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Moyen Orient et Monde

Immigration maritime clandestine : Les humanitaires ne croient pas beaucoup en l’Union européenne

Méditerranée

Interrogés par « L'Orient-Le Jour », le Conseil italien pour les réfugiés (CIR) et « Borderline-Europe » dénoncent la volonté de l'UE d'installer des camps en Afrique du Nord.

23/04/2015

Alors que l'Union européenne semble avoir pris la mesure de l'étendue du dernier « naufrage de la honte » survenu le week-end dernier en mer Méditerranée, où près de 800 personnes sont portées disparues, les associations d'aides aux demandeurs d'asile sont en ébullition. Avec ce nouvel épisode macabre, le plus grave depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les associations humanitaires, et plus particulièrement les ONG italiennes sur place, redoublent d'efforts et crient haut et fort leur colère contre une Europe dont les actions prises ces derniers mois en matière d'immigration maritime clandestine laissent quelque peu dubitatifs.
Vingt-huit personnes ont eu la chance d'échapper au naufrage. Les rescapés sont arrivés hier en Sicile où ils ont été dirigés vers le Centre de demandeurs d'asile à Mineo. Joint par téléphone, le Conseil italien pour les réfugiés (CIR), qui possède un bureau non loin, à Catane, n'a pas encore eu la possibilité de prendre contact avec les derniers arrivés et de recueillir d'éventuelles demandes juridiques, alors qu'à Tripoli en Libye, lieu de transit privilégié des migrants, la situation sécuritaire est en revanche problématique et limite considérablement le champ d'action des employés du CIR sur place.

 

(Pour mémoire : Naufrage en Méditerranée : le commandant du chalutier, premier responsable)

 

Mare Nostrum vs Triton
Il faut rappeler que pour éradiquer, ou en tout cas endiguer, ce phénomène, l'opération italienne de sauvetage des migrants, Mare Nostrum, avait été lancée en 2013 à la suite des tragédies autour de Lampedusa. Elle a été abandonnée en octobre 2014, après le refus de membres de l'UE de participer à son coût opérationnel, bien qu'elle ait permis de secourir 150 000 personnes en un an. Elle a été immédiatement remplacée par la mission de surveillance européenne, baptisée Triton. Pour Judith Gleitze, chef du bureau de l'association Borderline-Europe (basée à Palerme, en Sicile) et dont la maison mère se trouve à Berlin, Mare Nostrum ne semblait pas la meilleure solution au problème de sauvetage de migrants. Cependant, « il faut avouer que cela a quand même permis de sauver énormément de personnes », précise la responsable à L'Orient-Le Jour.
Borderline-Europe, à but non lucratif, a un rôle d'observateur, mais poursuit également des actions sur le terrain avec son association sœur, Borderline-Sicilia. Celle-ci rapporte l'arrivée des migrants et vérifie qu'ils sont pris en charge. Il y a 6 mois, son projet Watch The Med Alarm Phone, une ligne téléphonique d'urgence disponible 24h/24 et 7j/7, a été lancé et a permis de sauver un grand nombre de boat people en vogue sur les routes migratoires de Méditerranée et en mer Égée. « Cette semaine, nous avons eu beaucoup d'appels. Nous n'effectuons pas d'opération de sauvetage nous-mêmes, mais nous dirigeons les migrants vers les garde-côtes des pays en question », explique Judith Gleitze.


Pour Valeria Carlini en revanche, la porte-parole du CIR, l'opération Mare Nostrum doit être réimplantée « mais, cette fois-ci, sous l'égide de l'UE ». Elle rappelle que les données récoltées ne peuvent qu'aller dans le sens d'une réhabilitation : « 1 migrant sur 50 est mort l'année dernière en tentant de rejoindre l'Europe, alors que, depuis début 2015, 1 sur 20 est décédé pour le même périple. » Quant à l'opération Triton, elle ne génère que peu d'enthousiasme. En effet, pour Mme Carlini, « Triton est une opération inadéquate en termes de ressources financières et de mandat ». Précisons que Frontex, l'agence de l'Union européenne en charge de l'opération Triton, n'a pour but que de contrôler les frontières de l'Union européenne. « Les patrouilles et sauvetages ne sont pas la priorité ni même le but de cette agence. En outre, sur le plan financier, Triton coûte chaque mois près de 3 millions d'euros, ce qui est trois fois moins que ce qu'a coûté Mare Nostrum, que l'Italie finançait seule », explique la porte-parole.

 

Quelles mesures européennes ?
En attendant, un Conseil européen extraordinaire convoqué en urgence à Bruxelles aujourd'hui devra se pencher sur les mesures à prendre afin d'éviter qu'une telle hécatombe ne se reproduise. Cependant, Judith Gleitze semble peu optimiste : « Nous n'en espérons rien de bon. » Car « l'idée de l'Union européenne est claire. Elle veut installer des camps de réfugiés en Afrique du Nord, mais cela est ridicule. C'est très difficilement réalisable et n'empêchera pas les gens de vouloir fuir leur pays rapidement, au lieu d'attendre un éventuel visa », rétorque-t-elle.
Même son de cloche du côté de Christopher Hein, du CIR, joint par L'OLJ. « La réunion de l'UE et le plan qu'elle envisage nous laissent perplexes ! » s'exclame-t-il. Selon lui « les trafiquants profitent de la fermeture des frontières. Donc il est urgent de considérer des portes d'entrée légales ». Cependant, M. Hein espère que cette étape permettra à l'UE « d'assumer sa part de responsabilité ». L'un des points positifs du plan européen est d'assurer le relogement des réfugiés. Mais en règle générale, le plan « ne donne pas des perspectives concrètes pour empêcher de nouvelles tragédies », déplore-t-il. Quant à la proposition de l'UE d'instaurer des camps de demandeurs d'asile dans les pays de transit, « a priori, ce n'est pas une mauvaise idée. Cela permettrait aux migrants d'effectuer des demandes légales », affirme M. Hein. Toutefois, il espère que ce plan ne « soit pas une ruse pour rejeter toutes les demandes d'immigration ».
D'autre part, l'UE a d'ores et déjà prévenu qu'elle allait chercher les moyens de combattre, y compris par la force, les « esclavagistes » en Libye. Mais pour Christopher Hein, le problème est ailleurs : c'est la « clôture des frontières qui fait le beurre des trafiquants ».

Solution humanitaire
Pour Borderline-Europe, la seule solution est « humanitaire ». Il faudrait « installer des services de ferry afin que les gens puissent se rendre de manière légale en Europe », s'indigne Judith Gleitze. L'action humanitaire est également privilégiée par le CIR. « Grâce aux actions conjointes des ONG (dont le CIR), des organisations internationales, des associations libyennes et l'engagement de l'Onu et des États membres de l'Union européenne, nous pourrions développer un système humanitaire qui permettra aux demandeurs d'asile et aux réfugiés d'avoir accès à l'Europe sans risquer leur vie. Des mesures devront être prises, comme l'octroi de visa humanitaire », expose M. Hein.
De son côté, la Norvège a déjà emboîté le pas à l'Union européenne, dont elle ne fait pas partie, mais avec laquelle elle partage l'espace Schengen, en annonçant hier qu'elle allait envoyer « aussi rapidement que possible » un navire en Méditerranée pour coopérer à l'opération de surveillance européenne Triton.

 

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