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Concert

Sous ses doigts, le clavier devient bourrasque, orage, tornade...

Dans un Assembly Hall archicomble, le public a applaudi en trombes le très talentueux pianiste russe Dmitry Masleev.

Dimitry Masleev, lauréat du premier prix de la compétition Tchaïkovski 2015.

Vingt-sept ans, mais il en paraît beaucoup moins, Dmitry Masleev. Cheveux lisses et blonds comme un épi d'or, frêle silhouette d'adolescent en costume et nœud-papillon noirs, et ce profil de visage lisztien. Dès qu'il se met au piano, l'espace est gommé. L'air est brusquement rempli d'une myriade de notes incandescentes, étincelantes, chargées d'électricité et motrices de rêves et de nervosités que nul ne dompte ni n'embrigade. Une cavalcade de Cosaques, sabres brandis au soleil ou sous une lune argentée, attaque parfaitement à la Russe. Le clavier sous ses doigts est bourrasque, orage, tornade. Un petit regret, cependant, que l'instrument ne soit pas d'une marque haut de gamme, qui aurait donné, sans doute, des sonorités moins métalliques et plus pleines...
Dans le sillage des « Concerts de la musique de chambre » de l'Université antonine, le lauréat du premier prix de la compétition Tchaïkovski 2015 n'a pas choisi un menu de tout repos. Sur un tempo romantique à haute teneur de passion où fougue, déferlement chromatique et bravoure sont les mots (et les notes) clés.
Dans ce programme voué aux vents les plus fous et les aquilons de Chateaubriand : des pages de Haydn, Schumann, Schubert (revisité par Liszt), Liszt, Tchaïkovski, Rachmaninov, Saint-Saëns (revisité encore par Liszt)... Sans se démonter, deux bis dans la même veine tourmentée et le même ton emporté, Mendelssohn (le scherzo du Songe d'une nuit d'été) et Rachmaninov (Étude/tableau)
Si la sonate (en do majeur n° 58 hob XVI : 48) de Haydn a des allures d'un jeu droit et élégant, elle n'en ouvre pas moins les vannes à un flot de pages tumultueuses. Avec ses sonorités voilées, ses clairs-obscurs, ses rythmes farouches et ses grands intervalles.
Et suivent, dans le même paysage d'inspiration empreinte de remous et embrumé d'une pluie battante, les mondes sonores de Schumann (Sonate en sol mineur n° 2 op 22), le superbe lied de Schubert devenu barcarolle aux vagues mugissantes avec Liszt. Et pour conclure la première partie, la redoutable et ultrapérilleuse Étude transcendantale n° 8 de Liszt pour un tableau de chasse agressive et sauvage. Avec en pointe l'habileté pour l'équilibre des mains et leur alternance pour un travail « contrapuntique » de haute voltige pianistique.

Métronome speedé
Petit interlude et reprise avec le plus cosmopolite des compositeurs russes. Quatre pièces pour un vibrant hommage aux grands maîtres du clavier romantique. L'ombre du rêve d'amour lisztien, les volutes, phrases au long cou de Chopin et ses valses et, bien sûr, l'inépuisable énergie des danses russes, tirées du folklore ukrainien, qu'on entend dans le ballet Casse-Noisette...
Pour prendre le relais, ce début, telle une fervente prière de Corelli mais revu en une diabolique variation par Rachmaninov, le pianiste aux touches toujours élégiaques et volcaniques.
Pour la clôture, comme une apothéose à ce jeu toujours plus « speedé », comme une course contre le métronome, la Danse macabre de Saint-Saëns, revisitée par un génie du piano, Liszt, et arrangée par un autre, Horowitz. Infernale, cravachant les sens et les émotions, cette danse virevoltante, effrayante et magique est comme une incantation vaudoue.
Dmitry Masleev, maître de cérémonie habité par la musique, a incarné avec éclat et sans une faille, tel un automate bien réglé, sans jamais entrer en transe, mais en toute froideur concentrée sur ses doigts, les mélodies et les rythmes qu'il traque en une imparable technique, une prestation vouée à un jeu d'une rage constamment accrue. De bout en bout, sans coup férir.


Vingt-sept ans, mais il en paraît beaucoup moins, Dmitry Masleev. Cheveux lisses et blonds comme un épi d'or, frêle silhouette d'adolescent en costume et nœud-papillon noirs, et ce profil de visage lisztien. Dès qu'il se met au piano, l'espace est gommé. L'air est brusquement rempli d'une myriade de notes incandescentes, étincelantes, chargées d'électricité et motrices de rêves et de...

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