X

Diaspora

Le rêve d’Edgar Choueiri, créer un planétarium au Liban

Interview

Surnommé le « Einstein du Liban », l'inventeur du son en 3D et astrophysicien de renom d'origine libanaise souhaite voir le Liban jouer un rôle pivot dans la vie scientifique.

Sylviane ZEHIL | OLJ/de New York
17/02/2014

Edgar Choueiri est aujourd'hui l'un des cerveaux les plus en vue aux États-Unis. Son savoir scientifique, musical, littéraire et artistique est immense. Cet astrophysicien libano-américain de 52 ans, de renommée internationale, est à la tête du département de propulsion électrique et de la dynamique des plasmas à l'Université de Princeton. Mélomane accompli, il est l'inventeur du son en 3D. Son prototype « pour audiophiles » avertis qui porte le nom de BACC-SP, en référence à Bach, « son compositeur préféré », se présente sous forme d'une belle boîte noire, simple et moderne. « Mon but est de pouvoir reproduire la Messe en si bémol de Bach, le plus réellement possible... Ma grande passion, c'est l'espace et la physique spatiale, » avoue-t-il, dans une nouvelle interview accordée à L'OLJ dans son appartement new-yorkais où trône la « boîte noire ». (Voir aussi L'Orient-Le Jour du 2 mars 2013).

 

Académie libanaise des sciences
Cet astrophysicien a plus d'une corde à son arc scientifique. Le « plus jeune » des membres fondateurs et le premier président de l'Académie libanaise des sciences (ALS) vient d'être remplacé par l'astrophysicien George Helou, actuel directeur à la NASA. Calquée sur le modèle de l'Académie des sciences en France, l'ALS est une institution indépendante qui a vu le jour en août 2007 par décret gouvernemental, en consultation avec le président Michel Sleiman et l'ancien chef d'État français, Nicolas Sarkozy.
« L'idée a germé sous Chirac, explique le Dr Choueiri. Le Pr André Capron, biologiste français de grand renom, en a pris l'initiative. C'est lui qui a rassemblé sept Libanais dont notamment un des trois grands mathématiciens du XXIe siècle, sir Michael Attiah, britannique d'origine libanaise. L'ALS qui était composée de 13 membres fondateurs dont ce dernier, à savoir, Jean-François Bach, George Bahr, André Capron, Jean Dercourt, Mohammad Hassan, Nasrallah Juin, Mona Nemer, Yves Quéré, Edward Sion (Sahyoun), Samir Zard, Hussein Zbib, Edgar Choueiri et Charles el-Achi, a pris du galon. Ils sont au total 22 membres. Hoda Zoghbi, professeur de génétique moléculaire et humaine, vient de se joindre à ce prestigieux groupe ainsi que Makhlouf Hadadin (AUB), Fouad Ziadé (AUB), Kamal Badr (AUB), André Maghraban (USJ).


À l'instar des grandes académies des sciences, cette institution, parrainée par la France, est appelée à jouer un rôle pivot dans la vie scientifique au Liban. Elle vise à atteindre les objectifs suivants : conseiller les institutions gouvernementales et privées en matière de recherche scientifique et d'éducation ; aider la recherche et les programmes éducatifs scientifiques ; aider à la diffusion des résultats et renforcer les liens entre les sciences et la société en répondant aux besoins de la population, la santé, l'économie et l'environnement. « Nous avons écouté et recueilli les avis de nombreuses personnalités scientifiques du pays. Un comité a été formé pour distiller les idées rassemblées. C'était avant tout une période d'apprentissage. Il fallait apprendre à découvrir la réalité sur le terrain, apporter notre expérience scientifique d'ailleurs et l'adapter aux priorités du Liban. Nous avons mis sur pied un rapport exhaustif. Il a fallu quatre ans pour le réaliser », indique-t-il.


Ce rapport de 28 pages qui identifie les besoins du Liban dans les domaines scientifiques et éducatifs sera présenté à Michel Sleiman et à la presse en avril prochain. Le document présente une importante feuille de route dont les principaux thèmes serviront de points de départ pour améliorer les conditions scientifiques, économiques et l'éducation du pays. Edgar Choueiri a une vision claire du potentiel du Liban. Il propose la création d'un planétarium à Beyrouth qui sera un pôle d'attraction touristique incontournable de la région. À l'instar de Dubaï, il pourra drainer des familles entières au pays du Cèdre. Devant tant d'énergie créatrice, Le scientifique n'a qu'un seul regret : « J'aurais tant aimé montrer mes inventions à mon père, ne serait-ce que pour 24 heures ! »

 

« Mon bébé »
Dès l'âge de cinq ans, Edgar Choueiri « s'intéresse à la musique et enregistre à titre de hobby des orchestres ». « J'ai toujours été fasciné par les sons », dit-il. Malgré son emploi de temps chargé, il s'adonne à ses autres hobbys : le « zajal » le passionne depuis son jeune âge et il voudrait lui redonner ses lettres de noblesse dans les écoles et les universités ; la photographie, et les arts plastiques aussi. Bardé d'incalculables prix prestigieux, il est l'auteur de nombreux ouvrages.


Son engouement pour la musique pure et sa « frustration de ne pouvoir retrouver la qualité et la fidélité musicales » sur le marché poussent Edgar Choueiri à inventer « la boîte du son en 3D. J'ai tout construit chez moi à Princeton », dit-il. « C'est moi qui ai fait le design, j'ai passé des années à la créer », raconte-t-il avec passion. « Il faut quatre semaines pour construire cet appareil. La technologie interne est très poussée. Le logiciel se contrôle à travers un iPad et une caméra. On peut y brancher un tourne-disque, un CD, ou un ordinateur. L'idée est de produire, de façon numérique, un champ sonore tridimensionnel réel. Les instruments et les sons sont reproduits de manière aussi fidèle que lors de l'enregistrement, tout comme si l'on se trouvait à un concert en présence des musiciens », explique-t-il. Joignant le geste à la parole, il exécute une démonstration magistrale. Des sons magiques s'égrènent aussitôt dans la pièce. Une fascinante expérience ! « Cet appareil évolue. N'importe quelle musique stéréo devient 3D à travers cette technologie. C'est vraiment mon bébé ! » assure-t-il avec satisfaction.

 

(Lire aussi, nos portraits de jeunes de la diaspora libanaise qui font parler d'eux)

 

Coopération avec « Jambox » d'Alex Esseily
« Mon invention est une théorie mathématique que j'ai résolue. Je l'ai inventée et appliquée d'abord chez moi », poursuit l'astrophysicien. Un concours qu'il remporte haut la main lui permet d'obtenir les fonds pour créer un laboratoire à l'Université de Princeton. Il réalise son rêve. Une fois l'idée brevetée, il fait un accord avec l'établissement qui prend en charge la gestion et l'exploitation de la licence. Il garde pour sa part 50 % des royalties. « C'est un bon deal », estime-t-il. « L'université a donné la licence d'exploitation à plusieurs compagnies, notamment à Jawbone, dont le fondateur et président est l'Anglo-Libanais, Alex Esseily (fils de Georges et Alexandra Esseily). »


Edgar Choueiri brandit alors trois boîtes de tailles et de couleurs variées qui « se vendent partout, y compris chez Apple et Amazon.com. » Il s'agit du Jambox, une enceinte composée de deux haut-parleurs, d'une connexion Bluetooth, dans laquelle son invention, un filtre numérique, est incorporée. « Mon invention est dans cette boîte. C'est génial ! » s'exclame-t-il. Il ne tardera pas à devenir le consultant de cette compagnie. Les demandes et sollicitations fusent de toutes parts, y compris de Hong Kong et Shangai. La dynamique provoquée par cette invention qui fait déjà un tabac aux États-Unis, en Chine, en Europe et au Moyen-Orient atteindra-t-elle d'autres sommets technologiques ? Tout porte à le croire. Cette invention ouvre en tout cas la voie à d'autres projets futuristes dans le domaine du son. Edgar Choueiri vient de mettre la dernière touche à un nouveau produit sur ordinateur, baptisé « BACC Desktop », qui sera « commercialisé dans quelques mois ». Cette valse dynamique le pousse à se « lancer dans l'entreprenariat avec une start-up ». La gloire ne semble pas le griser.

 

De Tripoli à Princeton
Le parcours du futur astrophysicien semble tout à fait traditionnel. Mais son destin est exceptionnel. « Mes racines sont à Tripoli », où il est né en 1961 et « passe une enfance idéale ». Son père, Yazid Choueiri, un ingénieur mécanique et entrepreneur du Koura, est décédé dans un accident tragique alors qu'Edgar n'avait que 12 ans. Cet événement marquera sa vie. Sa mère, « institutrice dans une école publique », lui a inculqué le goût des maths, de la physique et de la littérature. Il fait ses études primaires au Collège des Frères à Tripoli. « C'était un environnement merveilleux pour moi, l'âge d'or du Liban », se souvient-il. Il a quatorze ans lorsque la guerre éclate. Il va pour un temps en France puis retourne au pays pour une petite période. Il obtiendra son bac au Liban, puis fait des études de génie aérospatial à l'Université de Syracuse. À 22 ans, il poursuit ses études de physique spatiale et de physique des plasmas à l'Université de Princeton. « J'y suis depuis 1984 », dit-il. Ayant gravi tous les échelons au sein de cette prestigieuse institution, il est actuellement directeur du départment Engeneering Physics.

 

Lire aussi

Jeunes émigrés libanais, ils disent leur soulagement, leur colère, leur tristesse (réservé aux abonnés)

Libanais de l'étranger, activez votre citoyenneté, le clic de Rania Massoud

 

Retrouvez aussi, notre page spéciale Diaspora

 

 

À la une

Retour au dossier "Diaspora"

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Gouvernement : lorsque sonne l’heure...

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué