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"Si Aïn el-Arab tombe, il y aura des attentats-suicide partout"

Syrie

Dans la ville syrienne assiégée, les Kurdes renouent avec les opérations de kamikazes.

OLJ/AFP
06/10/2014

Au cœur de la bataille de Aïn el-Arab (Kobané en Kurde), les combattants kurdes ont eu recours dimanche à une kamikaze qui s'est fait exploser au milieu des jihadistes du groupe État islamique (EI) qui assiègent la ville, une technique utilisée par les rebelles kurdes en Turquie.

Membre des Unités de protection du peuple (YPG), considérée comme la branche armée syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), Dilar Gencxemis, identifiée par son mouvement sous le nom de guerre d'Arin Mirkan, s'est donné la mort en provoquant celle de "dizaines" de militants de l'EI, selon des sources kurdes. Originaire de la province d'Alep (nord de la Syrie), juste au sud de la frontière turque, la jeune femme est la première kamikaze kurde recensée depuis le début de la guerre civile en Syrie en avril 2011.

"Je ne connais pas son âge exact mais elle avait plus de 20 ans, elle était une combattante du YPG", a indiqué à l'AFP au téléphone Mustafa Bali, un responsable local de Aïn el-Arab . "Elle a lancé de nombreuses grenades contre les hommes de l'EI", a-t-il ajouté, "et après ça, elle s'est fait exploser".
L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), qui dispose d'un large réseau de militants sur tout le territoire syrien, a confirmé cette attaque-suicide.

 

(Lire aussi : "Ici, on est tellement désespérés qu'on ne peut même plus manger")

 

"Elle a tué des dizaines de membres du "gang" (de l'État islamique) et illustré la résistance déterminée des combattants du YPG", a indiqué son mouvement dans un communiqué cité par l'agence de presse kurde Firat News. "Si nécessaire, tous les combattants des YPG suivront son exemple et les "gangs" ne pourront pas parvenir à leur but de prendre le contrôle de Aïn el-Arab", a-t-il ajouté.

 

"Des attentats-suicide partout"
Si elle constitue une première dans le conflit syrien, l'utilisation de kamikazes par les mouvements kurdes n'est pas une nouveauté. Dans les années 1990, le mouvement rebelle kurde du PKK s'est signalé par de nombreux attentats-suicide visant les forces armées d'Ankara, notamment de la part de femmes.
En 2010, un militant présenté par les autorités turques comme un membre du PKK s'est fait exploser devant un véhicule de la police stationné sur la fameuse place Taksim d'Istanbul, faisant une trentaine de blessés.

Cette nouvelle attaque a ravi les dizaines de Kurdes, syriens ou turcs, qui chaque jour se massent autour du poste-frontière turc de Mursitpinar pour suivre avec inquiétude la progression des jihadistes vers le centre de Aïn el-Arab, malgré les frappes aériennes de la coalition réunie par les États-Unis.

 

(Lire aussi : En Syrie, les États-Unis confrontés aux limites des frappes aériennes)

 

"Cette femme s'est fait exploser pour moi, pour les Kurdes et pour Aïn el-Arab", s'est réjoui Ahmed Mustafa, 26 ans, "il y a tant de personnes qui sont prêtes à le faire, Aïn el-Arab est la capitale des Kurdes de Syrie". "Si Aïn el-Arab tombe, il y aura des attentats-suicide partout", a mis en garde Ihsan, 33 ans, un Kurde turc venu de la "capitale" kurde de Turquie Diyarbakir. "Le monde doit bien réfléchir. Si Aïn el-Arab tombe, tout va empirer". "Arin a sacrifié sa vie pour tous les Kurdes", a renchéri Mehmet, 26 ans. "Les attaques-suicide vont se multiplier à travers toute la Turquie si les jihadistes prennent le contrôle de Aïn el-Arab parce que ceux qui sont de l'autre côté de la frontière sont nos frères".

 

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