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Moyen Orient et Monde

Abou Yassine, le rebelle qui croit au pouvoir des livres

Syrie Ancien étudiant en biologie, le jeune insurgé veut former les nouvelles générations pour construire le pays.
AFP
11/10/2013

Abou Yassine n’avait jamais imaginé qu’un jour il porterait une arme pour combattre le gouvernement, mais la vue bouleversante d’un garçon se vidant de son sang dans les bras de son père l’a décidé. Il n’avait pas encore 20 ans en mars 2011 quand le gouvernement syrien a commencé à réprimer le mouvement de contestation populaire et pacifique. Il était alors en deuxième année de biologie à l’Université d’Alep, et autour de lui de nombreux jeunes de son âge avaient pris les armes face à la répression. En automne dernier, il s’est finalement décidé à quitter ses études et rejoindre la rébellion.


« J’ai été volontaire à l’hôpital de campagne Zoukary – jadis une mosquée dans l’ouest d’Alep – car j’étais certain que je n’étais pas bon au combat », explique Abou Yassine, aujourd’hui âgé de 21 ans, vêtu de noir, portant des lunettes et une barbe clairsemée. Il détourne les yeux et sa voix se met à trembler lorsqu’il raconte les mois passés à l’hôpital de campagne : « Nous soignions des enfants tous les jours, des femmes et des vieillards, horriblement blessés par les bombardements (...) Jamais je n’aurais imaginé que la guerre était comme ça, jamais. »
Un jour, il a vu un homme, les jambes déchiquetées par une explosion, assis à l’arrière d’un camion arriver à l’hôpital. Dans ses bras, son petit garçon, le ventre ouvert, saignait abondamment. Le petit devait être opéré d’urgence, mais on ne pouvait plus rien faire pour lui. Alors depuis janvier, Abou Yassine combat dans le quartier de Salaheddine au sein de la puissante brigade rebelle Liwa’ al-Tawhid.


Ces derniers mois, il remplace de temps en temps le fusil par les livres : trois fois par semaine, il enseigne la biologie à des écoliers du quartier de Saif el-Dawlah, contrôlé par les rebelles. « Je suis beaucoup plus utile ici que combattant au front », explique-t-il à l’issue d’une leçon sur le système respiratoire. « Inspirez, expirez », répète-t-il à un des élèves, des garçons âgés de 10 à 12 ans, expliquant comment l’oxygène pénètre dans le corps et le dioxyde de carbone en est évacué.

 


Le jihad scolaire
Abou Yassine n’aime pas parler de la guerre, le souvenir du premier homme qu’il a tué l’empêche encore de dormir. « J’ai pensé à cet homme. J’ai prié pour lui et pour sa famille. Je ne suis pas fier d’avoir tué, mais en temps de guerre, on n’a pas le choix. À chaque fois que je tire sur la gâchette, je tue un ennemi et sauve une vie. »


Ses élèves sont habitués à le voir arriver à l’école tous les dimanches, lundis et mardis le fusil à la main. Et naturellement, ils sont curieux. « Je ne parle pas de ce que je vois ou ce que je fais. Les garçons me demandent ce qui se passe au combat, mais je leur dis toujours que j’espère que quand ils seront grands, ils n’auront pas à porter un fusil ». « Votre jihad n’est pas au front, mais à l’école, étudier pour construire la Syrie », leur explique-t-il.


La Syrie dont il rêve est un pays où le peuple prend des décisions, « où nous sommes libres de choisir et de commettre des erreurs ». « Pendant 40 ans, ils ont décidé pour nous », ajoute Abou Yassine, faisant référence au président Bachar el-Assad et son prédécesseur, son père Hafez. Après la guerre, quand la Syrie sera, comme il le souhaite, une démocratie fondée sur l’islam, Abou Yassine veut reprendre ses études universitaires, les terminer et devenir enseignant. « J’ai compris, dit-il, que le plus important est de former les nouvelles générations pour construire le pays. C’est ça que je veux faire. »

 

 

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