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Économie

Cet ancien soutien de l’apartheid, devenu la plus grosse capitalisation d’Afrique

Médias

Fer de lance médiatique du nationalisme afrikaner, le sud-africain Naspers a multiplié les acquisitions pour s'affirmer comme un géant international du multimédia.

OLJ
06/07/2016

Groupe emblématique du régime raciste de l'apartheid, le géant sud-africain des médias Naspers a réussi sa mutation en élargissant son domaine d'activité pour devenir aujourd'hui la plus grande entreprise d'Afrique en termes de capitalisation boursière.
Fondé en 1915 sous le nom « Die Nasional Pers » (La Presse nationale), le groupe a débuté en publiant des journaux en langue afrikaans, langue des descendants des premiers immigrés néerlandais en Afrique du Sud. En un siècle, la petite société d'édition de journaux basée au Cap est devenue un géant international du multimédia, à la valeur estimée à 1 trillion de rands (64 milliards de dollars).
« Naspers a été fondé pour promouvoir le nationalisme afrikaner à un moment difficile pour les Afrikaners », explique à l'AFP Lizette Rabe, historienne des médias à l'université de Stellenbosch. À l'époque, les Afrikaners, mis en échec par l'armée britannique, avaient perdu le contrôle des républiques indépendantes qu'ils gouvernaient en Afrique du Sud.
Pendant l'apartheid – qui a pris fin en 1994 avec les premières élections multiraciales–, les journaux de Naspers ont largement soutenu la politique raciste du Parti national au pouvoir. Mais en 2015, à l'occasion du centenaire du groupe, Esmare Weideman, la patronne de Media24 – branche de Naspers qui détient aujourd'hui les principaux journaux en afrikaans –, a présenté des excuses pour le rôle de la compagnie pendant l'apartheid. « Nous reconnaissons notre complicité avec ce régime politique indéfendable et son influence nuisible dans nos rédactions », a-t-elle dit. Pour Lizette Rabe, ces excuses sont un minimum pour Naspers qui détient désormais plus de 80 journaux et 60 magazines en afrikaans et en anglais. « C'était un impératif moral de faire cela », estime-t-elle. Mais « Naspers a toujours été innovant, avec un coup d'avance, note-t-elle. C'est sûrement la raison pour laquelle ses alliances politiques passées ne l'ont jamais pénalisé ».
Le groupe a fait évoluer sa stratégie en se positionnant assez tôt sur le développement d'Internet dans les pays émergents. Le boom dans ce secteur en Asie a été un moteur de l'expansion de Naspers qui est entré en 2001 dans le capital de Tencent et qui possède désormais 34 % des parts du géant chinois de l'Internet, développeur de WeChat, un service de messagerie à un milliard d'utilisateurs.

« Territoires méconnus »
Présent dans plus de 120 pays sur quatre continents, Naspers est en plein essor. Selon la compagnie, les activités sur Internet représentent 68 % du chiffre d'affaires de Naspers sur l'année 2015/2016. Sur la même période, leur profit a bondi de 21 % à 1,2 milliard de dollars, et le groupe est devenu la plus grande entreprise d'Afrique en termes de capitalisation boursière.
« Les mouvements d'acquisition de Naspers sont bien calculés, ils n'ont pas peur d'explorer des territoires encore méconnus », explique à l'AFP Owen Nkomo, directeur d'Inkunzi Investments, une société sud-africaine de courtage. « Leurs liens avec le régime de l'apartheid ne sont plus d'actualité. Ce qui compte, c'est la valeur de la compagnie pour les actionnaires, et Naspers en a de la valeur ! » balaie-t-il. Il ajoute qu'un changement dans la réglementation d'Internet en Chine pourrait cependant mettre en danger les intérêts de Naspers dans ce pays.
Le groupe sud-africain a également percé en Russie en prenant 29 % des parts de Mail.ru qui détient VKontakte, le Facebook russe, et en devenant actionnaire majoritaire d'Avito, une entreprise de vente en ligne.
L'an dernier, Naspers, toujours à la recherche de « nouvelles opportunités de croissance », selon son président Koos Bekker, s'est aussi lancé dans la vidéo à la demande avec Showmax, qui se veut être un rival de l'américain Netflix.
« Ils ont profité de toutes les opportunités dans les marchés émergents et une grande partie de leurs revenus viennent de l'étranger », explique Nadim Mohamed, analyste économique pour First Avenue Investment Management.

Sibongile KHUMALO/AFP

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