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Liban

L’adieu des officiels et de la société civile à Grégoire Haddad

Disparition
OLJ
28/12/2015

C'était une personnalité religieuse et civile exceptionnelle, « hors du commun », comme le soulignait hier Mme Rabab Sadr à L'Orient-Le Jour (voir par ailleurs). Mgr Grégoire Haddad a eu droit hier à un adieu exceptionnel, digne de sa stature. Un double adieu : un adieu populaire que lui ont réservé ses anciens plus proches collaborateurs du début des années 70, ainsi que les jeunes du « Courant de la société civile », qu'il avait fondé à la fin de la guerre libanaise ; et l'adieu officiel, lors des obsèques présidées par le patriarche melkite, Mgr Grégoire III Lahham, à la cathédrale Saint-Élie des grecs-catholiques, dans le centre-ville de Beyrouth, en présence d'une foule de personnalités, dont notamment le ministre Michel Pharaon, représentant le chef du gouvernement Tammam Salam, et le député Michel Moussa, représentant le chef du législatif, Nabih Berry.

C'est vers midi qu'un groupe d'anciens collaborateurs du père Grégoire et des membres du « Courant de la société civile » se sont rassemblés devant le siège du Mouvement social (MS), à Badaro, où Grégoire Haddad tenait la plupart de ses réunions avant le déclenchement de la guerre libanaise. Des jeunes et des cadres de la société civile de différentes confessions, chrétiennes et musulmanes, brandissaient des portraits du fondateur du MS, des roses blanches et des pancartes sur lesquelles étaient inscrits des slogans reprenant les principaux leitmotivs qui ont marqué l'action du père Grégoire pendant de nombreuses années, notamment pour ce qui a trait à l'attachement à la non-violence, à la laïcité, au développement de « l'homme et de tout l'homme », au respect de l'autre dans sa différence, etc.

Avant le début de la marche, une représentante du « Courant de la société civile », Rana Najjar, a lu un message en arabe dialectal, soulignant qu'en temps de paix, « Mgr Haddad a œuvré pour le développement des régions, et a prôné une pensée laïque et humaniste ». Et d'ajouter : « En période d'ignorance, il avait plaidé en faveur de la laïcité totale, des droits de l'homme et de la liberté de la femme. Durant la guerre, il a rejeté la violence. Durant la période marquée par l'extrémisme et les accusations de traîtrise, il tentait d'interpréter la religion comme un espace de rencontre et de lien. Lorsque son état de santé l'a contraint à rester alité, il s'est rebellé contre la maladie et a participé à une marche organisée par les jeunes pour exprimer leur aspiration à un pays laïc et démocratique. »

Au terme de cette allocution, les fidèles partisans de celui qui fut archevêque melkite de Beyrouth et de Jbeil de 1968 à 1975 ont entamé leur marche pacifique, et silencieuse, escortés par une unité des Forces de sécurité intérieure. Ils ont emprunté la rue Badaro jusqu'au musée où ils ont rejoint le cortège funèbre qui s'était ébranlé peu de temps auparavant de l'hôpital de l'Hôtel-Dieu de France où reposait Grégoire Haddad depuis la nuit de mercredi à jeudi.

Jonction avec un groupe de handicapés

Précédé de plusieurs voitures des FSI, toutes sirènes hurlantes, le convoi funèbre, suivi des manifestants, a longé la rue de Damas en passant par l'archevêché melkite de Beyrouth et le rond-point de Sodeco jusqu'à atteindre la place des Martyrs. Le convoi s'est alors arrêté et le cercueil a été porté à bout de bras jusqu'à la cathédrale Saint-Élie, suivi des partisans du père Grégoire qui poursuivaient toujours leur marche depuis Badaro et qui ont vécu un moment d'émotion lorsqu'ils ont été rejoints par un groupe de handicapés, sur leurs chaises roulantes, qui les attendaient peu avant l'immeuble d'an-Nahar.

L'ensemble du convoi a atteint la cathédrale Saint-Élie vers 13 heures 30. Des slogans en hommage à « l'évêque de la laïcité » ont alors été scandés avant que le cercueil soit déposé devant l'autel où les partisans ont pu jeter un dernier regard sur la dépouille mortelle en déposant les roses blanches qu'ils brandissaient tout au long de la marche de Badaro au centre-ville. À l'extérieur, des couronnes de fleurs au nom du président de la Chambre, Nabih Berry, du Premier ministre Tammam Salam, du ministre de la Justice Achraf Rifi, du Conseil supérieur melkite, et des membres des conseils municipaux de Souk el-Gharb et du village de Aïn el-Remmané (caza de Aley) avaient été déposées devant la porte de la cathédrale.

Peu avant 15 heures, le patriarche Lahham a commencé à réciter les prières, secondé de plusieurs évêques. Étaient présents à la cérémonie, outre le ministre Michel Pharaon et le député Michel Moussa, le chef du bloc du Futur, Fouad Siniora, l'ancien ministre Tarek Mitri, Mme Rabab Sadr, sœur de l'imam Moussa Sadr, le vice-président du parti Kataëb, l'ancien ministre Sélim Sayegh, une importante délégation du Parti socialiste progressiste et du Rassemblement démocratique, conduite par le député Élie Aoun, ainsi que de nombreux journalistes, des personnalités de la société civile, et les responsables, actuels et anciens, du Mouvement social.

L'oraison funèbre

Dans son oraison funèbre, le patriarche Lahham a d'abord évoqué la période des années 1974 et 1975 au cours de laquelle Grégoire Haddad, alors évêque de Beyrouth et de Jbeil, avait lancé un vaste débat sur la pratique de la chrétienté et sur la conformité de certaines structures de l'Église avec les enseignements du Christ. Mgr Lahham a rappelé qu'il avait à l'époque défendu les positions de Mgr Haddad et qu'il en avait même discuté avec le cardinal Joseph Ratzinger (qui deviendra plus tard le pape Benoît XVI), lequel lui avait affirmé que les écrits de Mgr Haddad n'étaient nullement en contradiction avec la doctrine de la foi.
Après avoir rappelé l'action menée par Grégoire Haddad au niveau du Mouvement social, du débat d'idées et de la société civile, le patriarche melkite a déclaré : « Il serait souhaitable que les idées de Mgr Haddad au sujet de la laïcité et de l'État civil guident les responsables politiques aujourd'hui afin qu'ils surmontent les obstacles qui empêchent l'élection d'un président de la République. Nous avons perdu un évêque humaniste, militant de l'action sociale, fondateur d'un mouvement dont l'aboutissement est la laïcité croyante et l'État civil. Sa vision, sa pensée, ses orientations nous manqueront dans ce monde qui est envahi par des idées takfiristes lancées au nom de la religion et qui reflètent en réalité le terrorisme, l'intégrisme et l'extrémisme. Par sa pensée, Mgr Haddad a servi l'Église, la société et le Liban. »
À l'issue de la cérémonie, des hommages à Mgr Haddad ont été prononcés par le père Michel Sabeh et par des représentants du mouvement social et du « Courant de la société civile ».

Les réactions

Notons par ailleurs que plusieurs personnalités politiques ont évoqué le souvenir de Grégoire Haddad au cours des dernières quarante-huit heures.
Le leader du courant du Futur, Saad Hariri, a notamment souligné que « ce n'est peut-être pas un hasard que Mgr Grégoire Haddad nous quitte alors que le pays fêtait de manière concomitante la Noël et la naissance du Prophète ».
De son côté, le chef du bloc du Futur, Fouad Siniora, a souligné que « nous avons besoin aujourd'hui plus que jamais de personnalités telles que Mgr Grégoire Haddad, et nous avons besoin de ses valeurs fondées sur la conciliation et la réforme au niveau des institutions religieuses et des conceptions politiques et sociales ».
Pour sa part, le ministre Michel Pharaon a souligné que Mgr Haddad a été avant-gardiste au niveau de sa pensée et des réformes qu'il préconisait. « Nombreux sont ceux qui continueront à débattre des idées de Mgr Haddad pendant des décennies, a souligné M. Pharaon. Aujourd'hui, nous voyons que le pape François invite les hommes de religion à adopter un mode de vie semblable à celui que suivait Mgr Haddad. »
Notons enfin que plusieurs dizaines de jeunes de la société civile se sont rassemblés samedi après-midi devant l'entrée de l'Hôtel-Dieu, où reposait le père Grégoire, et ont déposé des bougies à la mémoire du disparu.


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Soeur Yvette

Oui,Un homme hors du commun....

Paul-René Safa

Père Grégoire, nous avons eu ma famille et moi, l'immense privilège de faire partie de vos ouailles un bon quart de siècle, ayant habité dans l'un des immeubles contigus à l'Archevéché grec catholique de la rue de Damas. Nous conservons le souvenir d'une personne à la bonté infinie qui a illuminé notre vie durant toute cette période.
Paix à votre belle âme.

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Le Léhhééém a rappelé qu'il avait à l'époque défendu les positions de Mgr Haddad." !
Il se dédouane déjà !
Et puis : "Nous avons perdu un évêque humaniste, militant de l'action sociale, fondateur d'un mouvement dont l'aboutissement est la laïcité croyante...." !
Mensonge ! Le père Grégoire n'a jamais parlé de "laïcité croyante", mais de - L a ï c i t é - tout simplement !
Et ce Léhhééém d'ajouter : "Sa vision, sa pensée, ses orientations nous manqueront dans ce monde qui est envahi par des idées takfiristes lancées au nom de la religion et qui reflètent en réalité le terrorisme, l'intégrisme et l'extrémisme." !
Il pense à qui, là ? Aux seuls jihadistes sunnites ? Et pourquoi pas aux fakkihistes chïïtes ?
Au fond, que pensait Mgr Haddad de la prise de position de ce Léhhééém en faveur de l'aSSaSSin aSSadique ?
"Sacré" Léhhééém, va !

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