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Liban

Un million et demi de réfugiés syriens au Liban, presque le tiers de la population

Crise

Deux communiqués, l'un onusien, l'autre européen, ont annoncé hier le franchissement du seuil de 4 millions de réfugiés et rappelé l'urgence que représente cette crise.

10/07/2015

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a annoncé hier dans un communiqué le franchissement du seuil de 4 millions de réfugiés syriens ayant afflué dans les pays limitrophes (dont près de la moitié en Turquie) depuis le début du conflit en Syrie en 2011, sans compter les 270 000 Syriens ayant déposé une demande d'asile en Europe et les milliers qui se sont réinstallés dans différents pays sans s'enregistrer.

Christos Stylianides, commissaire européen chargé de l'aide humanitaire et de la gestion des crises, a déclaré pour sa part dans un communiqué publié par le bureau de l'Union européenne à Beyrouth que le nombre de réfugiés syriens représentait « quatre fois la population chypriote et constituait la plus grande catastrophe humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale ». « Nous ne pouvons que remercier les États voisins de la Syrie pour la générosité, dépassant souvent leur capacité, qu'ils ont manifestée en accueillant les réfugiés chez eux », a poursuivi le commissaire européen. « Avec la crise syrienne qui ne risque pas de se terminer bientôt, nous comptons sur tous les pays donateurs pour honorer leurs engagements et mobiliser encore plus d'aides afin de subvenir aux besoins croissants », a dit M. Stylianides.
Le nombre de réfugiés, en raison du conflit en Syrie qui a débuté en 2011, a augmenté d'un million au cours des dix derniers mois, a précisé le HCR dans son communiqué. « C'est une population qui a besoin du soutien du monde, mais qui vit dans des conditions d'extrême précarité et s'enfonce de plus en plus dans la pauvreté », a souligné le haut-commissaire Antonio Guterres.

Le gros des réfugiés se trouve dans les pays voisins de la Syrie et atteint le nombre de 4 013 000 personnes.
« La grande majorité de réfugiés demeure dans la région », note le HCR. Il estime par ailleurs avoir besoin de 5 milliards de dollars pour l'aide humanitaire cette année, y compris l'aide aux pays qui accueillent ces réfugiés et dont les infrastructures n'arrivent pas à suivre, ce qui devient un facteur d'instabilité, comme c'est le cas au Liban.
La réduction de ces aides ou leur absence signifie « des interruptions dans l'aide alimentaire et des difficultés pour fournir des services comme la scolarisation des enfants », note le HCR. Il souligne qu'au Liban, 55 % d'entre eux logent dans des abris qui sont en dessous des normes.

 

(Pour mémoire : Amnesty International lance son rapport mondial depuis le Liban, « épicentre de la crise des réfugiés syriens »)

 

Le Programme alimentaire mondial des Nations unies (Pam) avait annoncé, le 1er juillet, la réduction de son aide aux réfugiés syriens, au Liban, faute de financements. « Les réfugiés avaient déjà du mal à tenir avec le peu qu'on leur donnait, que serait-ce maintenant avec cette réduction de l'aide alimentaire ? » se demande Hala Hélou, conseillère du ministre des Affaires sociales, Rachid Derbas, à L'Orient-Le Jour. « La valeur des coupons alimentaires distribués au Liban est passée en juillet de 19 à 13,50 dollars par personne et par mois, vous imaginez un peu la situation d'une famille qui vit avec quelques dizaines de dollars par mois ? » poursuit-elle. Les associations humanitaires dénoncent par ailleurs l'augmentation du travail des enfants, de la mendicité et des mariages précoces dont sont victimes les enfants, conséquences de cette pauvreté croissante.
Selon elle, les familles ont recours à des moyens extrêmes pour tenir le coup et travaillent au marché noir sans aucun permis ni assurance médicale, se privent de repas, s'endettent pour survivre, et certains retirent même leurs enfants de l'école, préférant les envoyer mendier dans les rues. Les effets à long terme peuvent être catastrophiques.

« Plus de 1,5 million de Syriens (près du tiers de la population libanaise) ont trouvé refuge au Liban, dont seulement 1,2 million sont enregistrés auprès du HCR, mais leur nombre est beaucoup plus important et il n'y a aucun moyen pour le moment de le déterminer avec exactitude. Ce qui est sûr, c'est que, grâce à la politique de restriction adoptée par l'État, le nombre d'entrées a légèrement baissé, mais le contrôle reste néanmoins difficile concernant les Syriens qui entrent illégalement dans le pays », reprend Hala Hélou. Le HCR avance le chiffre de 1 172 753 réfugiés enregistrés au Liban. « Même s'ils sont arrêtés par les forces de sécurité ou l'armée, ils seront relâchés et seront simplement priés de régulariser leur situation, ce que bon nombre d'entre eux ne font pas. Ils ne semblent pas être menacés puisqu'ils sont conscients que l'État libanais n'est pas en train de forcer leur rapatriement, car ceci va à l'encontre des conventions internationales des droits de l'homme », conclut-elle.

Mais l'impact de la crise syrienne sur l'économie du pays, qui manque déjà de ressources et d'une infrastructure lui permettant d'accueillir un tel nombre de réfugiés, n'est pas seulement négatif, à en croire certaines études. En effet, prenons en exemple le Pam, qui, plutôt que de distribuer des rations, avait choisi les coupons électroniques qui permettent de s'approvisionner sur les marchés locaux. Or une étude réalisée fin juin pour le compte du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) et du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) estime que les aides humanitaires accordées aux réfugiés syriens au Liban ont eu un effet positif sur la demande et permis d'enregistrer 1,3 % de croissance supplémentaire, à travers l'impact des 2,2 milliards de dollars d'aides dont ils ont bénéficié depuis 2012. Un effet qui compense en partie l'impact négatif de la présence des réfugiés sur l'économie. Selon cette étude, la portée de ce type d'aides sur le revenu national est bien supérieure à leur montant. Les auteurs ont ainsi calculé que les 800 millions de dollars dépensés en 2014 par quatre agences onusiennes (le Pnud, le HCR, le Pam et l'Unicef) se sont traduits en réalité par une injection de 1,28 milliard de dollars dans l'économie libanaise.

 

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ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Déjà, ils sont plus nombreux que les Chïïtes. Khâââï, c'est bien !

Halim Abou Chacra

Mme Tawk, nos "sauveurs" sont occupés à autre chose de plus important, s'il vous plaît. Ils n'ont pas de temps pour "votre" problème d'un million et demi de réfugiés syriens au Liban.

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