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Liban

Le patriarche Raï et le cardinal Angelo Scola en visite de solidarité à Erbil

La ville d'Alep est aujourd'hui une « nouvelle Sarajevo », s'alarme l'archevêque de Milan.

Fady NOUN | OLJ
20/06/2015

« De l'Occident, comme du Nazareth des temps bibliques, il peut venir quelque chose de bon et pas seulement des plans occultes de malheur pour les populations du Moyen-Orient. » C'est en ces termes qu'un évêque maronite décrivait hier la visite de solidarité rendue en cours de journée par le cardinal Angelo Scola, archevêque de Milan (le plus grand diocèse catholique du monde), à Erbil, capitale du Kurdistan irakien. Le patriarche maronite, le cardinal Béchara Raï, servait d'accompagnateur à l'éminent cardinal, qui fut papabile en 2013.
Visites des camps et du bâtiment d'accueil, rencontres avec les religieux et religieuses engagés dans les opérations de secours et de subsistance, bilan et moment de réflexions ont meublé la journée, qui s'est achevée vers 21 heures.
À leur arrivée à Erbil, le matin, les deux cardinaux ont été accueillis au salon d'honneur de l'aéroport par le ministre de l'Intérieur de la province autonome du Kurdistan, Karim Sanjari, et par le patriarche des chaldéens (les catholiques d'Irak), Louis Raphaël Sako.
Au cours de l'échange de civilités qui a marqué cet accueil, M. Sanjari a certifié que « les chrétiens constituent une partie essentielle de la civilisation, de la culture et de la spécificité du peuple irakien », et a incité l'Église universelle « à les encourager à rester en Irak ». « Leur émigration représente une grande perte pour notre pays », a-t-il ajouté sans hésitation.

Sako pessimiste et méfiant
De son côté, le patriarche Sako n'a pas caché son pessimisme et sa méfiance à l'égard de tout ce qui vient d'un Occident velléitaire qui n'a pas réagi quand tout un peuple a été expulsé de son sol natal.
Le patriarche des chaldéens juge que les intentions de l'Occident à l'égard du groupe État islamique « ne sont pas claires », et met généralement en doute la sincérité de la coalition internationale à vouloir effectivement le retour des chrétiens à Mossoul et Qaraqoch.
Pour sa part, le cardinal Angelo Scola, président de la Fondation Oasis qui publie des bulletins très appréciés sur la réalité des rapports islamo-chrétiens, a souligné l'importance « de transmettre la vérité sur la situation actuelle avec transparence, précision et objectivité ».
Tout en relevant que l'objectif final des Églises orientales était le retour des chrétiens expulsés dans leurs foyers, le patriarche Raï a souligné, à son tour, qu'il est indispensable de leur offrir de quoi résister, en attendant que les conditions de leur retour soient réunies.
À cet égard, le patriarche maronite a émis des doutes sur les intentions de l'Occident, jugeant notamment que les moyens engagés par la coalition internationale pour combattre le groupe État islamique sont insuffisants. « D'où l'État islamique tire-t-il donc sa force? » s'est encore interrogé le patriarche qui, à maintes reprises, a demandé que les sources d'armement et de financement du groupe soient asséchées.

Les dérobades de l'Occident
Jeudi, le cardinal Angelo Scola, dont le dernier voyage au Liban remonte à 2005, avait rencontré un cercle de professeurs chrétiens et musulmans de l'Université Saint-Joseph, en présence du recteur de l'université, le Pr Salim Daccache s.j.
Cette rencontre l'avait confirmé dans l'impression qu'il avait tirée, la veille, de sa rencontre avec les évêques du synode maronite réunis à Bkerké, que les Libanais font preuve aujourd'hui d'une maturité politique plus grande qu'à son précédent voyage, s'identifiant plus volontiers par leur citoyenneté que par leur appartenance communautaire, rejetant le discours « minoritaire » sans pour autant renier leur foi religieuse.
Avec ses interlocuteurs, le dignitaire catholique s'était attardé sur des problématiques à la foi culturelles et politiques. « Qu'est-ce que l'Occident pour vous et qu'attendez-vous de lui ? Comment se pose au Liban la problématique des rapports entre tradition et modernité ? » sont un exemple des questions qu'il a posées.
Il va de soi que les réponses à ces questions n'étaient ni simples ni unifiées, et qu'en dépit de la situation privilégiée du Liban dans la région, l'archevêque milanais avait pris acte des appréhensions de ceux qui, dans leur for intérieur, ne sont pas rassurés par les « assurances » de l'Occident et redoutent « de nouvelles dérobades » de sa part.
Rentré en soirée au Liban, le cardinal Scola devait achever sa visite au Liban ce matin.

 

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À cet égard, le patriarche maronite a émis des doutes sur les intentions de l'Occident, jugeant notamment que les moyens engagés par la coalition internationale pour combattre le groupe État islamique sont insuffisants. « D'où l'État islamique tire-t-il donc sa force? » s'est encore interrogé le patriarche qui, à maintes reprises, a demandé que les sources d'armement et de financement du groupe soient asséchées.

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