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Culture

Mignonne, allons voir la « Maison rose »

Open House

À la « Maison rose », l'atmosphère n'est pas morose. Elle serait plutôt couleur sépia. L'artiste Tom Young expose son œuvre dans la maison. Et vice versa.

20/11/2014

Impossible de la rater, cette vieille maison dont les arcades (neuf au balcon) et la façade roses surplombent Ras-Beyrouth. Entourée de palmiers, même envahie de végétation folle, avec sa peinture défraîchie et ses murs tombant en décrépitude, elle garde une classe folle. Visible, mais inaccessible. Dominante, mais en retrait. Solitaire, mais flanquée de son compagnon de toujours, le vieux phare de Manara. Désertée, mais ouverte aujourd'hui au public* le temps d'une exposition des œuvres de l'artiste Tom Young. Parlons-en, tiens, de ce british amoureux du Liban, pays de sa dulcinée. C'est lui le dénicheur de Villa Paradiso, vieille demeure à Gemmayzé qui a abrité une deuxième exposition (sa première avait eu lieu chez Aïda Cherfane en 2010) d'œuvres inspirées des lieux, de ses anciens habitants et propriétaires. Dans le contexte plus large de Beyrouth, ville en mutation permanente, dont les ruelles perdent quotidiennement leurs vieilles constructions. Rasées, elles laissent malheureusement la place à des tours souvent immondes. Dénaturant par la sorte le paysage et l'héritage. Et les souvenirs qui s'envolent en poussière.


Mais c'est une poussière d'un autre âge que Tom Young a époussetée dans cette Maison rose. Ce sont les particules de vie et les débris d'images que l'artiste met en avant dans son exposition. Qui prend des aspects de manifestation collective, où le visiteur est invité à se trouver face-à-face avec une demeure, avec ses anciens occupants et son histoire (bien que l'on soit déçus du peu d'informations disponibles quant à ce dernier point). Dans le hall d'entrée, des tableaux grand format hachurés au couteau représentent des vues plongeantes sur le chaos architectural de Beyrouth, des visions parfois apocalyptiques, floues, comme perdues derrière un brouillard. Sur l'un des tableaux, la Maison rose se dresse au milieu de la grisâtre urbaine ambiante.


Pourquoi Young s'est-il intéressé à la Maison rose ?
«Cette maison, comme toutes les reliques croulantes d'un autre âge qui ont besoin de rénovation et d'investissement, est un lieu qui correspond à mon travail, à mes thèmes de prédilection: la mémoire, l'héritage, la décrépitude et la survie face à l'adversité.» Après avoir eu l'aval de l'ancienne locataire, Fayza el-Khazen, et celui du nouveau propriétaire, Hicham Jaroudi, il y a posé son chevalet l'été 2014. Tantôt sur le balcon donnant sur la grande bleue, tantôt sous les voûtes centenaires (elle a été construite en 1882), il a peint une belle collection (une quarantaine d'œuvres) aujourd'hui accrochée dans les différentes salles du rez-de-chaussée. À noter qu'une chambre est consacrée aux œuvres de feu Sami el-Khazen, architecte et peintre. Et une autre propose quelques bribes d'histoires sur les anciens propriétaires (les Ardati) et autres locataires (dont le chargé d'affaires culturelles près l'ambassade US et un artiste américain du nom de John Ferren).


«Cette exposition tourne autour de la Maison rose, mais aussi des repères iconiques qui l'entourent comme le vieux phare ou la grande roue du Luna Park», indique Young en précisant qu'il cherche à explorer les contrastes de la ville.
«Ce lieu est emblématique de Beyrouth. Il doit être sauvé. Il doit devenir un centre pour les arts et la culture. Les nouveaux propriétaires ont une vision similaire à la mienne, semble-t-il», conclut l'artiste en annonçant une série de manifestations à venir dont une exposition de sculptures par Noor Haydar, des performances musicales et théâtrales de Nadine Sures, des projections de films, des ateliers artistiques pour enfants du Village SOS ou de Home of Hope et une conférence sur l'architecture par Mazen Haydar. Et d'autres encore, espère Tom Young.
Les belles promesses passeront-elles le sablier du temps?

 

*Jusqu'au 31 décembre. De 11h à 19h, du mardi au samedi (vendredi jusqu'à 22h).

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

MIGNONNE, ALLONS VOIR SI LA ROSE... COMME TES DEUX JOLIES JOUES ROSES... QUE TES DOUX BEAUX YEUX ARROSENT... SUR SA TIGE EST ÉCLOSE. MES LÈVRES SUR SES PÉTALES EXPLOSENT !

Sabbagha Antoine

La Maison rose souvenir d'un patrimoine qui commence à disparaitre .

Nicolas Rubeiz

L'ecole Louise Wegman s'était temporairement installée ici dans les années 70, au debut de la guerre.

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