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Moyen Orient et Monde - COP21

Genre et négociations climatiques, un mariage différé

Des mentions relatives aux droits de l'homme et de la femme ont disparu des parties exécutives du texte de l'accord de Paris. Principal responsable : un blocage arabe et africain.

Des milliers d’activistes réunis devant la tour Eiffel, à Paris. Alain Jocard/AFP

« Depuis que ce processus de négociations a commencé, plusieurs groupes travaillent pour s'assurer que les notions de droits de l'homme et de genre soient incluses dans le texte de l'accord de Paris en des termes opérationnels, englobant les différents domaines. Nous voulons nous assurer que, dans leur application de l'accord, les pays prennent en compte les droits de tous les citoyens, notamment les besoins spécifiques des plus vulnérables et des femmes. » Rencontrée en marge de la COP21, Bridget Burns, du « Women and Gender Constituency », un groupe de diverses organisations féministes créé par les Nations unies pour suivre l'inclusion des questions du genre dans les efforts de lutte contre le changement climatique, explique l'importance de ce combat.

 

(Repère : Énergies renouvelables : où en est le Liban?)


La jeune militante déplore le fait que des passages opérationnels mentionnant les droits de l'homme et l'égalité de genre, notamment le paragraphe 2.2, aient été purement et simplement effacés du texte final de l'accord et n'existent plus que dans le préambule, qui n'a pas force exécutoire. Elle identifie des pays « champions » qui ont milité pour la réintroduction de ces concepts dans la partie exécutive du texte, notamment le Mexique et plusieurs pays d'Amérique latine, ainsi que l'Union européenne. Parmi les « champions » du blocage... l'Arabie saoudite et plusieurs autres pays du groupe de la Ligue arabe. « L'Afrique s'est jointe au camp des détracteurs, ce qui, pour nous, est très surprenant, parce que cette position est radicalement différente de leur position très progressiste des cinq dernières années », note-t-elle.
Que s'est-il passé ? « Je pense qu'il s'agit de pressions exercées par certains membres du groupe Afrique, sans compter les relations très étroites entretenues par quelques-uns d'entre eux avec des pays arabes, dit-elle. Je crois qu'ils craignent que la mention des droits de l'homme et du genre n'impose des conditions supplémentaires sur l'accès au financement. Nous expliquons depuis des années que le langage sur les droits de l'homme et le respect du genre que nous voulons voir inclus dans le texte ne reflète pas de nouvelles obligations à respecter. Bien au contraire, notre objectif est d'aider les parties à mieux s'acquitter de leurs obligations dans leurs efforts de lutte contre le changement climatique. »

 

(Repère : Accord de Paris, les principaux points du document)


Quels risques encourt-on à ne pas inclure ces notions dans le texte d'accord ? « Nous nous inquiétons du fait que la mise en application de grands projets climatiques, sans garde-fous, n'exacerbe les inégalités de genre, répond Bridget Burns. Nous avons déjà vu d'immenses projets sur les transports, par exemple, échouer, faute d'avoir pris en compte les besoins spécifiques des communautés, comme le sentiment d'insécurité que peuvent éprouver les femmes dans certaines parties du monde. L'un des objectifs pour lequel nous militons est celui de la transformation énergétique, vers des énergies propres. Or comment initier des changements si profonds dans les sociétés sans en comprendre les besoins ? »


Bridget Burns évoque des statistiques qui montrent que les femmes et les enfants sont plus affectés par les désastres en général, donc par les désastres résultant du changement climatique. « Durant le tsunami en Asie en 2008, 80 % des morts étaient des femmes et des enfants, rappelle-t-elle. Cela est dû à des facteurs très divers : l'éducation, savoir – ou pas – nager, le lieu où ils se trouvent le plus souvent (les hommes travaillent dans les villes, les femmes sont à la maison sur le littoral)... »

 

(Repère : Comprendre la COP21 : Ce qu'il faut savoir sur le réchauffement climatique)


Elle ajoute : « Les contextes diffèrent selon les pays, mais tout le monde a besoin de comprendre ces impacts différenciés selon le genre. Dans beaucoup de pays, les femmes contrôlent la terre, les ressources en eau... mais n'ont qu'un accès très limité aux ressources financières. Il faut s'assurer que les politiques mises en place n'ajoutent pas de pression sur une population féminine qui n'a que très peu de moyens pour augmenter sa résilience. »


Parmi les exemples d'actions qui peuvent assurer une meilleure égalité de genre à ce combat climatique, Bridget Burns cite un projet de transport public en Colombie qui a tenu compte des soucis de sécurité des femmes, un programme de mitigation (réduction des émissions de gaz à effet de serre) au Vietnam qui a inclus des femmes entrepreneurs dans des communautés locales, auxquelles on a demandé de créer des stands de restauration dans leurs villages, afin d'éviter les transports inutiles...
« Ces négociations sont très techniques. Les gens qui discutent ici ne réfléchissent qu'en termes de solutions scientifiques qui vont du sommet à la base, sans prendre en considération les véritables besoins des populations », déplore-t-elle enfin.

 

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« Depuis que ce processus de négociations a commencé, plusieurs groupes travaillent pour s'assurer que les notions de droits de l'homme et de genre soient incluses dans le texte de l'accord de Paris en des termes opérationnels, englobant les différents domaines. Nous voulons nous assurer que, dans leur application de l'accord, les pays prennent en compte les droits de tous les citoyens,...

commentaires (2)

TOUS ONT PROMIS ! PERSONNE N'EXÉCUTERA ! LES GROS BULLDOZERS DES ÉMISSIONS GAZEUSES... UNE DOUZAINE TOUT AU PLUS... ONT PROMIS LA MANNE AUX PETITS TRACTEURS À KAKAHUÈTES...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

19 h 44, le 16 décembre 2015

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Commentaires (2)

  • TOUS ONT PROMIS ! PERSONNE N'EXÉCUTERA ! LES GROS BULLDOZERS DES ÉMISSIONS GAZEUSES... UNE DOUZAINE TOUT AU PLUS... ONT PROMIS LA MANNE AUX PETITS TRACTEURS À KAKAHUÈTES...

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    19 h 44, le 16 décembre 2015

  • On voit mal le rapport entre les droits de la femme (qui ont certes, besoin d'être défendus dans beaucoup de pays, dont le Liban) et l'écologie. Quant à la stupide et désastreuse "théorie du genre", il est heureux qu'il n'en ait pas été fait mention. Il ne faut pas mélanger les genres!

    Yves Prevost

    06 h 44, le 15 décembre 2015

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