Anniversaire

Califat de l’État islamique, un an de trop

Le chef de l’État islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, au moment de la proclamation du califat le 29 juin 2014.

État islamique ? Daech ? Organisation de l'État islamique ? Un an après la proclamation du califat par Abou Bakr al-Baghdadi, le débat sémantique n'est toujours pas tranché. Un indice révélateur de la difficulté qu'ont les différents observateurs à qualifier ce phénomène jihadiste 2.0.

L'État islamique continue de prendre le monde entier de vitesse. Comme s'il avait systématiquement un temps d'avance. Il perd à Kobané pour mieux progresser dans la province d'al-Anbar en Irak. On le dit affaibli par les frappes quotidiennes de la coalition et la perte de certains de ses chefs, il s'empare de Ramadi et de Palmyre en une seule semaine. On le dit impopulaire et marginal, il continue d'attirer des milliers d'apprentis jihadistes à travers le monde et ouvre de nouvelles filiales au Sinaï, en Libye, en Afrique et même dans le Caucase. On le dit incapable de mener des attaques terroristes en dehors de son foyer originel, il fait trembler la planète par des attentats qui, commandités ou non, sont commis en son nom.

L'État islamique ressemble à la fois à un déversoir et à un miroir. Le déversoir d'une grande partie des frustrations des sociétés arabes et occidentales, d'une géopolitique à géométrie variable, et d'une profonde injustice politique qui sévit dans tout le monde arabe. Il est le miroir d'une violence débridée et surtout consacrée, de l'utilisation pernicieuse des références religieuses pour légitimer les dictatures politiques et surtout des petits calculs politiciens de chacun des acteurs qui prétend le combattre.

L'État islamique ressemble beaucoup plus à ce monde que ce monde ne veut bien le laisser croire. Il se nourrit de ses peurs, de ses frustrations, de ses incohérences, de ses discours essentialistes et de ses égoïsmes. Il ne descend pas du ciel, même s'il prétend combattre en son nom. Il est le produit des différentes sociétés à qui il a déclaré la guerre. Des sociétés dont il connaît et exploite les moindres failles pour créer un climat d'insécurité et de méfiance entre les différentes communautés.

L'EI n'a pas inventé la barbarie. Il l'a juste machiavéliquement recyclée pour en faire une arme redoutable et adaptée au XXIe siècle. L'EI n'est pas non plus invincible. Comme tout mouvement idéologique extrémiste, il finira par s'essouffler de l'intérieur et par se fissurer à l'extérieur. Mais à défaut d'une profonde remise en cause des deux côtés de la Méditerranée, cela pourrait bien prendre encore des années.

 

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État islamique ? Daech ? Organisation de l'État islamique ? Un an après la proclamation du califat par Abou Bakr al-Baghdadi, le débat sémantique n'est toujours pas tranché. Un indice révélateur de la difficulté qu'ont les différents observateurs à qualifier ce phénomène jihadiste 2.0.

L'État islamique continue de prendre le monde entier de vitesse. Comme s'il avait...

commentaires (4)

Pourquoi de trop ? Ce n'est que le début.... d'une longue décennie !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

04 h 16, le 01 juillet 2015

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Commentaires (4)

  • Pourquoi de trop ? Ce n'est que le début.... d'une longue décennie !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    04 h 16, le 01 juillet 2015

  • C'EN EST ASSEZ ! LES ABRUTIS OCCICONS DEVRAIENT LE COMPRENDRE ET VITE...

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 37, le 30 juin 2015

  • La reponse se trouve en israrecel pays manipulateur de cette bacterie travaillee en labo bensaoudwahabosalafiste .

    FRIK-A-FRAK

    14 h 27, le 29 juin 2015

  • AVEC EXTREME FRANCHISE. Le 26 juin, après l'attentat de Saint-Quentin-Fallavier en France, Le Figaro a publié un entretien avec le romancier et essayiste Pascal Bruckner. Ce dernier y dit carrément : "L'islam radical a déclaré la guerre à l'Europe". Cette phrase est le titre de l'interview. A la lecture de cet entretien, on s'aperçoit qu'en Europe, dans tout le monde occidental et dans le monde entier, il y a une nette tendance à ne plus tourner en rond mais à dire en toute franchise une vérité qui s'impose : l'Etat islamique est "un produit" de l'islam et de nulle autre situation ou conjoncture. Partout, dans les médias mondiaux reflétant l'opinion publique, on lit de plus en plus le commentaire suivant : "Stop saying the Islamic State is not islam. It's the true islam". Que signifie ce phénomène ? Il signifie qu'en "un an de califat de l'Etat islamique", DAECH a réussi à ancrer dans l'opinion mondiale ceci : Islam = terreur. Les plus hautes autorités religieuses sunnites, soit les cheikhs d'al-Azhar et de l'establishment religieux d'Arabie saoudite sont responsables de cette image de l'islam imposée au monde. Au XXIe siècle, ils refusent de changer une seule lettre de la théologie et du fiqh musulmans, dont s'inspire DAECH pour sa barbarie. Le résultat est cette image atroce de l'islam dans le monde.

    Halim Abou Chacra

    11 h 47, le 29 juin 2015