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Culture

Une histoire de verts paradis d’Orient à l’Ima...

Correspondance

À l'Institut du monde arabe à Paris, l'exposition « Jardins d'Orient » propose un parcours sensoriel dans la riche et exaltante histoire des jardins.

23/05/2016

Le jardin des délices
«Rien n'est meilleur que le plaisir, fête au jardin, le vin, les roses » susurre avec délice Hafez, poète persan amoureux des jardins. Au cœur de l'aridité extrême des paysages orientaux, les oasis, ces jardins primitifs, jaillissent de leur éclat verdoyant, havres de paix retirés. Trace rare de vie, l'eau s'impose naturellement comme l'élément central autour duquel la mise en scène du jardin s'organise. C'est également le motif de l'eau qui trace le parcours de l'exposition, de l'Antiquité à nos jours et de l'Alhambra au Taj Mahal. Symbole de pouvoir, l'eau est la propriété des souverains qui, tels des enchanteurs, transforment la sécheresse en luxuriance. L'eau abreuve la faune et la flore, rythme de son clapotis perpétuel les gazouillis des oiseaux et esquisse la trame des parcs. Devant les palais, les canaux divisent le jardin comme les quatre fleuves du paradis. Car, universellement, le paradis est un jardin. De l'ancien persan pairidaeza, « enclos », il est le reflet terrestre des délices célestes. Dans le Coran, la Bible et la Torah, le paradis est l'espace qui émerveille tous les sens.

Une plongée didactique dans l'histoire du jardin
Kaléidoscope infiniment fertile, le jardin pose des questions historiques, culturelles, géographiques, sociales, scientifiques, esthétiques, symboliques et spirituelles. Le spectateur plonge dans l'exploration didactique des multiples facettes du jardin. À travers les dessins topographiques de Pascal Coste, voyageur et dessinateur dans l'Égypte du XIXe siècle notamment. Des schémas calligraphiés, maquettes, reconstitutions 3D et photographies stéréoscopiques documentent les spectaculaires innovations hydrauliques mises en œuvre entre le VIIIe et le XIIe siècle : barrages, digues, norias, chadoufs, qanât... Les paysages orientalistes et les miniatures persanes et mogholes illustrent avec précision la magnificence pittoresque des jardins d'Orient. Le jardin est une composition artistique, comme en témoignent les photographies du jardin Majorelle à Marrakech, libre interprétation de la tradition orientale combinée aux couleurs éclatantes du fauvisme. Le jardin inspire également les arts décoratifs : vases, vêtements et tapis imitent le dessin et l'harmonie foisonnante qui en émane, et deviennent des jardins portatifs.

Cultural et culturel : le jardin-patrimoine
À cette investigation historique répondent des problématiques contemporaines. Déjà en 1940, la peintre égyptienne Marguerite Nakhla, dans la tradition des scènes de vie citadine, atteste de l'importance sociale du jardin dans la ville. Aujourd'hui, le développement accru des grandes agglomérations, telles que Le Caire, Beyrouth, Marrakech, menace la présence vitale de la nature. Dans ses photographies, Lateefa Bint Maktoum dénonce l'urbanisation de masse des Émirats arabes unis, facteur de destruction de l'équilibre précaire des paysages arides. Abdel Rahman Katanani évoque le jardin de sa terre natale, la Palestine, rongé par la colonisation : le bois d'un olivier est supplanté par des ramifications de fils barbelés. Soody Sharif mêle dans ses collages les codes esthétiques de scènes traditionnelles persanes à des objets issus de l'Occident, montrant l'hybridation de la société iranienne contemporaine.

Réhabiliter la tradition des jardins dans les villes de demain
L'exposition marque aussi l'aspect environnemental du jardin : quelle place occupent aujourd'hui les espaces verts dans les villes d'Orient et comment faire de la réhabilitation culturelle des jardins un moteur de régénération pour le développement des villes ? Il s'agit de renouveler l'art des jardins en offrant des usages contemporains.
Un défi mis en pratique par la construction d'un jardin éphémère sur le parvis de l'Institut du monde arabe, investissant l'espace minéral de la ville, aussi peu propice au jardin qu'un désert. Le paysagiste de ce « jardin arable », Michel Péna, explique : « Construire un jardin, c'est faire une négociation amoureuse avec la nature. » Interprétation moderne des jardins suspendus de Babylone qui, malgré l'absence de la moindre preuve de leur existence, continuent de faire rêver, l'anamorphose géante créée par François Abélan et géométrise la sensualité de cet éden urbain.

* « Jardins d'Orient, de l'Alhambra au Taj Mahal », à l'Institut du monde arabe, jusqu'au 25 septembre 2016.

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