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Municipales : pourquoi les électeurs ne se sont pas mobilisés en masse à Beyrouth

Décryptage
16/05/2016

Lors du premier jour du scrutin municipal qui s'est ouvert le 8 mai à Beyrouth et dans la Békaa, seuls 20,14% des 467.021 électeurs inscrits dans la capitale se sont rendus aux urnes pour élire 24 nouveaux membres du conseil municipal. Six ans plus tôt, ils étaient 21% à Beyrouth. Dans la Békaa, les chiffres étaient plus encourageants : 45% des Libanais et Libanaises inscrits sur les listes électorales avaient accompli leur devoir citoyen. Et au Mont-Liban, où se sont déroulées, le 15 mai, la deuxième étape des municipales, le taux de participation était encore plus élevé, atteignant les 47,4%, selon les chiffres avancés par le ministère de l'Intérieur.

 

Ali Mourad, maître de conférences en droit public à l'Université arabe de Beyrouth et membre du conseil d'administration de l'Association libanaise pour la démocratie des élections (Lade), ainsi que Sami Atallah, directeur du Centre libanais des études politiques (LCPS), décryptent le faible taux de participation à Beyrouth pour L'Orient-Le Jour.

 

 

"Dans la norme"
"Le taux de participation à Beyrouth ne nous étonne pas vraiment", affirme Ali Mourad. "Le taux oscille habituellement autour des 20% lors des municipales, les résultats de 2016 au sein de la capitale s'inscrivent donc dans la norme". Une constatation partagée par M. Atallah.

"Cela diffère toutefois du taux de participation plus élevé lors du scrutin législatif à Beyrouth, qui se chiffrait en 2009 à 47%", rappelle Ali Mourad, qui insiste sur la différence au niveau de l'importance des deux scrutins.

Comment expliquer ce faible taux de participation? "Le fait que de nombreux Beyrouthins ne résident plus dans la capitale est un facteur à prendre en considération", affirme Sami Atallah. "Nombre d'entre eux ont du quitter Beyrouth en raison des politiques menées par les précédents Conseils municipaux. Ils ne se sentent plus concernés par leur ville d'origine". L'expert de la Lade reste plus réservé sur ce point, affirmant ne pas avoir de chiffres précis sur la question.


(Lire aussi : Municipales : A l'origine du retard dans la publication des résultats officiels, un manque de préparation grave)

 

"Certains électeurs pensent qu'ils ne peuvent rien changer à travers ces élections", estime le directeur du LCPS. "D'autres ont une vision pessimiste du système démocratique. Beaucoup ne sont pas habitués à ce qu'il y ait une vraie compétition entre les candidats. Certains n'ont donc pas pris au sérieux ces élections. Plusieurs personnes que j'ai interrogées ne semblaient pas accorder de l'importance aux municipales. En raison des performance médiocres des Conseils municipaux précédents à Beyrouth, certasin ont perdu espoir en toute possibilité de changement" dit-il

Ali Mourad rappelle par ailleurs que tout citoyen libanais de plus de 21 ans est automatiquement inscrit sur les listes des électeurs. Cela explique en quelque sorte le taux élevé d'abstention, car de nombreux inscrits soit résident à l'étranger, soit ne votent jamais aux élections. A titre de comparaison en France, il faut faire une demande auprès des autorités afin d'être inscrit sur le registre des électeurs".

 

(Lire aussi : Municipales : la Lade dénombre 647 infractions durant le premier jour)

 

"Modifier la loi électorale"

Est-il donc possible d'encourager les Libanais à voter davantage en opérant des modifications au niveau de la législation actuelle, qui se base sur la loi sur les élections législatives 25/2008?

"Évidemment, répond Sami Atallah. Modifier la loi électorale de sorte à permettre aux Libanais de voter dans leur lieu de résidence et non plus leur lieu d'origine pourrait favoriser un plus grand taux de participation. Il importe aux citoyens de voter là où ils paient leurs impôts. Actuellement, il y a un déséquilibre, car dans une certaine mesure, ce sont des non-résidents qui votent dans leur localité d'origine et qui décident du nouveau Conseil municipal à la place des résidents non-originaires du lieu en question", explique-t-il.

Et d'ajouter : "le scrutin proportionnel pourrait également encourager les gens à voter, car il n'y aurait pas de formation qui rafle tous les sièges à la majorité simple. De plus, les formations politiques ne pourraient plus se reposer sur leurs lauriers. Elles devraient alors se mobiliser davantage pour convaincre un plus grand nombre de votants".

Actuellement, les municipales se déroulent selon le mode de scrutin majoritaire, plurinominal à un tour.

 

Prenant pour exemple la campagne "Beyrouth Madinati" qui a formé une liste de 24 candidats affirmant n'être affiliés à aucun parti politique, M. Atallah explique que "cette campagne n'a peut-être pas eu assez de temps pour mobiliser les électeurs."Beyrouth Madinati" a travaillé dans les coulisses durant près de neuf mois, avant de se faire connaître du grand public, un peu plus d'un mois seulement avant le début du scrutin.

"Certes, plusieurs de ses membres sont actifs au sein de la société civile depuis des années, mais +Beyrouth Madinati+ est une sorte d'outsider qui a récemment débarqué sur la scène politique, alors que les partis politiques sont connus de tous et sont ancrés dans le paysage politique depuis des années", estime Sami Atallah. La campagne a obtenu un score respectable (40% selon des chiffres officieux), talonnant de près la liste gagnante soutenue par le chef du Courant du Futur, Saad Hariri, et les forces politiques traditionnelles, mais n'a toutefois pas réussi à se faire représenter au sein du nouveau Conseil municipal.

 

(Lire aussi : Le scrutin de Beyrouth a laissé des séquelles politiciennes)

 

 Quid de la Békaa?

Dans la Békaa, le taux de participation était estimé à 45%. Ce chiffre est décrit par Ali Mourad comme "encourageant, surtout à Zahlé où le chiffre s'élève à 47%".

"Ce taux relativement élevé pourrait s'expliquer par le fait qu'il est souvent question de villages où la proximité entre les élus et les habitants est plus importante. Les résident sont plus impliqués dans les affaires de leur village. L'abstention est également moindre probablement du fait que des familles entières votent durant les élections, les enjeux familiaux et tribaux étant bien ancrés dans ces milieux".

Le sociologue Ahmad Beydoun se montre, pour sa part, plus réservé quant aux analyses sur le taux d'abstention.

"L'électeur se penche vers l'expérience actuelle et le passé pour se décider, écrit-il sur sa page Facebook. Mais cela n'explique pas le phénomène (d'abstention). La relation de la société beyrouthine avec les responsables politiques et la politique doit faire l'objet d'études pour comprendre les causes stratégiques de cette abstention quasi-permanente, malgré quelques fluctuations (..)". Pour lui, "l'abstention dans la capitale affecte, dans une certaine mesure, l'équilibre des représentations politiques dans tout le pays".

 

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

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