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Liban - Présidentielle

La 38e séance a fait chou blanc, la responsabilité du Hezbollah, une fois de plus, pointée du doigt

Siniora et Adwan tentent tant bien que mal de réduire leurs divergences.

Il n’y avait pas foule, hier, à la Chambre. Photo Sami Ayad

La honte de recevoir durant le week-end un président de la République – François Hollande – en l'absence d'un chef d'État toute bue, et sans complexe aucun, la Chambre des députés a manqué hier, pour la 38e fois consécutive, à son devoir constitutionnel de mener à bien l'échéance présidentielle.
Une fois de plus, le quorum n'a donc pas été atteint, puisque seuls 53 députés – neuf de moins que lors de la dernière séance – se sont présentés dans l'hémicycle. Une fois de plus, les deux candidats à l'élection, le chef du bloc du Changement et de la Réforme, le député Michel Aoun, et le leader des Marada, le député Sleiman Frangié, sont restés chez eux, ainsi que leurs blocs parlementaires respectifs, de même que les députés du Hezbollah et des autres formations du 8 Mars, à l'exception du mouvement Amal. Les députés du courant du Futur, des Forces libanaises (FL), du parti Kataëb et certains députés du Rassemblement démocratique étaient présents, en dépit de l'absence de certains chefs de blocs, tels que Saad Hariri ou Walid Joumblatt. Et, une fois de plus, le président de la Chambre, Nabih Berry, a reporté la séance, cette fois au mardi 10 mai.
La multiplication des réunions bilatérales en marge de la séance d'hier a quelque peu tranché cependant avec l'absence de toute perspective d'avancée sur le registre de la présidentielle. L'une de ses réunions a regroupé le chef du bloc du Futur, le député et ancien Premier ministre Fouad Siniora, et le vice-président des FL, le député Georges Adwan. Les deux hommes ont d'ailleurs tenu par la suite une conférence de presse conjointe.

Siniora
Premier à prendre la parole, M. Siniora a été droit au but. « Nous n'avons pu assurer le quorum nécessaire pour la séance. Il est clair, comme lors des séances précédentes, que certains continuent de bloquer, et assument, partant, la plus grande responsabilité résultant du maintien de ce blocage », a-t-il affirmé.
Selon lui, cette attitude « porte désormais atteinte à la vie politique et nationale au Liban, ainsi qu'à la situation socio-économique des Libanais, et à l'État tel que nous le concevons ».
« Le fait de ne pas parachever la construction des institutions constitutionnelles, en élisant un président de la République pour combler la vacance, conduit à plus de blocage, d'épuisement et de régression au plan étatique, a poursuivi Fouad Siniora. Cela se répercute sur la vie des Libanais et augmente l'état d'instabilité dont le Liban souffre. Cela ouvre également la voie à plus de maux en provenance de l'extérieur, en raison des circonstances que la région traverse. »
Et le chef du bloc du Futur de souligner : « Naturellement, ce sont ceux qui persistent à bloquer l'échéance qui assument la responsabilité de cette situation, c'est-à-dire le Courant patriotique libre, le général Aoun et le Hezbollah. »
« Cette affaire est désormais entre les mains des Libanais et de toutes les personnes concernées par les affaires du monde arabe et international. Nous ne pouvons maintenir une telle mascarade », a-t-il noté.
« Cet état de fait se répercute sur nos relations avec le monde et provoque beaucoup de stupeur. Les Libanais semblent être inconscients de l'éventuelle détérioration de la situation qui pourrait s'ensuivre si ce comportement irresponsable se poursuit », a ajouté Fouad Siniora, affirmant qu'il avait nettement eu cette impression lors de ses dernières visites aux États-Unis et aux Émirats arabes unis.

Adwan
« Nous avons une petite distinction à faire avec le président Siniora. Nous estimons que celui qui assume la plus grande responsabilité dans le blocage de l'échéance est le Hezbollah », a affirmé de son côté Georges Adwan.
« Aux côtés du 8 Mars, il a continué à soutenir la candidature du général Aoun durant deux ans, et lorsque nous, les FL, nous nous sommes entendus avec le général Aoun, il a fait marche arrière, au lieu d'unifier les rangs du 8 Mars, a noté M. Adwan. Le Hezbollah n'a rien fait pour soutenir le général Aoun ni l'autre candidat soutenu par le courant du Futur, qui est pourtant un allié fondamental du Hezbollah. Il n'y a eu aucune initiative à l'intérieur du même camp. Ils continuent même de dire que leur candidat est le général Aoun, sans fournir le moindre effort, sans faire la moindre démarche pour que le général Aoun accède à la présidence de la République. »
Le vice-président des FL a cependant souligné qu'en dépit de cette divergence sur la présidentielle, « l'alliance avec le courant du Futur se poursuit au plan national », dans la mesure où elle est fondée sur « des principes et des convictions ». L'objectif commun des deux formations, a ajouté le député du Chouf, est « l'élection d'un président de la République et l'édification d'un État fort ».

La loi électorale
Les deux hommes ont ensuite soulevé l'un après l'autre la question de la loi électorale. Georges Adwan a amorcé le débat, souhaitant devant Fouad Siniora que ce dossier soit à l'ordre du jour de la prochaine séance législative.
« Nous sommes attachés au projet de loi signé avec le courant du Futur et le Parti socialiste progressiste. J'ai souhaité que des efforts soient menés pour l'application de cet accord et que la question soit en tête de l'ordre du jour, afin que nous puissions nous rendre à la Chambre et légiférer », a indiqué M. Adwan, rappelant que Nabih Berry avait promis que la loi électorale serait également à l'ordre du jour de la prochaine séance de la table de dialogue, le 20 mai.
En réponse à une question, le chef du bloc du Futur a affirmé de son côté que l'engagement de son parti vis-à-vis du projet de loi conjoint avec les FL tenait toujours.
Et M. Adwan d'ajouter : « La loi qui peut bénéficier du plus grand soutien est le projet mixte, parce que la proportionnelle absolue ou la majorité absolue sont rejetées par les différentes parties. Il existe actuellement deux projets sérieux mixtes de loi électorale, l'un que nous avons proposé avec le PSP et le Futur, et un autre proposé par le président Berry. Les différences entre les deux ne sont pas grandes. S'il existe réellement une volonté d'adopter une nouvelle loi électorale, il faut exposer ces différences et procéder à un vote en séance. »
Rejetant pour sa part le principe du blocage des séances législatives, à l'instar du blocage de l'élection présidentielle, Fouad Siniora a souligné qu'il déploierait tous ses efforts pour que la loi électorale soit à l'ordre du jour de la séance. « Mais même si nous n'arrivons pas à des résultats, nous poursuivrons la séance pour adopter les autres lois nécessaires au pays qui se trouvent à l'ordre du jour. (...) S'il y a des personnes qui veulent bloquer l'adoption de la loi électorale, il est irrationnel de continuer à bloquer l'ensemble du pays », a-t-il dit, interrompu par M. Adwan, qui a appelé à lever justement le voile sur la duplicité de ceux qui ne veulent pas l'adoption de cette loi, tout en prétendant le vouloir.
« Il faut placer toutes les forces politiques devant leurs responsabilités sur cette question », a indiqué le responsable FL, estimant que nul n'oserait se mettre l'opinion publique contre lui à ce sujet.
Enfin, Georges Adwan a exprimé que son parti « restera de manière tranchante et définitive en faveur de la candidature du général Aoun », tandis que Fouad Siniora a souligné « l'attachement de son parti jusqu'à présent à la candidature de Sleiman Frangié ».
Le mot de la fin, particulièrement emblématique de la situation désespérée et désespérante sur le plan institutionnel, est revenu à l'ancien président de la République Michel Sleiman qui, sur son compte Twitter, a estimé hier qu' « il est déplorable que le tirage de la loterie soit plus garanti que les séances visant à élire un président... » « Si ce n'est pas pour lundi, ce sera pour jeudi... », a déploré laconiquement M. Sleiman, en faisant allusion à une publicité satirique sur le Loto.


La honte de recevoir durant le week-end un président de la République – François Hollande – en l'absence d'un chef d'État toute bue, et sans complexe aucun, la Chambre des députés a manqué hier, pour la 38e fois consécutive, à son devoir constitutionnel de mener à bien l'échéance présidentielle.Une fois de plus, le quorum n'a donc pas été atteint, puisque seuls 53 députés...

commentaires (2)

Choû mahdoûme, hâl Ex- !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

11 h 31, le 19 avril 2016

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Commentaires (2)

  • Choû mahdoûme, hâl Ex- !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    11 h 31, le 19 avril 2016

  • "L'objectif commun des deux formations, a ajouté Georges, est l'élection d'un président de la République et l'édification d'un État fort." ! Un "État Fort", en appuyant chacun un candidat allié de ce héZébbballâh-là ? !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    11 h 22, le 19 avril 2016

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