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Liban

De Lourdes, Raï prie pour un Orient « crucifié sur la croix des intérêts politiques et économiques »

Visite pastorale

Le patriarche maronite accompagnera le pape en Terre sainte, mais ne passera pas par un aéroport israélien ; il se rendra à Jérusalem et Bethléem en bus, venant de Amman.

Fady NOUN | OLJ
05/05/2014

À la veille du voyage pastoral du pape François à Amman (Jordanie) et en Terre sainte (Jérusalem et Bethléem) (24-26 mai), auquel il sera associé, le patriarche a saisi l'occasion de sa présence en invité au pèlerinage annuel de l'ordre de Malte du Liban à Lourdes (2-6 mai), pour prier en faveur « d'un Orient meurtri et ensanglanté crucifié sur la croix des haines religieuses et des intérêts politiques et économiques ».

Le patriarche, qui fait par ailleurs face à une campagne visant à le dissuader d'accompagner le pape à Jérusalem et Bethléem, pour éviter l'exploitation que l'État hébreu pourrait en faire, a confirmé indirectement sa volonté de s'en tenir à son programme.

Le chef de l'Église maronite a élevé ses prières pour la ville de la paix au cours de la grand-messe du dimanche qu'il a présidée à la basilique Saint-Pie-X, en présence de 25 000 fidèles venus du monde entier, et notamment du grand maître de l'ordre souverain de Malte, Fra' Matthew Festing, de l'évêque de Tarbes et de Lourdes, Mgr Brouwet, et tout le gouvernement de l'ordre souverain de Malte, de Marwan Sehnaoui, président de l'ordre de Malte au Liban, et d'une délégation libanaise forte de 200 personnes.

« Vous assumez avec d'autres frères du monde la responsabilité de la sauvegarde des lieux saints et de Jérusalem, mère des Églises, a affirmé le patriarche Raï, s'adressant au gouvernement de l'ordre de Malte. Innombrables sont les personnes d'influence dans le monde avec lesquelles l'ordre de Malte est lié par des amitiés ou des intérêts. En collaboration avec eux tous, nous devons œuvrer pour la coexistence et lutter pour l'édification de la paix en Terre sainte et dans tout le Moyen-Orient.» L'Exhortation apostolique du pape Benoît XVI, Ecclesia in Medio Oriente, nous rappelle que la terre du Moyen-Orient (...) offrit l'espace humain et naturel pour l'Incarnation du Messie de la Vierge de Nazareth (...) Elle exprime l'engagement de l'Église à aider les peuples à vivre la paix en entreprenant les chemins qui y mènent : pratiquer la justice basée sur la vérité, l'équité et l'amour ; promouvoir le développement de la personne humaine et de la société ; favoriser l'arsenal juridique international qui consolide la paix entre les nations ; soutenir les positions du Saint-Siège sur les différents conflits qui meurtrissent dramatiquement la région, et celles concernant le statut de Jérusalem et des lieux saints (cf. n° 10).

« Pour assurer une paix juste et durable, le pape François n'a cessé d'appeler à une solution politique à travers le dialogue qui permet de trouver des solutions justes et durables (30 novembre 2013 au pèlerinage de l'Église grecque-melkite). Parlant de la tragédie humaine en Syrie, le pape affirme qu'elle ne pourra » être résolue qu'avec le dialogue et les négociations, dans le respect de la justice et de la dignité de chaque personne, spécialement des plus faibles et sans défense « (Audience générale du 18 sept. 2013). Pour lui, » le pardon, le dialogue et la réconciliation sont les paroles de la paix, en Syrie, au Moyen-Orient et dans le monde entier (cf. veillée de prière pour la paix du 7 septembre 2013).

« Nous prions pour que la présence chrétienne bimillénaire continue à nourrir les sociétés moyen-orientales de valeurs évangéliques comme la sacralité de la vie humaine, la dignité de la personne, les libertés et les droits fondamentaux, la solidarité et l'interdépendance, la culture de la justice et de la paix, l'unité dans la diversité, les droits de citoyenneté, le respect de la différence, le sens de la démocratie, le dialogue et la participation à la gouvernance de la Nation, l'ouverture et la modération. »

Au Liban
Par ailleurs, le patriarche a prié pour « la prospérité de l'ordre souverain de Malte dans la réalisation de sa devise "Service de la foi, amour des pauvres" ».
« Je voudrais évoquer avec appréciation le bon travail de l'ordre au Liban, a-t-il dit (...) et les liens que vous tissez avec les autres communautés libanaises, qui renforcent l'esprit du vivre en commun. Vos entreprises et votre rayonnement culturel et économique, auréolés de votre foi agissante, sont des signes visibles de l'impact que vous pouvez avoir sur l'édification du Liban. »

Campagne
Sur un autre plan, la campagne visant à dissuader le patriarche Raï de se rendre à Jérusalem et dans les territoires sous occupation israélienne s'est poursuivie hier. Les tenants de cette campagne insistent sur le fait que la décision de Bkerké doit être prise « après consultation », et ne peut se prévaloir du fait qu'elle participe de l'objectif purement pastoral du pape. Avec le patriarche Raï, cette visite revêt une autre dimension, soulignent ces milieux, elle touche aux rapports des différentes Églises entre elles, et des régimes politiques où elles se trouvent.

Karim Pakradouni redoute, en particulier, que les Israéliens ne tendent « un piège » au patriarche, et n'accordent à sa visite une dimension de « normalisation », des choses étrangères à son cachet pastoral. Il redoute aussi qu'elle ne serve de prétexte aux radicaux islamistes pour ostraciser les chrétiens orientaux.
À ces arguments, le patriarcat maronite répond en substance, par la voix de son vicaire général, Mgr Boulos Sayah, que le patriarche « ne se rend à Jérusalem que pour y accueillir le pape », et que sans cette occasion, il n'y aurait pas songé. Mgr Sayah ajoute que la campagne contre sa visite « n'est pas entièrement désintéressée ».

L'Église maronite, la plus importante communauté catholique d'Orient, possède entre Israël, les territoires autonomes et la Jordanie, deux archidiocèses distincts, précise l'évêque. Un premier, qui est un vicariat patriarcal, dont le territoire couvre Jérusalem, la Palestine et la Jordanie, et un second couvrant le territoire de l'État d'Israël, selon les frontières antérieures à 1967.

Pour le vicaire général maronite, il est « impensable » que le patriarche maronite ne puisse accueillir le pape à Jérusalem et Bethléem. Et de préciser que le patriarche se rendra d'abord à Amman, ville par laquelle le pape entame son voyage, avant de se rendre en bus à Bethléem, puis d'achever sa visite à Jérusalem. De Amman, le pape, lui, prendra l'avion pour Israël.

Après le départ du pape, ajoute Mgr Sayah, le patriarche Raï se rendra aussi en Galilée, principalement à Nazareth et Haïfa, pour en visiter les paroisses et la population maronite, « comme il est de son devoir de le faire ». « D'ailleurs, c'est ce que fait régulièrement l'évêque maronite en charge de ce diocèse, sans que personne n'y trouve à redire », conclut-il.


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET... ABRUTIQUES !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Les conSéquences des démarches des "divinisés" de tous poils restent terrifiantes. Certes, ils ont d'abord saccagé ce pays et meurtri ses Libanaises peuplades ; les leurs mahééék ? Mais ils ont surtout dévoyé ces indigènes conFessionnalités dont les milliers de fidèles sont aujourd'hui contaminés par un intégrisme forcené. Et imposé aux laïcs ou Non- croyants cette image du Religionalisme, nourrissant du même coup cette clairvoyance d'en face si facilement confortée par un ferme Anticléricalisme latent. Le voilà donc l'héritage en final des Enturbanno-ensoutanés : avoir rappelé que le sectarisme pouvait avoir un visage "divinisé" ! Et que les bigots locaux ne demandent au pire qu'à croire. Si ces déguisés-bariolés ont pu si irrésistiblement propager cette "satanée pensée" conFessionnalisée, c'est parce qu’en face on n’a opposé à cet intégrisme que l'habituel mélange de lâchetés mercantiles et de myopie. Est-ce donc là une fatalité ? Cependant que l'intégrisme on espère tant qu’il agonise, d'autres sectarismes impavides snipent au nom d'une idéologie semblablement sclérosée, äalaouïtienne et fakkîhIranàrienisée attentatoire à l'humaine dignité. On verra donc comment les laïcs de tous acabits, qui devraient pourtant se rappeler sans cesse qu'ils sont périssables, vont réagir à ce qui se passe en ce "croissant fertîîîle" au-delà des indignations rituelles minables. Mais peut-être est- ce déjà tout vu, hélas !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

"Karim Pakradouni(an) aurait dû redouter, en particulier, que les bääSSyriaNiques ne tendent « un pièèège » au patriarche, et n'accordent à sa visite à Brâââd une dimension de « normalisation », des choses étrangères à son cachet pastoral. Il devrait aussi redouter qu'elle ne serve de prétexte aux radicaux Takfiristes noussaïrîs et fakkihistes chïïtiques pour ostraciser les chrétiens orientaux". Plutôt une fin effroyable, qu'un effroi sans fin !

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