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Liban

L’énergie des bâtiments au Liban, ça roule... ou ça chauffe ?

Environnement

Deux ingénieurs, André et Laurent Stéphan, ont entrepris d'étudier la consommation d'énergie d'un immeuble et proposé des solutions pour la réduire.

16/10/2014

Construire un immeuble de quatre étages au Liban et y habiter pendant cinquante ans consomme autant d'énergie que 160 allers-retours Terre-Lune en voiture ou que 270000 pleins d'essence. Et ce n'est pas – quoi qu'on dise – le chauffage, l'eau chaude et la climatisation qui représentent, même réunis, la plus grosse facture énergétique. En général, quand on dit «bâtiment durable», on pense automatiquement: double vitrage, double mur, isolant, panneau solaire. Pourtant, cela n'est qu'une part de la consommation d'une habitation et pas forcément la plus grande.


Les bâtiments résidentiels consomment énormément d'énergie tout au long de leur cycle de vie et cette énergie se répartit en trois parts:
- l'énergie grise: l'énergie nécessaire à l'extraction des matières premières, la production des matériaux, leur acheminement sur le chantier, la construction du bâtiment et le remplacement des matériaux durant l'utilisation du bâtiment;
- l'énergie d'utilisation: l'énergie nécessaire aux habitants pour vivre dans le bâtiment, donc pour avoir l'eau chaude, le chauffage, la climatisation, etc.;
- l'énergie de transport: l'énergie nécessaire aux habitants pour qu'ils se déplacent de et vers leur lieu de résidence pour, notamment, aller travailler ou faire les courses.


Mais comme peu de données existent au Liban quant au profil énergétique total des bâtiments, André et Laurent Stéphan ont voulu se pencher sur la question. Ils ont analysé la consommation d'un immeuble résidentiel de 4 étages situé à Sehaïlé, dans le Kesrouan, pendant 50 ans, sur la totalité de son cycle de vie et à plusieurs échelles du bâti (matériaux, bâtiments et ville).
L'étude a été publiée dans le prestigieux journal international Energy par Elsevier (voir l'étude ici).


En se basant sur des méthodes de quantification dites hybrides (qui combinent des données industrielles et économiques) pour l'énergie grise, sur des simulateurs thermiques et des données statistiques pour l'énergie d'utilisation et sur des données statistiques pour l'énergie de transport, André et Laurent Stéphan ont démontré que le profil énergétique moyen de l'immeuble libanais se répartit comme suit: 18% pour l'énergie grise, 33% pour l'utilisation et 49% pour le transport.

 

Une série de solutions
Ainsi, l'énergie d'utilisation, incluant chauffage, froid, ventilation, eau chaude, éclairage, cuisson et appareils électroménagers, ne représente qu'un tiers de la consommation totale alors que dans la tête de chacun, elle constitue la seule «pollution» dont nous sommes responsables. L'énergie de transport représente, quant à elle, près de 50% de la demande totale.


Réagir devient dès lors nécessaire. Pour ne donner que quelques exemples, il est possible de réduire les distances parcourues en favorisant la décentralisation à l'échelle du pays: tout le monde n'est pas obligé de travailler à Beyrouth et de passer, tous les matins, près de 90 minutes pour parcourir, en moyenne, une trentaine de kilomètres. Il est également possible d'encourager les piétons à l'échelle locale en prévoyant des trottoirs, ces constructions dallées ou bitumées qui bordent les routes et qui permettent aux gens de marcher sans se faire écraser. Mettre en place un système de transports en commun le long de la côte, qui, ponctualité exige, séduirait la majorité et désengorgerait la mal nommée «autoroute», serait une autre option.


Quant au niveau de l'utilisation du bâtiment (33% de la consommation), domaine auquel les Libanais commencent à être sensibilisés, on pourrait se pencher, à titre d'exemple, sur l'eau chaude. En effet, celle-ci représente, à elle seule, 37% de l'énergie d'utilisation. Or l'eau chaude fonctionne à l'électricité produite, pour l'immeuble étudié, à partir du fuel brûlé à la centrale de Zouk Mosbeh. Mais en calculant l'efficacité de la distribution électrique au Liban, Laurent et André Stéphan ont abouti à un chiffre étonnant: 26% en moyenne. En d'autres termes, on perd 74% de l'énergie vierge – dite énergie primaire – contenue dans le fuel ou le diesel brûlés à la centrale et dans les générateurs de quartier. La solution? Se mettre aux panneaux solaires thermiques ou au gaz réduirait de manière significative la consommation d'énergie primaire d'utilisation. Pourquoi est-ce la meilleure solution à ce jour? Parce que, tout simplement, c'est une démarche qui revient à chaque individu et qui demeure accessible puisqu'elle correspond aux moyens de tout le monde.


Pour ce qui est de l'énergie grise – 18% de la consommation totale –, elle n'est jugée réduite que relativement aux deux autres genres, indéniablement trop gourmands. Mais il est bon de savoir que l'énergie grise est la plus difficile à réduire. En effet, d'où viennent les matériaux? Nul ne le sait plus: une fenêtre en aluminium contient des éléments provenant des quatre coins de la planète. Alors, pour réduire l'empreinte énergétique des matériaux, il faudrait mettre beaucoup plus qu'une main à la pâte. Néanmoins, chacun peut contribuer, à son échelle, à limiter cette consommation grise: pour cela, il faudrait choisir des matériaux durables qui ne seront pas remplacés avant longtemps, ne pas changer de cuisine parce que la couleur du bois ne va pas avec les nouvelles assiettes, et ne pas repeindre les murs à chaque fois que notre petite fille essaie ses crayons.
Ainsi, penser à l'énergie dans les bâtiments reviendrait à y inclure l'ensemble des demandes énergétiques du cycle de vie du bâti, notamment le transport et l'électricité, véritables plaies du Liban.


André Stéphan est docteur en énergétique du bâtiment, ingénieur architecte et chercheur à l'Université libre de Bruxelles et l'Université de Melbourne.
Laurent Stéphan est détenteur d'un MBA (Insead), ingénieur civil et directeur de l'entreprise Technical Enterprises Co. au Liban.

Voir ici l'article avec accès universitaire

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