Eclairage

Syrie : éliminer les armes chimiques ne sera pas le plus difficile

La communauté internationale face au défi de faire s'asseoir à la même table le gouvernement syrien et l'opposition.

Des combattantes rebelles masquées dans une rue du quartier Salaheddine, à Alep, dans le nord de la Syrie, le 8 octobre 2013. AFP/KARAM AL-MASRI

En Syrie, l'ONU s'est engagée dans une opération risquée de démantèlement des armes chimiques du régime et estime que, pour l'instant, celui-ci se montre coopératif.

Parallèlement, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, espère réunir à la mi-novembre à Genève une conférence de paix, dite "Genève 2", avec la participation de délégations du régime et de l'opposition armée.

 

Mais diplomates et experts estiment qu'il sera sans doute plus facile d'éliminer l'arsenal chimique de Damas que de faire s'asseoir à la même table le gouvernement syrien et l'opposition qui se livrent une guerre acharnée depuis deux ans et demi.

"Pour l'instant les deux camps croient toujours pouvoir l'emporter et les cyniques prédisent qu'il n'y aura pas de négociations tant qu'ils ne seront pas tous deux exsangues", estime un diplomate. "Ce n'est pas encore le cas".

Les deux camps se livrent depuis 30 mois une guerre sans merci qui a fait plus de 100.000 morts et les armes continuent d'affluer dans le pays.

 

Genève 2 doit mettre en pratique un accord international sur une transition politique conclu entre les grandes puissances fin juin 2012 à Genève. L'idée est que pouvoir et opposition se mettent d'accord sur un gouvernement transitoire de coalition doté des pleins pouvoirs, en prélude à des élections libres.

 

Interrogé le week-end dernier sur la possibilité de tenir Genève 2 à la mi-novembre, le médiateur de l'ONU et de la Ligue arabe en Syrie Lakhdar Brahimi a fait part de ses doutes. "Ce n'est pas une certitude", a-t-il répondu interrogé sur le respect des délais. "C'est une mission presque impossible", a-t-il renchéri à propos de sa médiation.

 

 

"Menace grave"

Pouvoir et opposition syriens ont promis d'aller à Genève, mais tous deux ont posé des conditions.

 

Le gouvernement syrien a composé sa délégation pour Genève 2, conduite par le ministre des Affaires étrangères syrien Walid Mouallem mais celui-ci refuse que le sort du président Bachar el-Assad y soit discuté. L'ONU et les Occidentaux doutent en outre que cette délégation ait un réel pouvoir de décision.

 

Du côté de l'opposition, le chef de la Coalition nationale syrienne Ahmad Jarba a confirmé lundi sa participation à la conférence mais refuse de discuter avec "un régime criminel", ni avec l'Iran, allié de Damas, qui veut y participer.

Pour compliquer les choses, la Coalition a été désavouée par des groupes d'opposition extrémistes. La Russie en conclut qu'il faudra peut-être deux délégations d'opposants alors que l'ONU insiste sur une délégation unique.

 

"Pour Brahimi, le vrai défi sera de trouver une délégation représentative de l'opposition et une délégation gouvernementale qui ait le pouvoir de faire avancer les choses", analyse un diplomate à l'ONU.

 

La crise provoquée par le massacre à l'arme chimique du 21 août près de Damas a rapproché les grandes puissances mais n'a pas amélioré leurs relations avec les belligérants.

Pour Richard Gowan, de l'université de New York, "le principal obstacle pour Genève 2 est que les rebelles extrémistes reprochent aux Etats-Unis de ne pas avoir frappé Assad" après le 21 août. "Washington aura désormais plus de mal à orchestrer des négociations de paix".

 

(Pour mémoire : Les rebelles crient leur mépris pour Obama et la communauté internationale)

 

De son côté, Damas doit s'inquiéter de voir "que la Russie, son alliée de longue date, coopère désormais avec des pays qui réclament la chute du régime Assad", estime William Keylor, professeur de relations internationales à l'université de Boston.

 

Pour l'instant cependant, ni l'élimination programmée de son arsenal chimique, ni la perspective d'une conférence de paix ne semblent perturber le président syrien. "Même s'il devra faire des concessions sur les armes chimiques, la seule menace grave pour lui serait un changement de la situation militaire", estime David Bosco de l'American University à Washington. "Il a le sentiment que le régime tient le bon bout et que l'opposition perd du terrain".

 

 

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En Syrie, l'ONU s'est engagée dans une opération risquée de démantèlement des armes chimiques du régime et estime que, pour l'instant, celui-ci se montre coopératif.


Parallèlement, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, espère réunir à la...

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Un statu quo pour une situation qui se complique dans une Syrie déjà divisée en cantons . Antoine Sabbagha

Sabbagha Antoine

13 h 42, le 09 octobre 2013

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Commentaires (1)

  • Un statu quo pour une situation qui se complique dans une Syrie déjà divisée en cantons . Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    13 h 42, le 09 octobre 2013