Reportage

En Cisjordanie, les colons sèment la peur dans les champs d'oliviers

La cueillette des olives touche à sa fin. Cette année, les colons israéliens ont multiplié les intimidations et la peur a gagné les collines de Cisjordanie.

Une Palestinienne pleure la destruction de son champ d’oliviers. Hazem Bader/AFP

« C'est soit les colons, soit la pluie... une cueillette des olives n'est jamais simple », résume Abed, debout sur la dernière marche d'un escabeau, la tête dans les branches de l'arbre. Le quadragénaire est arrivé très tôt sur le terrain de Burin (près de Naplouse), ravi par le retour du soleil. Si Abed est de bonne humeur, c'est aussi parce qu'il se sent en sécurité. Ce mercredi de novembre, il est aidé par une poignée de volontaires israéliens avec lesquels il échange quelques mots en arabe et en anglais dans une ambiance bon enfant.
À voir cette petite troupe assise en tailleur sur une bâche, triant des olives mûres en bavardant, on oublierait les violences opposant Palestiniens et Israéliens depuis la mi-septembre. Fin octobre, la police palestinienne annonçait qu'un jeune homme avait été grièvement blessé à l'arme à feu par un colon alors qu'il participait à la cueillette des olives. Dans les jours suivants, les médias palestiniens évoquaient une attaque menée par une quinzaine de colons contre des cultivateurs en pleine cueillette. Quand ce ne sont pas les hommes, ce sont les arbres et leurs fruits qui sont visés. Plusieurs associations ont signalé des incendies criminels de centaines d'oliviers, notamment à proximité de Bethléem et de Naplouse, ainsi que des vols d'olives.


Le phénomène n'est pas nouveau, mais il atteint un pic. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) recense depuis 2011 les actes de délinquance sur les oliviers. Entre janvier et septembre 2015, l'organisation onusienne estime que 11 000 arbustes ont été affectés, un record depuis le début de ces statistiques.

 

(Pour mémoire : Les olives palestiniennes dépérissent à l'ombre des colonies)

 

Les volontaires qui se sont rendus à Burin appartiennent à une organisation de défense des droits de l'homme israélienne, Rabbis for Human Rights, particulièrement touchée par la vague de violences. Le 23 octobre, son président, le rabbin Arik Ascherman, aidait lui aussi des Palestiniens à récolter leurs olives quand il a été attaqué par un homme masqué et muni d'un couteau.


Mohammad est propriétaire d'une partie des olives récoltées aujourd'hui. Dans l'embrouillamini de langues utilisées ce matin-là, il tient à s'exprimer en hébreu pour que les bénévoles le comprennent : « C'est important que nous soyons accompagnés car s'il y a un problème, nous ne sommes pas les seuls témoins, c'est précieux ! »
Mohammad raconte ensuite qu'il a été « agressé » plusieurs fois par des colons ici même, mais quand il a signalé les individus à la police israélienne, la police n'a pas voulu croire qu'il s'agissait de colons. Cette année, des hommes identifiés comme des habitants de la colonie voisine Ytizhar ont menacé Abed d'un revolver. Après quoi, Abed et Mohammad ont eu très peur de revenir auprès de leurs arbres.
Les autorités ont arrêté un suspect dans l'affaire de l'attaque du rabbin-activiste. Une autre organisation israélienne, Yesh Din, rappelle néanmoins que lorsque des suspects sont arrêtés dans ce type d'attaque, peu sont condamnés. On comprend mieux les mains nerveuses de Mohammad quand il aborde la question.
La peur est partagée. Navah, une jeune retraitée, est habillée comme pour une randonnée : une polaire et un pantalon truffé de poches, auxquels s'ajoute une banane multicolore portée à la taille. Elle hésite toujours avant de venir en Cisjordanie : « Cette année encore plus puisqu'il y a eu tellement d'incidents avec les colons. J'ai peur évidemment, comme les Palestiniens ici, mais je viens parce que je veux montrer que nous ne sommes pas ennemis, contrairement à ce que disent les colons. »

 

(Lire aussi : "La reprise des violences devait arriver tôt ou tard", estime un Palestinien de Jérusalem-Est )


À une cinquantaine de kilomètres au sud de Burin, à Bireh, trois ouvriers agricoles, embauchés à la journée, cueillent aussi des olives. Il pleut mais ils veulent en finir avec cette saison. « Je n'ai pas vu de colon cette année, mais les gens avaient peur d'aller sur les terres, ils m'ont envoyé plusieurs fois faire la cueillette seul, et ma femme était terrorisée », raconte Abou Wahel, le plus âgé.


À mi-chemin entre Bireh et Burin, dans la colonie Shilo, Yona Zoref cultive du raisin et élève des poules. Sans surprise, son discours est diamétralement opposé à celui du reste de ses voisins. « Chez nous, personne n'a peur ! » balaie le vieil homme. Sa preuve ? Il emploie des Palestiniens d'un village proche comme journaliers, et ceux-ci continuent à venir. « Je ne parle pas de politique, mais je sais que ce qu'on raconte est exagéré », affirme-t-il, sûr de son fait.

 

Pour mémoire

En Cisjordanie, la saison des olives s'ouvre dans la crainte de violences

 


« C'est soit les colons, soit la pluie... une cueillette des olives n'est jamais simple », résume Abed, debout sur la dernière marche d'un escabeau, la tête dans les branches de l'arbre. Le quadragénaire est arrivé très tôt sur le terrain de Burin (près de Naplouse), ravi par le retour du soleil. Si Abed est de bonne humeur, c'est aussi parce qu'il se sent en sécurité. Ce...

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