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Exposition

Éros et Thanatos, des quatre coins de la Méditerranée...

Le monde va mal. Et la Mare Nostrum ne s'en porte pas mieux. Dans ce sillage, entre vagues convulsives et branche d'olivier, un panel de 17 artistes émergents offre un regard sur le monde. À la galerie Mark Hachem et sous le titre « L'écho au chaos ».

« Cèdre du Liban », de Miryan Klein (mixed medias ; 150 x 100 cm).

Un tour d'horizon de tous crins, forcément chaotique, et un peu de bric et de broc, pour une inspiration et une créativité libres...

Sous l'ombrelle d'une exposition collective à la galerie Mark Hachem*, reprise de la dernière biennale de l'Umam au château-musée Grimaldi de Cagnes-sur-Mer, sur la Côte d'Azur, se pressent quarante œuvres, moulées dans des esthétiques et des concepts différents.

Dans l'espace lumineux d'une galerie presque en front de mer et dans un silence chargé d'attention, d'intérêt et de curiosité, l'art a toutes les éloquences, toutes les audaces, toutes les témérités, tous les anticonformismes et toutes les insolences. De remarquables originalités aussi ! Et des platitudes. Dont un squelette en bronze doré (bonjour les carabins !) coiffé d'un « fez-tarbouche », sans parler du visage brouillé d'un insipide karakoze (Raouf Rifaï).

De la peinture dans tous ses états (mixed média, huile, encre de Chine) à la sculpture en bronze ou sur papier, sur verre ou avec tiges de pissenlits, en passant par la photographie retouchée et pixelisée, l'expression créative, plateforme multinationale, est en principe richissime. De mobilité, de souplesse (même revus après avoir fait les délices des socles sous spots de ces même lieux, les gymnastes de Corda restent un enchantement), de séduction, de témoignage, de dénonciation, de révolte (la crucifixion sur fond bleu indigo selon l'artiste palestinien Nasser Soumi est une illustration vivante du drame arabe), de réflexion, de méditation.

Par-delà toutes frontières, valeurs morales, religieuses ou ethniques, cette expression multiple, polymorphe, faisant fi avec superbe de toute convention classique ou esthétique sage, est sans doute un outil indispensable et convaincant pour parler, en toute liberté et fantaisie, de l'absurdité et des contradictions de la vie. De ses rumeurs, de ses incroyables violences, de ses débâcles (un Proche-Orient embrasé à feu et à sang depuis plus d'un demi-siècle), de ses combats fratricides, de ses dérives, de ses barbaries à visage humain. Mais aussi, en filigrane et en une touche insaisissable, de certains instants de félicité, de rêve, de sérénité, de beauté, d'évasion, de parodie, de plaisir, de pointe d'ironie, d'émotion.

Ni digue ni frein

Du Liban à l'Italie, en passant par la Palestine, la France, l'Algérie, l'Espagne, enfin de toutes les rives battues par les eaux de la Méditerranée, les images, à profusion, surgissent. Filles d'un imaginaire débridé ou arrêté selon la sensibilité et la mémoire des artistes, ces images s'installent et parfois s'incrustent dans les prunelles des visiteurs. Comme un regard insistant, une ombre indécollable, une parole inévitable, un verdict implacable, une volonté de marquer un fait, un événement, une action, un comportement.
À tout ce qui dépasse l'entendement ou le protocole de la vie, à ce chaos, ce désordre ambiant, ce délabrement actuel (laxisme, fanatisme, acharnement au travail, consumérisme, sexisme outrancier, culte du corps) qui régit aujourd'hui le monde, l'écho de l'art est évident, perceptible comme un reflet de miroir.Dans un désordre voulu et organisé, en une créativité sans digue ni frein, en un souffle d'exorcisme et un cri libératoire, cohabitent ces œuvres échappées aux ateliers des artistes en confrontation directe avec leur environnement. Un environnement hostile, neutre, braillard, strident, nanti, entre Éros et Thanatos, du faux calme avant (ou après) les tempêtes.

Une sombre mitraillette enserrée dans un écrin de verdure (Marc Gaillet), en soif de liberté et de libération, la lumière sur des peaux d'ébène (Dominique Jaussein), des visages ravagés par le temps et la misère, et un Canaletto revisité (Férial), des tatouages sur une composition corporelle hallucinante (Anthony Mirial), savant équilibre du vent et du mouvement humain à travers un minuscule personnage plié en deux (Mustapha Ali), extrême délicatesse, dans une minutie d'orfèvre, pour un monde scintillant de légèreté (Maria Amos), abstraction géométrique en noir sculptée dans le papier et le graphite (Pierre Riba), placide acidité et humour particulier avec un coq suspendu à une montre, un cheval tirant une voiture-bulle (Matteo Carassale), guitares et violons aux agencements insolites avec Arman jamais en reste d'une notation musicale visuelle inédite...

Et on n'a pas tout dit pour cette ronde échevelée entre non-dit, petits mystères, clins d'yeux et débâcles révélées. En un flot d'images entre réalité mordante (singulier surréalisme ou hyperréalisme) et onirisme capiteux, se déploie un kaléidoscope de sensibilités et de perceptions. Comme capter un prisme enserrant paysages, silhouettes et objets à travers une rapide tournée dans un carrousel vertigineux. Jusqu'au 17 novembre.

*Mina el-Hosn, rue Salloum, imm. Capita Garden, rez-de-chaussée. Horaires d'ouverture : de lundi à samedi, de 10h à 20h. Tél. : 70/949029.

Les artistes exposants

Maria Amos, Mustapha Ali, Nasser Soumi, Arman, Charbel Samuel Aoun, Stefano Bombardieri, Matteo Carassale, Maura Corda, Férial, Marc Gaillet, Dominique Jaussein, Miryan Klein, Anthony Mirial, Falima Mortada, Nacer, Pierre Riba, Raouf Rifaï.


Un tour d'horizon de tous crins, forcément chaotique, et un peu de bric et de broc, pour une inspiration et une créativité libres...

Sous l'ombrelle d'une exposition collective à la galerie Mark Hachem*, reprise de la dernière biennale de l'Umam au château-musée Grimaldi de Cagnes-sur-Mer, sur la Côte d'Azur, se pressent quarante œuvres, moulées dans des esthétiques et...

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