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Pandémie

Y a-t-il encore un État libyen ? s'interrogeaient, dans notre édition d'hier, deux éminents spécialistes de la question, à propos des tristes lendemains de révolution dans ce pays. Mais au fond, y avait-il seulement auparavant, en Libye, un État digne de ce nom ? La stabilité de pure façade qu'assurait un État éminemment voyou pouvait-elle vraiment être gage de sérénité et de prospérité pour un peuple opprimé ? Et les Arabes n'ont-ils vraiment le choix aujourd'hui qu'entre la dictature et le chaos, comme le montrent les convulsions dans lesquelles se débattent la Syrie, l'Irak, le Yémen ?

Nous n'avons pas de dictature au Liban, si ce n'est celle d'une classe politique peu soucieuse de l'intérêt des citoyens et qui, en dépit de ses divisions idéologiques ou carrément sectaires, trouve tout de même moyen de se perpétuer à la faveur d'arrangements : lesquels, comme leur nom l'indique, arrangent un peu tout le monde. De la sorte se trouve verrouillé le club des puissants face au sang neuf qui bouillonne au sein de la société civile. Nous n'avons pas non plus, Dieu merci, de chaos proprement (?) dit. Mais c'est tout comme quand on pense à la carence des services publics, à la sécurité routière et à maints autres signes de dégénérescence de l'État. Combien peut durer encore cette situation flottante où l'on voit tout un peuple incapable de se doter d'un président de la République ; empêché d'élire ses représentants, même si nombre de ceux-ci ne méritent certes pas ses suffrages ; un peuple qui n'a pas son mot à dire dans des questions aussi graves que la guerre et la paix ; et qui, pour comble, donne la trompeuse impression qu'il ne s'en porte pas plus mal ?

Oublions donc un peu la légendaire vitalité des Libanais et autres mythes qui ont la peau tout aussi dure : mythes dont nous nous gargarisons pourtant avec ravissement, comme pour juguler le mal qui est en nous. Ce mal n'est plus, il est vrai, spécifiquement libanais, mais paradoxalement, il n'en devient que plus pernicieux encore. Défié par le Hezbollah, Israël menaçait tout récemment de nous ramener à l'âge de pierre au cas où éclaterait une nouvelle guerre. Or – et à la grande satisfaction du même Israël –, c'est une vaste portion du monde arabo-musulman qui se trouve déjà ramenée treize siècles en arrière, avec la déferlante du conflit sunnito-chiite qui balaie tout sur son passage. Tout, c'est-à-dire la première des causes historiques arabes, la Palestine, mais aussi la marche vers la modernité, le progrès, le développement, la justice, la démocratie...

Oui, plus redoutable encore est le mal libanais depuis qu'est venu se greffer sur le vieux dossier islamo-chrétien – imparfaitement traité par l'accord de Taëf – le contentieux ressurgi entre les deux grandes branches de l'islam. De là où elle eut pu jouer un rôle fédérateur, la chrétienté libanaise se trouve non seulement divisée, mais durement pénalisée de surcroît par la vacance persistante de la présidence, pour passablement marginalisée qu'ait été celle-ci par le même accord de Taëf.

Considérablement plus périlleux est le mal depuis que vacillent – et dansent même parfois la gigue – les lignes de l'accord Sykes-Picot de 1916 qui donna naissance au miracle libanais : celui d'un pays à nul autre pareil dans cette partie du monde. Aujourd'hui plus qu'hier, reste à le mériter.

Issa GORAIEB
[email protected]


Y a-t-il encore un État libyen ? s'interrogeaient, dans notre édition d'hier, deux éminents spécialistes de la question, à propos des tristes lendemains de révolution dans ce pays. Mais au fond, y avait-il seulement auparavant, en Libye, un État digne de ce nom ? La stabilité de pure façade qu'assurait un État éminemment voyou pouvait-elle vraiment être gage de sérénité et de...