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Moyen Orient et Monde

François à DC : bien au-delà de la symbolique

Diplomatie

Seuls quatre papes ont visité le pays de l'Oncle Sam, traditionnellement méfiant envers le Vatican.

24/09/2015

L'avion du pape a survolé mardi, à plusieurs reprises, la Caroline du Sud avant d'approcher Washington... Et pour cause, le convoi du chef d'État de la plus grande puissance du monde était coincé dans un embouteillage, en route pour la base aérienne d'Andrew. Autre surprise, une Fiat (à sa demande) attendait le souverain pontife et non une limousine.
Mais, dès le lendemain, plus de ratés ni d'imprévus pour la visite du pape François, réglée à la minute près. À Washington, le système sécuritaire aura coûté 15 millions de dollars et un total d'un milliard de dollars avec les deux autres étapes, New York et Philadelphie. Hier matin donc, réception en grande pompe à la Maison-Blanche, avant le tête-à-tête entre le chef de l'Église et le président américain Barack Obama. Si l'entrevue a tourné autour de sujets brûlants (le changement de climat, Cuba et la pauvreté), le ton était à la complicité.
Néanmoins, une question se pose. Pourquoi, durant les 250 ans d'histoire américaine et les 2 000 ans d'histoire chrétienne, seuls quatre papes ont visité le pays de l'Oncle Sam ? Durant des décennies, la rencontre d'aujourd'hui aurait été impensable, surtout avec un président afro-américain de rite protestant. Si les prédécesseurs du président Obama montraient beaucoup plus de réserve dans les mêmes circonstances, cela relevait plutôt du manque de confiance entre le gouvernement et les catholiques américains (la plupart d'origine italienne, irlandaise, polonaise et hispanique), qui étaient accusés d'être plus loyaux à Rome qu'à leur pays d'adoption.

JFK, seul président catholique
Une crainte ancienne, selon Thomas Reese, analyste du National Catholic Report, qui portait à croire qu'en devenant forts, les catholiques pourraient imposer leur religion et contrôler le pays. Et, lorsqu'en 1928 Al Smith (démocrate et de souche irlandaise) a été le premier candidat catholique à la présidentielle, les rumeurs les plus folles ont couru sur lui, notamment qu'il allait construire un tunnel entre la Maison-Blanche et le Vatican. Il devait d'ailleurs être battu par le républicain Herbert Hoover.
Le premier meeting entre un président américain et un pape n'a eu lieu qu'en 1919, après la Première Guerre mondiale, quand Woodrow Wilson a eu une audience au Vatican avec le pape Benoît XV. Le second meeting n'a eu lieu que 40 ans plus tard entre Dwight Eisenhower et Jean XXIII. Et, signe de ce clivage, il n'y a eu jusqu'à présent qu'un seul président américain catholique, John F. Kennedy (élu en 1961), lequel répétait souvent qu'il était un président et non une marionnette papale.
Le Conseil de Vatican II a par la suite été très clair à ce sujet : un président catholique américain ne doit pas faire l'objet des doutes qu'avait eu à affronter JFK. Pour l'Église, il n'était plus demandé aux catholiques, s'ils prennent le pouvoir, de faire du catholicisme la religion de l'État. Ainsi, aux USA avec 20 % de catholiques, la visite de Jean-Paul II à la Maison-Blanche, sous le mandat de Ronald Reagan, et les autres entrevues entre présidents et papes ont toujours été des gestes symboliques, avec peu de substance politique.

 

(Lire aussi : Le roi du monde, le billet d'Anthony Samrani)

 

Mitigé au Congrès, mais 80 % de cote de popularité
À noter que durant sa visite, l'an dernier, au Vatican, le président Obama et le pape François avaient déjà évoqué le changement climatique et la relation avec Cuba, poussant le pape à aider à rapprocher les deux pays.
Tout ceci a enflammé davantage la relation déjà empoisonnée entre le président Obama et les républicains qui, pourtant, ont invité le pape François à s'adresser à une séance conjointe des deux Chambres du Congrès. Sur le podium, derrière lui, se tiendront deux grands visages du catholicisme américain, le vice-président Joe Biden et le président de la Chambre des représentants, John Boehner, alors que sur les 535 membres auxquels il s'adressera, seuls 26 sénateurs et 139 congressmen sont de confession catholique. Bien que le pape jouisse d'une popularité de près de 80 % auprès des Américains, la température risque de ne pas être « cool ». Le pape connaît bien l'appréhension des républicains à son égard, ce qui ne va pas l'empêcher d'aborder la pauvreté des émigrés (sujet tabou pour ce parti) et le capitalisme. Autant de raisons qui leur font dire que le pape est antiaméricain.

« See you in Philadelphia »
Ce n'est un secret pour personne que les républicains ne vont pas adouber les positions du pape. Mais, comme le dit Victor Matheson, professeur d'économie au collège Holly Cross, « tout le monde est convaincu que c'est un privilège et un honneur d'accueillir un tel message papal, et tous les Américains doivent le considérer comme tel, et non seulement les quelques villes hôtes ».
Prochaine étape, New York, puis Philadelphie où se tiendra, pour la première fois aux États-Unis, la conférence « World Meeting of Families ». Dans la perspective de cette rencontre qui va rassembler autour de lui une foule de plus d'un million de fidèles, le pape François a lancé, avec son accent anglais peu peaufiné : « See you in Philadelphia. »

 

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Les républicains, pourtant, ont invité François à s'adresser à une séance conjointe des deux Chambres du Congrès, alors que sur les 535 membres auxquels il s'adressera, seuls 26 sénateurs et 139 congressmen sont de confession catholique." ! Oui, bon, mais combien sur ce total sont Francs-Maçons ? !

Zaarour Beatriz

Le moine et écrivain allemand Thomas-Kempis, généralement considéré comme l'auteur d'un ouvrage écrit autour de l'an 1400, intitulé "L'Imitation de Jésus-Christ" est le livre spirituel le plus dur à lire pour un chrétien pratiquant.

Le pape François, qui, avant de devenir pape a toujours vécu intensément les "Béatitudes", est d'après moi, l'homme qui pourrait nous apprendre à vivre en imitant la vie de Jésus-Christ.

C'est le seul moyen qui nous ménerait vers la paix intérieure et, par conséquent, à la réconciliation des peuples et à la paix dans ce bas Monde.

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