L’édito de Michel TOUMA

La grenouille plus grosse que le bœuf...

Le Perspective de Michel TOUMA
Michel TOUMA | OLJ
14/05/2013
Cartes sur table ... Sans détours ; sans équivoque aucune. Son idéologie théocratique et ses postulats géopolitiques sont, à la base, suffisamment explicites, mais dans la posture médiatique de tous les jours, il n’y insistait pas outre mesure, voire il tentait de les camoufler ; ses alliés indéfectibles, eux, s’emploient à occulter purement et simplement les effets de cette fameuse doctrine fondée sur l’allégeance aveugle – car à caractère religieux – au waliy el-faqih, en l’occurrence le guide suprême de la révolution islamique iranienne. Mais désormais, dans la pratique quotidienne, le Hezbollah ne cache plus son jeu.
En reconnaissant publiquement ce que plus personne n’ignorait, à savoir qu’il participe directement aux combats en Syrie afin de sauver le régime de Bachar el-Assad, et en soulignant haut et fort que son implication dans la guerre syrienne fait partie de la bataille pour la Palestine et du combat contre les États-Unis et l’Occident, le parti de Hassan Nasrallah a consacré concrètement, dans les faits – au grand dam de ceux qui ne voulaient pas le reconnaître – une réalité indéniable : pour tout ce qui touche aux grandes décisions d’ordre stratégique, notamment la décision de guerre et de paix, le Hezbollah n’est pas un parti libanais. Ses cadres, ses membres, ses partisans sont, certes, pour la plupart, d’honnêtes citoyens libanais, courageux et dévoués à une cause, mais la décision politique qui dicte le comportement de l’appareil du parti n’est en aucune façon libanaise et elle n’obéit qu’à des impératifs transnationaux.
Un tel constat n’est nullement le fruit d’une quelconque analyse ou d’un procès d’intention. Plus d’une fois, nous avons rapporté dans ces mêmes colonnes un passage de l’ouvrage-clé du numéro deux du Hezbollah, cheikh Naïm Kassem, sur l’historique, les fondements et la doctrine du parti. Évoquant l’allégeance doctrinale au waliy el-faqih, cheikh Kassem souligne notamment dans le chapitre consacré au waliy el-faqih (pages 68 à 78, version arabe), dans son ouvrage ayant pour titre Le Hezbollah, que le waliy el-faqih jouit de « très larges prérogatives (...), il prend les grandes décisions politiques en rapport avec les intérêts de la oumma, et c’est à lui que revient la prérogative de prendre la décision de guerre ou de paix » (...).
À la lumière de ce passage exposant ce point précis de la doctrine du parti, l’on comprend mieux que c’est nécessairement sur instruction du régime des mollahs à Téhéran que le Hezbollah s’est engagé à fond dans les combats en Syrie pour voler au secours du pouvoir baassiste de Damas. D’ailleurs, quelques jours avant d’annoncer publiquement les motifs d’un tel engagement, Hassan Nasrallah était reçu à Téhéran par le guide suprême, Ali Khamenei. La survie du régime de Bachar el-Assad, considéré par la République islamique comme une partie intégrante de son « espace vital de sécurité » – comme l’a souligné explicitement un haut responsable iranien – est ainsi pour l’Iran, et donc pour le Hezbollah, de loin plus primordiale que les conséquences dévastatrices qu’a sur la scène libanaise l’implication du parti chiite dans la guerre syrienne.
Ce lien stratégique et doctrinaire avec Téhéran n’est certes pas nouveau et ne constitue en rien une surprise. Ce qui est nouveau, par contre, c’est que désormais Bachar el-Assad est profondément redevable au Hezbollah, et a fortiori à l’Iran. Nous sommes ainsi passés de la tutelle du régime syrien sur le Liban à la tutelle du Hezbollah sur le régime syrien... Avec toutes les conséquences qui pourraient en découler sur l’échiquier politique libanais si Bachar el-Assad parvenait à se maintenir, contre vents et marées, au pouvoir. Au plan régional, Hassan Nasrallah tente déjà de tirer profit des sacrifices qu’il a consentis pour sauver le clan Assad en se livrant à une escalade verbale face à Israël, affirmant que son parti est disposé à contribuer à la libération du Golan et qu’il pourrait se voir livrer par Damas des armes stratégiques susceptibles de rompre l’équilibre de force avec l’État hébreu.
Il est fort à parier, cependant, qu’une telle surenchère verbale constitue en réalité un message musclé adressé non pas à Israël, mais plutôt aux adversaires de l’axe irano-baassiste en Syrie et au Liban. On voit mal dans le contexte présent l’armée syrienne s’engager dans une aventure militaire contre Israël alors qu’elle a subi d’importantes défections et de grosses pertes au cours des deux années de guerre civile et que, surtout, elle a dû avoir recours à l’aide d’une milice libanaise pour échapper à une déroute qui semblait poindre rapidement à l’horizon. Quant au Hezbollah, sa participation active aux combats en Syrie étant, à l’évidence, vitale pour la sauvegarde du régime Assad, il n’a nullement intérêt à ouvrir un autre front avec un ennemi de taille.
La surenchère guerrière contre Israël n’est donc, dans la pratique, qu’une posture médiatique, un fonds de commerce, en quelque sorte, qui permettent au régime des mollahs de poursuivre son entreprise de grignotage de l’échiquier du Moyen-Orient, et au Hezbollah d’imposer de plus en plus son diktat à l’État libanais et aux composantes politiques locales, le tout sous le couvert du « projet de résistance » contre Israël et « l’hégémonie des États-Unis » dans la région. Une « résistance » qui se limite cependant, depuis 2006, à un slogan de mobilisation de masse, qui prend la forme d’un instrument de conquête politique qui cache mal d’autres desseins hégémoniques inavouables. L’un des principaux commandants de la révolution syrienne a été jusqu’à affirmer à cet égard, dans une déclaration rapportée dimanche par le journal turc Today’s Zaman, que « l’Iran et le Hezbollah coopèrent avec Israël afin de soutenir le régime de Bachar el-Assad ».
Ne concevant ainsi son action que sous le seul angle des ambitions régionales de son parrain iranien, le Hezbollah en vient à percevoir le Liban dans son ensemble et les acteurs politiques libanais comme des quantités négligeables devant le grand projet géopolitique de la République des mollahs. Du coup, la déclaration de Baabda, la position du président de la République, la politique de distanciation, le positionnement et les sensibilités de l’ensemble des composantes socio-communautaires du pays, l’exacerbation des tensions sectaires sunnito-chiites et les risques croissants de dérapage sur ce plan ne sont pour le Hezbollah que des considérations dérisoires qu’il regarde avec mépris. Sauf qu’à force d’agir comme si le pays et les Libanais sont sa propriété privée, sa chasse gardée qu’il s’obstine à vouloir contrôler jalousement, le Hezbollah finira par subir, tôt ou tard, le sort de la grenouille de La Fontaine qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf.

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SAKR LOUBNAN

EN RÊVE CELA PEUT ARRIVER. QUELQU'UN A MÊME VU UN MOUCHERON, DE LA TAILLE D'UN CHEVAL, TIRER LA VOITURE ET IMPORTUNÉ PAR DES CHEVAUX, AUSSI PETITS QUE DES MOUCHES, QUI S'ACHARNAIENT SUR L'INSECTE...

carlos achkar

La réponse est toute simple. Les chretiens libanais veulent vivre en paix au Liban avec tous les musulmans libanais et surtout ils ne veulent pas se battre ni pour la Palestine, ni pour la Syrie ni pour l'Iran et ni pour quiconque.
Les chrétiens libanais veulent avoir un ETAT indépendant et non un mini ETAT dans l'ETAT, ni vivre sous la tutelle de quiconque.
Les chrétiens libanais sont les premiers à avoir résister contre les envahisseurs palestiniens et syriens. Ils veulent aujourd'hui batir un ETAT qui défendra les droits de tous les citoyens. Ils veulent avoir un gouvernement, un parlement, un président qui ne parle que au nom du LIBAN.
Carlos Achkar

Sabbagha Antoine

Plus la grenouille au fond d'un puits ne sait rien de la haute mer. Le Hezbollah devrait au moins craindre cette haute mer un jour pour mettre en sûreté son avenir politique et militaire.



Antoine Sabbagha

Jaber Kamel

J'ai juste une question a poser face a cette diatribe assez violente , mais pas nouvelle du tout, non plutot 2 questions , la 2eme etant une consequence de la 1ere.
1ere question) si Israel est pour le regime legitime de Syrie et donc prefere garder Bashar a la tete du pays, pourquoi Israel bombarde a 4 reprises les forces du regime et toujours au moment ou celles ci sont sur le point de faire la difference sur le terrain militaire ? question subsidiaire, si Israel est a contrario contre la serie des islamomachinchouette truc/turc , pourquoi elle ne fait pas cette chose vis a vis d'eux ?? 2eme question) comment se peut il que des chretiens libanais, mes compatriots, puissent souhaiter la victoire des islamowahabomachinchouette truc/turc, en voyant ce que sont devenus les chretiens en pays salafowahabomachintruc/ turc. ?? S'il vous plait Mr Touma, mes questions sont précises, pouvez vous y repondre ? Merci d'avance de m'avoir publie.

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

LE TERRORISME individuel ou de groupes (comme pour les Tours Jumelles), dans son acception la plus simple ; celle qui le distingue implacablement d'une forme de résistance à une oppression quelconque ; est celui qui, quelles que soient ses justifications, tue de manière préméditée et à l'aveuglette des Civils Innocents ! Certes, tout Syrien Sain actuellement qui se respecte, sait qu'il existe surtout un terrorisme de Milices chabbîhah ou d’État tel que le pratiquent d'une manière épouvantable e.g. cet "Assadiot" avec le SOUTIEN de ce hézébbballahlàh Pro-bääSSdiot qui, bizarrement, semblent jouir d'une bien plus grande tolérance médiatique et/ou diplomatique que Double You ou Sharon en leurs temps alors qu'ils alternent comme eux sans complexe, la Brutalité, l'Imbécilité et l'Incurie. Mais s'il est concevable que soient combattus ces terrorismes-là, individuels ou de groupes (Ben Laden & Co.), leur opposer un terrorisme de Milices chabbîhah ou d'État BääSSyrien et donc des massacres à l'aveuglette, des hécatombes de civils ou des carnages d'enfants comme depuis deux années en Sainte Syrie est simplement irrecevable : Sans arguties et sans circonlocutions Svp ! Car il s'agit au sens le plus fort, juridique ou pas, de Crimes contre l'Humanité ; point barre !

SAKR LOUBNAN

LA MAINMISE SE MATÉRIALISE CHAQUE JOUR DAVANTAGE, FACILITÉE "CAPORALISTIQUEMENT". AVEUGLE OU ACOLYTE QUI NE VEUT PAS LE VOIR. DE GRANDES DÉCISIONS S'IMPOSENT URGEMMENT SURTOUT POUR LE CAMP ( mille fois maudits ceux qui sont responsables de sa division ) CHRÉTIEN. PLUS DE TERGIVERSATION. SINON, C'EST LA FIN !

Halim Abou Chacra

La participation du Hezbollah à la guerre en Syrie, aux côtés du régime de Damas et contre le peuple syrien, par ordre direct d'al-wali el-faqih (le guide suprême Khamenei) à Hassan Nasrallah, fait partie de la colossale supercherie qui se joue par le régime iranien et le régime syrien, en vue du maintien de ce dernier, au prix de l'assassinat du peuple syrien. Il sait bien ce qu'il dit "l'un des commandants de la révolution syrienne", en disant "dimanche au journal turc Today's Zaman : L'iran et le Hezbollah coopèrent avec Israel afin de maintenir le régime de Bachar el-Assad". Dans un article publié le vendredi 10 mai dans la prestigieuse revue Foreign Affairs et intitulé "Israel's Man in Damascus", l'ancien chef du Mossad, Efraim Halevy, montre clairement comment et pourquoi Israel préfère ce "maintien du régime de Bachar el-Assad". Voici le "link" de cet article : www.foreignaffairs.com/articles/139373/efraim-halevy/israels-man-in-damascus

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