Éclairage

La plaie de la capitale du Nord saigne au rythme de la Syrie

Comme annoncé, Tripoli est redevenue une arène de combats après le congé de l’Adha, face à l’impuissance générale. Les responsables ne prennent d’ailleurs plus la peine d’annoncer des plans de sécurité tant il est clair que sans une décision réelle (qui n’a rien à voir avec les déclarations d’appui aux forces de l’ordre), tous les soldats du Liban ne peuvent pas y ramener le calme. Plus même, les combattants, ou ceux qu’on appelle désormais « les chefs des axes », se font photographier sans complexes, en train de tirer à visage découvert, sans craindre d’être arrêtés. Ils savent parfaitement que s’ils étaient arrêtés, ils seraient relâchés le lendemain pour cause de pressions « sunnites » ou « alaouito-chiites ». La ville est ainsi sacrifiée sur l’autel de la crise syrienne et des complications régionales et internationales.

 

À défaut de provoquer une guerre généralisée, faute de protagonistes – les deux grandes formations libanaises capables de faire basculer le pays dans le chaos, à savoir le Hezbollah et le courant du Futur, n’étant pas désireuses de transposer leurs divergences profondes sur le terrain –, les conflits régionaux et internationaux se traduisent au Liban par des charges explosives qui circuleraient dans plusieurs régions, des incidents rapidement circonscrits, le flot de réfugiés syriens... et la plaie béante de Tripoli.

 

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Selon des sources proches du 8 Mars, l’embrasement de Tripoli serait lié à la bataille importante qui se joue de l’autre côté de la frontière, aux alentours de la province de Homs et dans le rif de Damas, dans la zone de Qalamoun en particulier. Les forces du régime seraient en train de pacifier toute cette partie de la frontière, après avoir repris le contrôle de Tell Kalakh et de Qousseir. Il resterait encore Kaleet el-Hosn (le krak des Chevaliers) proche du Akkar et de toute la zone de Qalamoun allant jusqu’à Ghouta. Si les forces du régime parviennent à prendre le contrôle de toutes ces régions, elles parviendraient ainsi à fermer la frontière libanaise et à priver les groupes de l’opposition de l’espace vital que leur procurent le Nord du Liban et la région de Ersal. De même, si les forces de l’opposition ne peuvent plus circuler librement entre le Liban et la Syrie, leurs soutiens au Liban se sentiraient isolés et craindraient d’être la cible de représailles. Il s’agit donc d’une bataille stratégique à plus d’un titre pour les deux camps rivaux et pour ceux qui les soutiennent.


Après la défaite stratégique de l’opposition syrienne à Qousseir et les percées des forces du régime dans la région de Ghouta ainsi que sur de nombreux fronts, à Alep et à Idlib, celle-ci a absolument besoin d’une victoire sur le terrain pour son moral, mais aussi pour pouvoir se rendre à la conférence de Genève 2 en position de force et y imposer sa principale condition qui consiste dans le départ du président syrien. Elle bénéficie pour cela d’un appui total de l’Arabie saoudite qui continue à croire à la possibilité d’une solution militaire et à travailler dans ce sens à travers le Liban, la Jordanie et même la Turquie. Mais cette dernière est désormais moins enthousiaste dans son appui à l’opposition syrienne surtout depuis que les groupes extrémistes de l’État islamique en Irak et au Levant se sont implantés à sa frontière, délogeant les brigades de l’ASL. De même, le Qatar a mis un bémol dans son appui à l’opposition syrienne, sans pour autant entamer une vraie volte-face et finalement, l’Arabie se retrouve presque seule à miser encore sur les groupes islamistes et à les pousser à poursuivre le combat.

 

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Les batailles de Qalamoun et de Kaleet el-Hosn, si elles sont remportées par l’opposition, permettront à l’Arabie saoudite de renverser le nouveau rapport de force imposé depuis l’accord russo-américain sur les armes chimiques syriennes et le début de rapprochement irano-américain, qui déplaisent fortement aux dirigeants wahhabites. Dans ces batailles, la scène libanaise est d’une grande utilité d’autant que la Jordanie rechigne à ouvrir totalement ses frontières à l’opposition syrienne, alors qu’au Liban, en raison de la paralysie des institutions et de la tension confessionnelle, il reste plus facile d’agir. À cet égard, une source sécuritaire libanaise précise que les forces chargées du contrôle des frontières font leur travail dans la mesure du possible et ne ferment pas les yeux sur les exactions, arrêtant les personnes et confisquant les armes lorsqu’elles les trouvent.

Toutefois, entre le Liban et la Syrie, il existe de nombreux passages clandestins sur lesquels les forces officielles n’ont aucun contrôle. De plus, la nature géographique montagneuse et sauvage d’une partie de la frontière, notamment dans la zone de la chaîne de l’Anti-Liban, facilite tous les trafics et les passages illicites.

 

La source sécuritaire ajoute que si la bataille de Qalamoun devait éclater, elle devrait se dérouler rapidement, car, dans peu de temps, la neige couvrira cette région et rendra les déplacements plus difficiles. De plus, s’il s’agit d’entraver la conférence de Genève 2, le temps presse. Toutefois, la source sécuritaire libanaise estime qu’il n’y a pas de victoire claire et définitive en vue, ni pour un camp ni pour l’autre. Ce qui signifie que si la conférence de Genève 2 se tient, elle sera une étape dans un processus qui est encore long. Dans ce contexte, si les Libanais ne font rien pour arrêter l’hémorragie, en décidant de passer outre les directives extérieures et de former un gouvernement, par exemple, la plaie de Tripoli continuera de saigner au rythme des développements sur le terrain de l’autre côté de la frontière.

 

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Comme annoncé, Tripoli est redevenue une arène de combats après le congé de l’Adha, face à l’impuissance générale. Les responsables ne prennent d’ailleurs plus la peine d’annoncer des plans de sécurité tant il est clair que sans une décision réelle...

commentaires (2)

C'EST TRÈS TRISTE, NON SEULEMENT POUR TRIPOLI, MAIS POUR TOUT LE LIBAN...

SAKR LOUBNAN

11 h 22, le 26 octobre 2013

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Commentaires (2)

  • C'EST TRÈS TRISTE, NON SEULEMENT POUR TRIPOLI, MAIS POUR TOUT LE LIBAN...

    SAKR LOUBNAN

    11 h 22, le 26 octobre 2013

  • Ici réside le danger si actuellement le Hezbollah et le courant du Futur ne sont pas désireuses de transposer leurs divergences profondes sur tout le terrain , il suffit d'un ordre de l'Iran ou de l'Arabie saoudite pour refaire une guerre civile dans tout le Liban . Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    10 h 23, le 26 octobre 2013