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Liban

Marwan Maalouf, la tête dans les nuages et les pieds sur terre

Rencontre
04/09/2015

Il est l'une des figures qui ont émergé ces dernières semaines dans le cadre de la campagne « Vous puez ! », mais Marwan Maalouf a commencé à militer depuis des années. On peut même dire qu'il a le militantisme et le sens de la chose publique dans le sang, puisqu'à l'école, il était déjà régulièrement le délégué de sa classe. Il a d'ailleurs choisi sciemment de faire des études de droit et une spécialisation en droit public pour pouvoir se livrer à sa passion, se battre pour les droits sociaux et pour un État digne de ce nom. En 2005, il avait même formé avec des amis l'Amicale de droit, un mouvement estudiantin qui avait joué un rôle important et pionnier, hors du cadre partisan, dans la lutte pour le départ des troupes syriennes et la fin de leur occupation du Liban. Il se dit d'ailleurs aujourd'hui fier d'avoir, à cette époque, réussi à déplacer les tentes de revendication vers la place des Martyrs pour qu'elles soient celles de tout le Liban.

Grand et charismatique (il reconnaît que, les dernières semaines, il a perdu six kilos tant il se démène, enchaînant réunions et actions dans une mobilisation presque non-stop), Marwan Maalouf a un discours structuré et positif, tout en restant réaliste. S'il a fait depuis 2005 des remises en question et des bilans, il continue toutefois à être révolté par le système actuel, basé sur la corruption, le blocage des institutions et la violation de la Constitution. Après le mouvement de 2005, Marwan était d'ailleurs parti en Belgique puis aux États-Unis et en Tunisie. Il croyait même avoir trouvé sa vie... jusqu'à la première prorogation du mandat du Parlement en 2013, qui l'a mis hors de lui, au point de le pousser à rentrer au pays pour dénoncer cette atteinte à un droit élémentaire qui est le droit de vote des citoyens. Avec des amis, il a alors créé un rassemblement « Pour la République », qui avait des principes clairs : le respect de la Constitution et le refus du chaos. En même temps, il était question (déjà !) de refuser le maintien du dépotoir de Naamé.

 

(Lire aussi : Wadih el-Asmar à « L’OLJ » : « Tol3et re7etkoum » est pour un État de droit)


Dès lors, Marwan et ses compagnons ont commencé à songer sérieusement à créer un groupe de pression contre la prorogation des mandats parlementaires. « Si nous n'avons pas réussi à empêcher la seconde prorogation, au moins, elle s'est faite discrètement et la classe politique avait plutôt l'air d'en avoir honte, dit-il, alors que, la première fois, elle avait présenté son action comme un sauvetage du pays ! »
Malgré cela, le pouvoir a continué à accumuler les violations de la Constitution et des droits des citoyens, mais Marwan est convaincu que la crise des déchets a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Le noyau de « Vous puez ! » ( une vingtaine de jeunes) s'est formé spontanément, les militants se connaissant déjà depuis leur action commune au cours des années précédentes. Les revendications étaient claires, raconte Marwan : une solution radicale pour la crise des déchets, la restitution des fonds revenant aux municipalités, la punition de ceux qui ont commis des infractions dans ce dossier et l'organisation d'élections législatives. Si d'autres groupes ont d'autres slogans, cela ne dérange pas Marwan qui affirme qu'en dépit de toutes les rumeurs sur des divisions au sein du mouvement élargi, la coordination est totale, aucune décision n'est prise sans consultation avec les autres.

C'est pourquoi, d'ailleurs, les réunions se prolongent pendant des heures. Mais si chaque groupe garde son identité et ses slogans, il y a une entente globale sur les grandes lignes.
« Nous avons commencé la première fois à être des dizaines, puis le mouvement a grandi jusqu'à mobiliser près de cent mille personnes le 29 août. Pour nous, c'était un moment de bonheur intense. Le peuple libanais que l'on disait accablé et désespéré a retrouvé toute son énergie et s'est mobilisé pour crier son refus de l'humiliation, de la corruption et du piétinement de ses droits », dit-il. Dans la rue, les gens l'arrêtent désormais pour lui dire de continuer, car le mouvement lancé leur a redonné de l'espoir...
Marwan Maalouf rappelle que c'est quand même le pouvoir qui est le principal responsable de ce qui s'est passé, avec les odeurs nauséabondes de corruption qui se dégagent du dossier des déchets, le cas de Sukleen, de l'appel d'offres et des « sukleenettes » que l'on voulait créer. L'action lancée par « Vous puez ! » a mis le pouvoir à nu, et il est apparu dans toute sa laideur.

 

(Lire aussi : Lucien Bou Rjeily à L'OLJ : Mardi, "on a clairement voulu amputer le mouvement +Vous Puez !+")


Au sujet de l'organisation d'élections législatives, Marwan Maalouf ne veut pas se laisser entraîner sur le terrain glissant d'une nouvelle loi électorale. « C'est au pouvoir de trouver les solutions techniques. Nous, nous voulons des élections, le fonctionnement des institutions et l'application de la Constitution », note-t-il. Pour atteindre ces objectifs, le groupe applique une sorte de désobéissance civile, adaptée aux circonstances, et refuse de se laisser entraîner dans le jeu confessionnel.
N'ont-ils pas eux aussi des ambitions personnelles et ne finiront-ils pas par intégrer le système en place ? Marwan estime qu'ils sont actuellement en plein dans la lutte et ce n'est donc pas le moment de parler des ambitions personnelles. Elles n'ont aucune place dans cette action collective et populaire. De plus, il confie avec beaucoup de réalisme que le phénomène de « starification des personnes » est saisonnier et les modes passent. Aujourd'hui, ils sont partout dans les médias, demain ils seront oubliés, dépassés par une autre actualité. Ce qui compte, c'est le sens du mouvement et les acquis obtenus.



(Lire aussi : Une grève de la faim au centre-ville pour obtenir la démission de M. Machnouk)


Marwan est ainsi convaincu qu'à ce stade, le bilan est très positif : le peuple s'est réveillé et veut descendre dans la rue alors que le pouvoir se débat et montre sa confusion. « Au cours des 8 heures que nous avons passées mardi au ministère de l'Environnement, cette confusion était claire, les autorités ne savaient visiblement pas comment se comporter avec nous, d'autant que nous étions pacifiques », dit-il. Même confusion lors de la manifestation du 22 août. Marwan raconte qu'il n'a jamais vu des forces de l'ordre tirer ainsi des balles sur les manifestants et lancer autant de bombes lacrymogènes. Malgré cette violence injustifiée, Marwan affirme que le problème de leur collectif n'est pas avec les forces de sécurité qui exécutent les ordres qui leur sont donnés. Il est avec ceux qui ont donné les ordres. À ce niveau, la responsabilité est double, collective et individuelle. C'est pourquoi le mouvement réclame la démission du ministre de l'Environnement qui est le responsable direct du dossier des déchets et demande que soient châtiés ceux qui ont donné l'ordre de tirer et de frapper les manifestants. Et comme il a aussi les pieds sur terre, il ne réclame pas directement la chute du gouvernement, mais l'organisation d'élections législatives. N'est-il pas ainsi en train de rêver, puisqu'au Liban le changement est difficile ? « Qui aurait pu croire, il y a un mois, qu'un mouvement citoyen, ni confessionnel ni politisé, pouvait mobiliser tant de Libanais ? Les gens en ont assez et nous sommes le catalyseur de leur colère. »

Marwan rejette toutes les accusations d'être à la solde d'ambassades occidentales ou d'exécuter un plan préétabli pour reproduire au Liban le modèle des printemps arabes. « Notre mouvement s'inscrit dans la continuité de notre lutte, dit-il, et nous avons lancé un financement en ligne. Nous avons déjà recueilli 16 000 dollars que nous dépensons sur le terrain. Si on cherche à nous discréditer, c'est que nous avons ébranlé le système et nous allons continuer à le faire, par des actions surprises et ponctuelles en plus de la grande manifestation prévue le 9, en même temps que la tenue de la séance de dialogue. » Lorsqu'on lui dit que l'initiative du président de la Chambre est peut-être appuyée régionalement et internationalement, Marwan Maalouf répond : « C'est la preuve que nous n'avons pas d'agenda étranger. Nous voulons un véritable État et des institutions. Cette conférence n'a aucun statut légal et constitutionnel. Que l'on ferme donc le Parlement et le gouvernement, et que l'on crée le Haut-Comité de dialogue »...

 

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

On dirait un bossfér-orange, ce Määloûf Marwâne !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

VOUS NOUS DÉPEIGNEZ... TRÈS CHÈRE MADAME SCARLETT HADDAD... UN HOMME ANIMÉ DES MEILLEURES INTENTIONS. NOUS DEVIONS VOUS CROIRE SUR PAROLE SI VOUS NOUS EXPLIQUIEZ TOUT AU LONG DE VOTRE ARTICLE LES SLOGANS "CHERS À CERTAINS" QUE LANçAIENT ET LANCENT ENCORE TOUS CES MESSIEURS ANIMÉS DE BONNES INTENTIONS "CONTRE UNE PARTIE DÉFINIE ET DES MEMBRES D'UNE COMMUNAUTÉ DÉFINIE"... ET POUR LES DÉCHÊTS ET NON POUR L'ÉLECTRICITÉ ETC... ETC... ETC... NOUS ATTENDONS AVEC IMPATIENCE LES EXPLICATIONS DANS VOTRE PROCHAIN ARTICLE... BONNE JOURNÉE.

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Qu'en pensent le héZébbb et le caporal de ce Marwâne ?

Bery tus

note-t-il. Pour atteindre ces objectifs, le groupe applique une sorte de désobéissance civile, adaptée aux circonstances, et refuse de se laisser entraîner dans le jeu confessionnel.

aha donc voila ce qu'il en est.. articles bien prononcer comme a votre habitude lol mais je dois reconnaître que je suis pour ce mouvement seulement s'ils incluent l'election presidentiel dans leur revendication et apres les élections parlementaire...

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