Liban

Les jeunes Libanais s’en vont, les Occidentaux viennent...

Expatriation

Le cèdre, la bonne cuisine et le soleil, c'est en quelque sorte l'esquisse que se font les étrangers du Liban. Avec une telle conception, difficile pour de jeunes Européens en quête de changement de résister. Retour sur un phénomène actuel.

26/02/2016

Alors que les jeunes Libanais présentent une grande tendance à l'exil – ils seraient en moyenne 35 000 chaque année à faire le choix du grand départ, d'après une étude de l'administration centrale des statistiques datant de
2013 –, le vent amène une jeunesse européenne qui investit peu à peu ce Liban boudé par ses enfants. Allemands, Britanniques, Scandinaves mais surtout Français – les liens historiques entre l'Hexagone et le pays du Cèdre y sont très certainement pour quelque chose – font le choix de s'y installer. S'il n'existe pour l'instant pas de statistiques officielles en la matière, ces jeunes, diplômés ou étudiants, plus ou moins arabophiles et pour la plupart voyageurs dans l'âme, s'installent néanmoins progressivement et à vue d'œil dans la capitale libanaise.

 

Une appréhension de la situation sur place
Avant le grand départ, c'est à l'entourage et aux clichés qui ont la vie dure qu'il faut s'en remettre. Nombreux sont ceux qui, en Europe, associent spontanément le Liban à l'instabilité et à l'insécurité. Mais les jeunes qui ont fait le pari de venir n'ont apparemment pas cédé aux sirènes de la panique. C'est le cas de Julie, Française, installée à Beyrouth depuis le mois de septembre pour un stage en ONG, qui revient sur la manière dont a été accueillie sa décision : « Mon père a très mal réagi à l'idée de mon départ, car il avait une vision très négative du Liban : sa génération a en effet grandi avec les images de la guerre civile libanaise. Il avait donc l'image d'un pays en crise généralisée et aux risques très grands en matière de sécurité. »
Il faut ajouter à cela la couverture médiatique d'une autre guerre civile dans la Syrie voisine – plus actuelle que jamais – qui inquiète, et qui par extension ravive mentalement le spectre de la violence au Liban. Archibald, venu de Bruxelles et ayant élu domicile au Liban depuis le mois d'octobre, admet que « dans (son) entourage se trouvaient quelques personnes que la situation en Syrie inquiétait vivement ».

 

Le Liban, figure d'exception au Moyen-Orient
Mais à contre-courant d'une région trop souvent dépeinte comme dangereuse, austère et archaïque, le « Williamsburg du Moyen-Orient » – comme s'amusent désormais certains à surnommer la ville de Beyrouth –, avec son lot de manifestations culturelles et de bars branchés, suffit à essuyer d'un revers de main les images négatives.
Des initiatives comme « Live Love Lebanon » et des artistes comme Mashrou' Leila, entre autres, bénéficiant d'une visibilité internationale, ont certainement contribué à véhiculer une image toute nouvelle d'un Liban jeune, dynamique et entreprenant. Cette tendance à l'ouverture, partie prenante de l'ADN et de la tradition du pays, conquiert beaucoup de ces jeunes Occidentaux qui voient là le compromis parfait entre Occident et Orient. Pénélope, Belge de 24 ans, souligne que son arrivée a été l'occasion de « se confronter à la différence culturelle, sans pour autant s'exclure de l'Occident ». Elle constate combien trouve son sens l'expression quasiment consacrée du Liban, « carrefour d'influences et de civilisations ».
Tolérance, donc, mais aussi progressisme dans une certaine mesure, qui a surpris Archibald, prenant là un exemple précis : « La communauté LGBT (Lesbien, Gay, Bisexuel ou Transgenre) m'a laissé l'impression qu'on peut trouver ici des dynamiques sociales créatrices. Que le Liban fasse exception dans la région me semble évident », conclut-il.

 

Entre opportunités et exotisme
Avec la crise syrienne qui a vu affluer les réfugiés syriens dans le pays, les ONG ont dû revoir leurs effectifs à la hausse et comptent parmi leurs contingents nombre de recrues européennes et nord-américaines. Jessica, Britannique de 27 ans, fait partie de ces nouveaux venus et revient sur l'occasion qui lui a été donnée de travailler au Liban : « Cela a été pour moi une chance d'avoir eu cette opportunité professionnelle. À cause de la crise des réfugiés, j'ai trouvé un emploi dans le secteur humanitaire. Je m'étais certes mise à la recherche d'un travail en Europe, mais j'ai réalisé que c'était plus compliqué d'accéder au secteur, et puis je n'aurais certainement pas eu la même opportunité qu'au Liban. »
Dans un autre registre, l'implantation plutôt bonne des entreprises européennes amène aussi son flot de salariés occidentaux. C'est le cas d'Archibald qui désormais « travaille sur un projet avec la Banque centrale du Liban ». Le boulot, certes. Mais des préoccupations beaucoup moins matérielles, comme le très recherché dépaysement, voire même la quête de sens, semblent également attirer ces jeunes curieux. Archibald se confie à ce sujet : « L'université avait fini par éteindre tout ce que j'avais de révolté et d'aventurier, et à bout de souffle, il me semblait que le voyage était le meilleur moyen de dégourdir mon corps, rabougri par le formatage trop spirituel de l'académie. »

 

Un environnement viable pour les non-résidents ?
Le phénomène n'est pas nouveau et le Liban tire fierté d'une longue tradition d'échanges avec l'Europe et l'Amérique du Nord. Mais il est opportun de se demander s'il pourrait s'amplifier ou du moins se maintenir. Deux limites majeures susceptibles de faire fléchir le phénomène sont toutefois à signaler. D'abord, l'attitude de gouvernements occidentaux qui dissuadent leurs ressortissants de se rendre au pays du Cèdre, même pour des vacances. Sur les sites des ambassades occidentales, les recommandations et mises en garde abondent dans ce sens, à l'image du Canada qui conseille expressément « d'éviter tout voyage non essentiel au Liban ». Ensuite, le facteur incontournable du droit du travail : dans un pays où les entreprises rechignent à faire signer des contrats en bonne et due forme à leurs salariés – le travail informel représente 56 % de l'emploi au Liban d'après une étude de 2011, soit avant la crise syrienne. Les chiffres sont probablement plus élevés aujourd'hui –, les travailleurs étrangers voient s'évaporer la possibilité d'obtenir un visa de travail, l'entreprise d'accueil étant peu disposée à en assumer les coûts.
Si bien que beaucoup de jeunes Occidentaux, dépourvus de visa de travail, ont pris l'habitude ponctuelle de quitter le territoire libanais pour y retourner dans les heures qui suivent. Depuis que le chaos règne en Syrie, où il était d'usage pour les étrangers de faire un rapide aller-retour afin de renouveler leur visa touristique, il leur faut désormais prendre l'avion pour l'île de Chypre. Une solution certes plus chère et plus contraignante. Pénélope avoue à ce propos que « s'il était plus facile d'obtenir un permis de séjour ou un visa de travail, elle envisagerait plus sérieusement de s'installer au Liban à plus long terme ».

 

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DAMMOUS Hanna

BEYROUTH un nouveau Katmandou, mais chez eux les déchets sont mis à disposition des esprits dans les temples.

Halim Abou Chacra

Que pensent ces jeunes et sympathiques étrangers de notre "trésor" de 500 à 600.000 tonnes de déchets couvrant les rues de Beyrouth ? Ne fallait-il pas un là-dessus ? Et peut-être ont-ils une bonne idée sur comment "exploiter" ce "trésor", vu que notre auguste et compétent gouvernement n'arrive pas à en avoir une depuis juillet 2015.

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