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Liban

« Au moins 300 000 travailleurs domestiques exclus du code du travail »

Interview express

En marge du communiqué publié par une centaine d'organisations, invitant les autorités libanaises à autoriser la formation d'un syndicat de travailleuses et travailleurs domestiques, Nadim Houry, représentant de Human Rights Watch, répond aux questions de « L'Orient-Le Jour ».

11/03/2015

En quoi la formation d'un syndicat est-elle importante aujourd'hui pour l'amélioration des droits des employés de maison ?
Durant des années, les employées de maison migrantes sont restées sans voix. Femmes et hommes font aujourd'hui l'effort de s'organiser, de revendiquer, sans peur mais avec fierté, afin de pousser les autorités libanaises à entreprendre les réformes nécessaires, à les inclure dans le code du travail, à mettre en place un système d'inspection et de protection de la part du ministère du Travail, à changer le système de « kafala » (le garant).
Cette revendication n'est pas juste étrangère, mais aussi libanaise. Ce sont d'ailleurs des travailleurs domestiques libanais qui ont soumis la requête au ministère du Travail pour former ce syndicat. La démarche essentielle de cette revendication consiste à demander que le travail domestique, toutes professions confondues, toutes nationalités confondues, soit considéré comme un vrai travail. Autre aspect important de cette revendication, elle est le fruit d'une coopération entre Libanais et étrangers sur des demandes syndicales pour le travail. C'est une étape importante, car les travailleurs libanais ne se sont jamais alliés aux travailleurs étrangers. On se demande, de plus, pourquoi les bureaux de recrutement des employées de maison auraient le droit de créer leur syndicat et pas les employés domestiques. Le Liban a l'obligation de leur donner l'autorisation de s'associer, d'autant que le droit d'association ne doit pas être exclusivement régi par le code du travail. Le ministère du Travail se doit donc d'adopter une position claire à ce propos.

 

Le communiqué évoque « les promesses non tenues » du ministre du Travail, Sejaan Azzi. De quelles promesses parlez-vous ? Qu'attendez-vous aujourd'hui de lui ?
Le ministre Sejaan Azzi a promis notamment d'améliorer le système d'inspection et de plancher sur le code du travail ou sur un nouveau projet de loi sur le travail domestique. Mis à part les promesses de l'actuel ministre du Travail, nous déplorons la politique gouvernementale de négligence de la question, au fil des années. Depuis l'année 2004, les ministres qui se succèdent multiplient les promesses, sans la moindre continuité et sans faire avancer le dossier. Certains veulent mettre en place une loi pour le travail domestique. D'autres parlent de réformer le code du travail. Et pourtant au moins 300 000 personnes sont exclues du code du travail, non seulement les employés de maison, mais toutes les personnes employées à domicile, aides aux personnes âgées, à l'enfance ou aux malades, jardiniers, chauffeurs... Ce n'est pas normal.

 

Vous demandez l'annulation du système du garant. Y a-t-il des alternatives ?
Il n'y a aucune loi qui consacre le système de « kafala ». C'est une régulation créée par la Sureté générale dans les années quatre-vingt-dix, uniquement pour les employées de maison étrangères. Le système permet à l'employeur de s'opposer au départ de son employée de maison migrante, même à la fin de son contrat. Cette dernière ne peut changer de statut sans l'autorisation de son employeur et garant qui jouit d'un droit de veto. Elle est à la merci de son patron, ce qui représente le problème de base de ce système. Tous les autres employés étrangers, même ceux qui travaillent dans des usines ou dans des stations d'essence ne sont pas tenus par ce système. Ils ont la possibilité de changer d'employeur s'ils ne sont pas satisfaits.
Quant aux alternatives à ce système qui permet de nombreuses dérives, elles sont nombreuses. La difficulté consiste à trouver une solution à l'importante caution que paie l'employeur pour recruter l'employée domestique. Celle-ci pourrait à titre d'exemple assumer les coûts initiaux, quitte à recevoir un salaire plus important. L'employeur pourrait aussi contracter une assurance, le protégeant d'une éventuelle rupture de contrat. Une troisième possibilité considérerait l'État comme la partie qui embauche, l'employeur assumerait alors les frais en proportion de la durée du contrat. Il est nécessaire de réduire l'influence des mafias qui font d'énormes bénéfices au détriment des employées migrantes et des employeurs. Différents modèles ont été adoptés dans d'autres pays. Des économistes ont même planché sur la question. Le risque de perdre son employée de maison persiste de toute façon. Mais, au final, il est essentiel de partir du principe que les relations entre les employées de maison étrangères et leurs employeurs doivent être comme n'importe quelles relations de travail entre un employé et son employeur.

 

Pour mémoire
Au Liban, les employées de maison étrangères veulent lancer leur syndicat

 

Au Liban, les employées de maison étrangères dans la rue pour réclamer leurs droits

 

En l'absence d'une loi, un code de bonne conduite envers la main-d'œuvre domestique

Guide (de survie) pour travailleuses domestiques au Liban

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M.V.

C'est peut être sous évalué ce chiffre ...! et les exclus du code de la respectabilité ..? c'est 3 fois plus ou 3 fois moins....? devinez.....!

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