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Culture

Mais qui était vraiment Mahmoud Darwich?

En librairie

En 1991, le poète a donné une longue interview à la journaliste Ivana Marchalian, lui demandant expressément de la publier cinq ans au moins après sa mort. Ainsi soit-il...

13/01/2016

Lunatique (peut-être), torturé (certainement), mégalo (pas de doute), le poète Mahmoud Darwich, décédé en 2008, n'était pas très avenant avec la presse. En tout cas, pas vers la fin des années 80. Se faisant de plus en plus discret et disert, il ne se confiait que très rarement aux médias. Ne voulant plus se répéter et préférant, disait-il, que les critiques interprètent ses écrits comme bon leur semble. Ras-le-bol d'un homme de lettres devenu l'hyperbole de la poésie arabe ? Emblème de la résistance, chantre de la patrie perdue, voix du nationalisme arabe... Ces étiquettes qu'on lui collait à tout bout de champ avaient-elles fini par le lasser ?
Le « chantre de la Palestine » a maintes fois laissé transparaître, non sans humour, un certain sentiment de dépassement par cette pléthore de halos qui l'entouraient. Il affirmait ainsi : « On s'est habitué à penser que, pour moi, la femme, c'est la patrie. Il faut toujours que je prouve que je suis normal et que je fais l'amour avec des femmes, pas avec la terre ! »


En 1991, le poète habitait à Paris. Il avait cinquante ans et était totalement absorbé par son écriture, ses publications et ses récitals. C'était une époque « où ni la maladie ni la mort ne rimaient avec (son) nom ».
Aux alentours de Noël, une jeune journaliste et étudiante libanaise tente de le convaincre de lui accorder une entrevue. Il tergiverse. Ivana Marchalian, « Ivana la Terrible » comme il l'appelle, ne démord pas. Elle s'accroche, récidive, frappe à sa porte... Jusqu'au jour où il l'invite à prendre un café : ce breuvage dont il est complètement dépendant comme d'une drogue et qu'il prépare selon un rituel bien calculé et dosé.
Entre Ivana qui rêve de rencontrer le poète – d'ailleurs, lui avouera-t-elle plus tard, c'est pour pouvoir l'interviewer un jour qu'elle est devenue journaliste – et Darwich se tissera alors une amitié aussi légère que leurs pas qui les mènent lors d'interminables promenades, sur les trottoirs mouillés de la Ville Lumière. Mais une amitié également crâne, comme les réponses et les réticences de l'homme qui tarde à se dévoiler. Et puis, un beau jour, après moult désistements, il inscrit sur un papier : « Je soussigné, M.D., m'engage en toute conscience, au nom de toutes valeurs morales et sacrées, à remettre l'entretien journalistique avec Mlle Ivana la Terrible, dans son intégralité, à quatre heures de l'après-midi du 28 décembre 1991. Faute de quoi, Ivana serait en droit de me dénoncer publiquement, en le criant sur les toits et les cimes des arbres. »
Le délai fixé par le poète est passé. Et il a bien tenu parole. La preuve ? Je soussigné Mahmoud Darwich, ouvrage qu'Ivana Marchalian signe aux éditions Actes Sud /
L'Orient des livres, traduit de l'arabe par Hana Jaber. D'autant qu'il lui avait fait expressément promettre de ne publier l'interview que cinq ans au moins après sa mort.


L'auteure, actuellement chargée de cours au département de l'information et de la documentation à l'Université libanaise, y livre son témoignage intimiste de ses rencontres avec le poète. Les dialogues, les réflexions échangées, les confidences qui n'en sont pas vraiment (ou si ?) et puis, en seconde partie, la fameuse interview où Darwich aborde plusieurs thèmes-clés de son œuvre et de sa vie : son rapport à l'histoire de la Palestine et à sa géographie, son enfance et sa mère, sa relation avec « Rita », sa vision de l'identité, de l'exil, de la mort...
Précieuses pensées à lire pour (re)découvrir l'homme derrière les mots. Derrière le mythe.

 

Pour mémoire

La poésie de Mahmoud Darwiche, un cri déchirant avec Jawad el-Assadi

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M.V.

Qui joue le boeuf et/ou la grenouille dans cette interview ...? ce n'est pas clair ...

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