Crise des déchets

Exportation des déchets : les contrats pourraient être finalisés aujourd’hui

Les associations écologiques dénoncent le « manque de transparence » du processus et expriment « de sérieux doutes ».

Alors que les contrats sur l’exportation des déchets « sont en passe d’être finalisés » selon des sources, les ordures continuent de s’empiler dans les rues. La solution envisagée ne satisfait pas pour autant les écologistes, qui jugent tout le processus « opaque » et menacent de mesures d’escalade une fois que les détails seront révélés. Joseph Eid/AFP

Comme prévu, et dans le secret le plus total, le processus d'exportation des déchets est en voie d'exécution. Aujourd'hui expire le délai accordé par le gouvernement aux deux compagnies dont les dossiers ont été retenus, la britannique Chinook et la néerlandaise Hova, pour présenter leurs garanties bancaires et les autorisations du (ou des) pays de destination. Les contrats pourraient donc, selon nos informations, être finalisés ce vendredi par le Conseil du développement et de la reconstruction (CDR). Si les contrats sont signés et tous les détails réglés, l'exportation pourrait commencer dans les deux semaines qui suivent, selon une source interrogée.


C'est le 21 décembre dernier que le gouvernement a annoncé avoir adopté une décision d'exporter les déchets, après l'échec du plan préparé par une commission d'experts présidée par le ministre de l'Agriculture Akram Chehayeb, qui prévoyait l'établissement de deux décharges et la réouverture de celle de Naamé durant sept jours. M. Chehayeb, qui est également l'artisan de cette décision d'exportation, avait, ce jour-là, annoncé le nom des deux compagnies et précisé qu'un délai leur avait été donné pour présenter une garantie bancaire et apporter les autorisations nécessaires des pays destinataires. Depuis, très peu d'informations ont filtré sur la destination finale des déchets exportés, ou sur les détails des marchés conclus avec ces compagnies.

 

(Crise des déchets : À nouveau dans la rue, « Nous réclamons des comptes » menace d'une escalade)


Une source proche de la commission chargée de ce dossier indique à L'Orient-Le Jour que le délai accordé aux compagnies expire aujourd'hui vendredi, d'où le fait que les contrats pourraient être finalisés incessamment. Pourquoi ce secret autour de la destination, notamment ? « Le gouvernement attend les garanties que doivent présenter les compagnies pour révéler les noms des pays qui seront les destinataires des déchets, souligne cette source. Ces garanties sont des autorisations officielles signées par le ministère de l'Environnement et le ministère des Affaires étrangères des pays en question. Les officiels libanais n'ont pas voulu avancer des noms dans les médias avant que tout ne soit finalisé, de peur de créer des polémiques qui n'ont pas lieu d'être. »


Cela ne signifie pas pour autant que les officiels n'ont aucune idée des destinations prévues. Selon cette source, il y aurait « une destination proche et une autre plus lointaine », et « il ne s'agirait pas nécessairement de pays africains », comme cela a été plus d'une fois évoqué dans les médias. Elle ajoute que les usines de tri de La Quarantaine et d'Amroussieh sont prêtes à traiter les déchets et à les empaqueter afin qu'ils soient transportables, précisant qu'une équipe de la compagnie Chinook s'est rendue récemment au Liban pour s'assurer que les deux usines sont suffisamment équipées pour effectuer ce travail.

 

(Rétro: 2015, une année placée sous le signe des déchets)


À la question de savoir quels sont les déchets concernés par l'exportation, cette source souligne qu'une solution est envisagée par les experts de la compagnie Chinook pour ceux qui sont très anciens (la crise date du 17 juillet 2015, date de fermeture définitive de la décharge de Naamé, et que les déchets s'entassent depuis dans les rues ou dans des sites improvisés). « Dans la gestion chaotique de ces déchets durant tous ces mois, nous avons commis une erreur, celle de jeter de la chaux sur les ordures, selon la source interrogée. Cela signifie que ces déchets sont désormais classés toxiques. Les experts de la compagnie Chinook ont étudié la possibilité de les traiter sur place et de les transporter ensuite dans un bateau qui sera affrété spécialement à cet effet. L'exportation concernera, en outre, les déchets plus récents et ceux qui seront produits au fur et à mesure. »

 

Doutes et actions prévues
Quoi qu'il en soit, le secret qui entoure la poursuite de ce processus d'exportation pousse les acteurs de la société civile au doute. Un doute exacerbé par le manque de confiance dans les autorités, qui ont notoirement mal géré la crise qui dure depuis bientôt sept mois. « La destination des déchets est gardée rigoureusement secrète, déplore Ali Darwiche, président de l'association écologique Green Line. J'ai des doutes sur tout le processus, qui me semble on ne peut plus opaque. À mon avis, le gouvernement libanais n'a pas obtenu les autorisations nécessaires des pays choisis pour accueillir les déchets. »


Naji Kodeih, expert et militant environnemental, dénonce lui aussi ce silence officiel, et fait part de ses « doutes ». La société civile ne tarde-t-elle pas à réagir, elle qui dénonce régulièrement les plans gouvernementaux? « Nous attendons que tous les détails soient révélés, afin de décider de l'action à entreprendre, répond Ali Darwiche. Nous n'hésiterons pas à faire appel à des instances judiciaires internationales si cela est nécessaire. »


Pour sa part, Naji Kodeih, qui connaît bien, de par sa spécialisation, la Convention de Bâle sur le transport des déchets, dont le Liban est signataire et qui doit régir les futurs contrats d'exportation, met en garde contre le fait que « le gouvernement libanais sera seul responsable du cycle entier d'exportation, à partir du moment où les conteneurs seront placés sur les bateaux, et jusqu'à leur arrivée au pays destinataire et à leur traitement sur place ». « S'il y a n'importe quel problème en route, c'est le Liban seul qui en assume la responsabilité, pas la compagnie chargée de l'exportation », dit-il, ajoutant que, suivant la Convention de Bâle, le Liban devrait exporter ses déchets uniquement à un autre pays signataire.


Interrogée sur ce point, la source précitée confirme que « l'État libanais est bien conscient qu'il sera responsable de tout le cycle d'exportation ». Elle ajoute : « La supervision de l'opération dans son intégralité sera assurée par un bureau international spécialisé, et elle sera chapeautée par le Programme des Nations unies pour l'environnement (Pnue). » Toutefois, c'est un autre son de cloche qui est répercuté dans une lettre de précisions envoyée hier au président du Parlement Nabih Berry par le ministre de l'Agriculture. Dans ce document (selon la LBCI) sont cités les articles de la décision gouvernementale qui soulignent clairement que « l'État libanais n'est pas responsable du sort des déchets et de toute entorse aux lois à partir du moment où ces déchets sont embarqués sur les bateaux ». Où est donc la vérité ? Qu'adviendra-t-il en cas de problèmes ?

 

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Un plan coûteux, « ironie du sort »
Outre le secret qui entoure la destination des déchets, le coût de l'exportation de la tonne (estimé à plus de 200 dollars, même s'il n'y a pas encore de confirmation officielle), a souvent été un sujet de polémique. Durant la réunion du Conseil des ministres au cours de laquelle la décision d'exportation a été adoptée, plusieurs ministres, notamment ceux du parti Kataëb et du Courant patriotique libre (CPL), avaient exprimé une opposition farouche à ce plan, en raison de son coût onéreux (le 21 décembre, le ministre Chehayeb avait précisé, lors d'une conférence de presse, que le coût serait financé à partir de la Caisse autonome des municipalités).


À ce propos, Mazen Abboud, écologiste et professeur de développement durable, a relevé, dans un communiqué, « l'ironie du sort, qui a rendu justifiable un plan de traitement des déchets aussi onéreux au Liban, alors que les ordures s'empilent depuis des mois, devenant une menace pour la santé publique, pour l'environnement et même pour l'économie ». Il a dénoncé « l'opacité qui entoure les conditions d'exportation et les méthodes non transparentes » des officiels, et souligné « la nécessité d'ouvrir le débat sur les responsabilités de ceux qui ont mis le Liban dans de telles circonstances ».


La nouvelle commission ministérielle en charge du dossier, qui devra non seulement suivre les opérations d'exportation mais également préparer les conseils municipaux qui devront prendre la relève dans dix-huit mois, est présidée par le ministre de l'Intérieur. Elle compte des représentants des ministères de l'Environnement, des Finances, du Développement administratif, du CDR, des universités, des associations écologiques, du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), et de l'ONG « al-Fassad », qui combat la corruption.

 

 

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Comme prévu, et dans le secret le plus total, le processus d'exportation des déchets est en voie d'exécution. Aujourd'hui expire le délai accordé par le gouvernement aux deux compagnies dont les dossiers ont été retenus, la britannique Chinook et la néerlandaise Hova, pour présenter leurs garanties bancaires et les autorisations du (ou des) pays de destination. Les contrats...

commentaires (1)

Attention ...! à part l'effet d'annonce politicienne ! rien n'indique que ces exportations d'ordures....soient conformes au droit et normes internationals, donc légales ...,car le pays destinataire ...n'a pas les moyens technologique de retraitement des dioxines et divers autres poisons .. , disons plus simplement la toxicité globale ...si après la Cop 21, l'ONU et les autres instances internationales laisse passer ce projet absurde ...c'est que le monde tourne à l'envers ...

M.V.

07 h 30, le 08 janvier 2016

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Commentaires (1)

  • Attention ...! à part l'effet d'annonce politicienne ! rien n'indique que ces exportations d'ordures....soient conformes au droit et normes internationals, donc légales ...,car le pays destinataire ...n'a pas les moyens technologique de retraitement des dioxines et divers autres poisons .. , disons plus simplement la toxicité globale ...si après la Cop 21, l'ONU et les autres instances internationales laisse passer ce projet absurde ...c'est que le monde tourne à l'envers ...

    M.V.

    07 h 30, le 08 janvier 2016