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La situation

L’armée monte au créneau : la sécurité nationale est en jeu

Sleiman réaffirme son hostilité absolue à toute ingérence libanaise en Syrie.

Pour les partisans de cheikh el-Assir, à Saïda, une bataille est perdue, mais pas la guerre...

Faut-il craindre un embrasement général au Liban ? Il faut croire qu’une grave menace à la sécurité nationale a été sérieusement envisagée par l’armée et que le commandement militaire a décidé d’y réagir. Aux Libanais inquiets de la multiplication des incidents opposant partisans et adversaires du régime syrien, l’armée a donc adressé hier des assurances très fermes. Il n’est pas question de laisser le Liban « régresser » vers la guerre civile et, aux tentatives en ce sens menées par des forces extrémistes – où tout le monde reconnaîtra les takfiristes – l’armée « répondra aux armes par les armes ». Et le communiqué de préciser que le plan de sécurité de Tripoli sera exécuté « à tout prix ».
Les jours qui viennent diront si cette fermeté de ton se maintiendra, sachant que l’expérience des mois passés n’est pas très encourageante sur ce plan. Du reste, n’a-t-on pas vu il y a quelques jours le ministre de l’Intérieur, Marwan Charbel, siéger paisiblement aux côtés du député Mohammad Kabbara qui, la veille, avait accusé l’armée et le chef de l’État de collusion avec le régime syrien, au point que M. Sleiman avait demandé qu’il soit poursuivi en justice et qu’une demande de levée de son immunité parlementaire soit présentée ? Pure agitation, croient savoir certaines sources, qui assurent que la demande sera rapidement « oubliée », dans un pays où l’action velléitaire est érigée en règle.

 

(Lire aussi : Le déploiement de la troupe à Tripoli n’a pas encore réussi à calmer les violences)


Des observateurs avertis de la scène locale assurent, de leur côté, qu’à l’exception des islamistes radicaux, personne ne souhaite un embrasement au Liban, pas plus le Hezbollah que le courant du Futur, premiers concernés (et derrière eux l’Iran et l’Arabie saoudite), et que la violence éventuelle revêtira des aspects non conventionnels. On veut croire aussi que l’armée saura faire preuve d’impartialité et rétablir son autorité dans les quartiers où des tirs de réjouissance et des distributions de pâtisserie ont suivi l’annonce de la prise de Qousseir ; ainsi d’ailleurs que dans les aréopages audiovisuels où, sous prétexte de faire du micro-trottoir, les pires défis sont lancés à la communauté d’en face. Entre les deux camps, jamais la fracture n’a été si profonde et il est simpliste de penser que la prolongation de la situation anormale actuelle n’aiguisera pas les animosités.
On est donc en droit de se demander si, parallèlement à sa démonstration de fermeté, l’armée continuera de fermer les yeux sur les empiètements quotidiens du Hezbollah sur deux au moins des prérogatives de l’État : la politique de défense et la politique étrangère. En droit de savoir aussi si les miliciens du Hezbollah continueront à se rendre en Syrie par l’autoroute, alors que les maquisards islamistes doivent contourner cinq à six barrages pour y parvenir ? 

 

(Lire aussi : Pour le Quai d’Orsay, le Hezb joue un rôle « néfaste et déstabilisateur » )


Sleiman désavoue Mansour en public
Pour le chef de l’État, en tout cas, les choses sont claires. Prenant la parole hier devant les représentants des cinq grandes puissances, M. Sleiman a réaffirmé son hostilité absolue à toute ingérence étrangère en Syrie, à toute ingérence libanaise en Syrie et son attachement à la politique de distanciation vis-à-vis de la guerre syrienne. S’exprimant en présence du ministre des Affaires étrangères, Adnane Mansour, qui assistait à l’entretien, M. Sleiman n’a pas hésité à désavouer en public les propos qu’il a tenus jeudi à la conférence des ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe du Caire et dans lesquels il avait justifié l’intervention militaire du Hezbollah en Syrie par la nécessité de protéger les Libanais du rif de Damas. 

 

(Pour mémoire : La (sérieuse) mise en garde de Sleiman)


En tout état de cause, l’intervention du Hezbollah aux côtés de l’armée syrienne a certainement provoqué un nouveau « dommage collatéral », puisqu’elle barre une fois pour toutes la voie à un gouvernement d’union nationale, dans la mesure où il n’est plus question, pour les députés du courant du Futur, de siéger avec des ministres du Hezbollah, quand tant de choses les séparent. En face, d’ailleurs, on entend à nouveau la voix arrogante qui affirme qu’après la prise de Qousseir, le courant du Futur n’est plus en position de dicter ses conditions.

 

(Lire aussi : Siniora : « La Résistance est devenue une force d’occupation »)


Cette nouvelle donne pourrait compliquer la tâche de Tammam Salam ou, au contraire, la simplifier. Si un gouvernement politique est désormais hors de question, M. Salam pourrait donc avancer plus facilement vers un gouvernement de personnalités plus ou moins neutres, sans être hostiles à quiconque.
La tâche est urgente, si l’on en croit le Premier ministre démissionnaire, Nagib Mikati, qui a affirmé hier que les problèmes qui se posent exigent plus qu’un gouvernement d’expédition des affaires courantes. On le croit, et celui des réfugiés, soulevé hier par M. Sleiman, n’en est pas le moindre. Mais là aussi, M. Mikati devra attendre, et avec lui M. Salam, et avec eux tous les Libanais, que le Conseil constitutionnel se prononce sur le recours en invalidation de la loi prorogeant le mandat de la Chambre. Comme tout cela semble loin et irréel !

 

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