sont aussi briefées sur les forces en présence dans différentes circonscriptions et sur leurs chances d’être élues, ici ou là.


(Lire aussi : Paula Yaacoubian candidate aux législatives dans les rangs de Sabaa)

Une charte en trois points
L’association s’adapte certes aux besoins de chaque candidate, mais elle entend par ce processus « initier une opération de lobbying féminin ». Et « faire respecter une charte en trois points », qui engage toute candidate soutenue par Women in Front à œuvrer « à éliminer toute forme de discrimination envers les femmes », même si elle n’était pas élue, « à redoubler d’efforts pour une augmentation du nombre de femmes en politique » et, enfin, « à se soutenir les unes les autres », même si leurs affiliations politiques les séparent. Car l’association se veut à égale distance de tous, partis politiques ou société civile. « Chaque femme candidate sera amenée à faire son propre choix en fonction de ses convictions », fait remarquer Joëlle Rizkallah.


(Lire aussi, la tribune de Joumana Haddad : Pour que la politique libanaise ne soit plus « une affaire d’hommes ») 


Baptisé Lebanese Elections Assistance Project, le troisième projet mené par l’ONG, en partenariat avec le PNUD, soutient de son côté le ministère de l’Intérieur dans l’organisation technique et logistique du scrutin. Des sessions de sensibilisation sont aussi menées dans huit circonscriptions électorales, dans l’objectif « d’encourager les femmes à se porter candidates et à leur donner le soutien logistique nécessaire, à cet effet », note encore la féministe.
Un véritable travail de titan mené par les trois piliers de Women in Front avec nombre de militantes. Des battantes qui ne baissent jamais les bras, alors même qu’elles ont été informées « par des experts scientifiques que sur les 128 sièges, 110 députés sont pratiquement certains d’être élus ». « Les dés seraient déjà jetés. Selon les sondages, il ne resterait au mieux que 18 sièges à pourvoir », constate Mme Rizkallah. « Dix-huit sièges que se disputeront la société civile, les familles traditionnelles… et les femmes. » Le chemin est semé d’embûches, mais les candidates du Liban n’en sont plus à un obstacle près.


Pour mémoire
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Women in Front : Une liste sans femmes, c’est honteux !

09/02/2018

Joëlle Abou Farhat Rizkallah lors d’une journée de sensibilisation.

Les femmes font de la politique, car il est de leur devoir de participer. Photo de la campagne lancée par Women in Front

Le trio fondateur de Women in Front, Paola Irani Majdalani, Nada Saleh Anid et Joëlle Abou Farhat Rizkallah. Photo Women in Front

Législatives 2018

En l’absence d’une loi imposant des quotas féminins au Parlement, l’association lance une campagne baptisée « Women do politics » et se mobilise sur plusieurs fronts pour les candidates aux législatives.

Anne-Marie El-HAGE | OLJ

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